Kazakhstan: l’un des plus gros projets pétroliers du monde est au point mort

Depuis dix ans, ExxonMobil, ENI, Total, Shell, ConocoPhilips et le japonais Inpex ont investi plusieurs dizaines de milliards de dollars dans le développement de l’énorme gisement de Kashagan, l’un des plus gros projets pétroliers au monde. Pourtant, ce projet est avant tout un immense gâchis et un sujet de tension croissante entre le Kazakhstan et les compagnies pétrolières.

Situé en mer Caspienne, ce champ de 3.000 km 2 constitue l’une des plus grandes découvertes de pétrole des trente dernières années. Il contient quelque 35 milliards de barils de réserves en place et doit permettre d’atteindre une production de 1,5 million de barils par jour à l’issue d’une montée en puissance en trois étapes.

Cependant, la première goutte de pétrole ne sera pas produite avant 2013, avec un retard de sept à huit ans sur le calendrier initial.  Entre-temps, le budget a explosé, passant de 57 milliards à 136 milliards de dollars. Cette estimation date de 2007 et le budget promet d’être revu à la hausse très prochainement.

Inquiet, le gouvernement kazakh menace de ne pas passer à la deuxième étape du projet, qui doit permettre de doubler la production pour atteindre environ 1 million de barils par jour. Astana juge les solutions techniques présentées par le consortium trop coûteuses.

En face, les membres du consortium préfèrent produire le plus vite possible, même si les coûts montent car le contrat signé avec l’Etat kazakh prévoit le remboursement intégral des frais de développement. Ce n’est qu’ensuite que les pétroliers payeront les royalties sur les barils extraits. Bien décidées à imposer une solution moins onéreuse, les autorités kazakhes ont menacé de reporter la phase 2 de deux à trois ans, ce qui gêne des compagnies pétrolières dont le contrat expire en 2041.

Plusieurs compagnies commencent à s’éloigner du projet. ExxonMobil pourrait vendre une partie de ses 16,8% aux indiens ONGC et GAIL. Shell s’est, lui, retiré du projet.

«  Il est d’ailleurs étonnant que la communauté financière ne réagisse pas plus alors que les parties prenantes investissent beaucoup d’argent sans avoir une grande visibilité sur les risques et la maîtrise des coûts » explique un observateur. Le secteur semble avoir touché ses limites en termes de maîtrise technique et de management.

 

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