Respecter les engagements de la COP28 signifie transformer notre système énergétique

Respecter les engagements de la COP28 signifie transformer notre système énergétique

Une tribune signée Rana Adib, directrice exécutive de REN21, qui se présente comme un « un réseau global composé d’acteurs issus de la science, des gouvernements, des organisations non gouvernementales et de l’industrie, œuvrant pour des politiques publiques destinées au développement et l’adoption des énergies renouvelables« .

 

Respecter les engagements de la COP28 signifie transformer notre système énergétique et passer aux énergies renouvelables. Sommes-nous sur la bonne voie?

Le monde a célébré les résultats de la dernière Conférence des Parties (COP28 à Dubaï). La décision historique de réduire les combustibles fossiles, de tripler les capacités d’énergies renouvelables et de doubler le taux moyen annuel d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici 2030 a suscité des espoirs. Les représentants des gouvernements ont ainsi enfin reconnu explicitement l’origine du changement climatique – les énergies fossiles – et les solutions principales – l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Bien qu’elles soient largement reconnues comme une solution évidente pour lutte contre le réchauffement climatique, c’est la première fois que les énergies renouvelables sont mentionnées dans les accords de la COP en 28 ans.

Sommes-nous à la hauteur de l’ambition affichée par les 132 pays lors de la COP28 ?

La tâche est difficile, surtout qu’il ne reste pas plus que 2 000 jours pour atteindre les objectifs de 2030. En effet, les capacités d’énergies renouvelables (EnR) ajoutées en 2023 n’atteignent même pas la moitié des capacités d’énergies renouvelables à installer annuellement pour atteindre l’objectif de 2030, selon l’Aperçu mondial (Global Overview) du dernier rapport de REN21. Elles n’atteignent ainsi que 473 GW alors qu’elles devraient être de 1 000 GW par an chaque année jusqu’en 2030 pour atteindre une capacité totale de 11 000 GW à cet horizon.

Bien que la consommation des renouvelables ait augmenté de 58% entre 2012 et 2022, l’utilisation des énergies fossiles n’a pas baissé pour autant. Nous brûlons du combustible fossile plus que jamais, à cause d’une demande globale en énergie constamment en hausse (+16% pendant la même période). Entre 2012 et 2022, cette demande en hausse a en effet été couverte à 65 % par le charbon, le pétrole et le gaz naturel. De ce fait, en 2023, les émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à l’énergie ont augmenté de 1,1 % pour atteindre un niveau record de 37,5 milliards de tonnes.

Les EnR augmentent dans le mix énergétique mondial notamment grâce à des politiques visant à limiter l’insécurité énergétique et l’inflation résultants des bouleversements géopolitiques et du marché international de l’énergie. Le Global Overview cite notamment l’Inflation Reduction Act américain et le plan RePowerEU de l’Union européenne qui ont réussi à diversifier les chaînes d’approvisionnement, franchissant les premiers pas vers une plus grande indépendance énergétique. Cependant les renouvelables rencontrent des obstacles considérables en matière de financement, procédures administratives (autorisations), manque d’infrastructure et raccordement aux réseaux.

La situation globale se reflète dans les investissements dans les EnR. Bien qu’ils aient augmenté de 8,1 % en 2023 pour dépasser les 620 milliards de dollars, BloombergNEF et l’Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA) estiment qu’environ 1 300 milliards de dollars seraient nécessaires annuellement pour atteindre les objectifs de la COP28.

Il existe, par ailleurs, des disparités entre les régions. Selon le Global Overview, en 2023 seulement 17,7% des investissements mondiaux/globaux dans les EnR ont eu lieu en Afrique, Asie – hors Chine – Amérique Latine et les Caraïbes, où vivent pourtant les deux tiers de la population mondiale.

Le financement reste un obstacle majeur, surtout dans les pays en voie de développement, où les coûts de capital sont plus élevés (en moyenne 10% pour les projets éoliens et photovoltaïques) que dans les pays industrialisés (environ 4%). Cela augmente d’autant les coûts des projets EnR.

L’aide au développement devrait constituer un levier pour permettre un meilleur accès à la finance pour des investissement EnR dans les pays en voie de développement. Même si la part du financement du développement dédiée aux projets EnR est en croissance, en 2022, elle ne représentait que 1,4 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables.

Il existe de nombreux pays en développement qui sont aujourd’hui leaders dans les énergies renouvelables et affichent une ambition croissante. Par exemple, suite à la COP28, le Hub des Renouvelables pour l’Amérique Latine et les Caraïbes a augmenté son objectif 2030 et s’engage à atteindre 80% de renouvelables, au lieu de 70%, dans la production totale d’électricité. La région vise également les 36 % d’EnR dans son approvisionnement énergétique total. Soutenir ces champions est une façon de démontrer le rôle et les opportunités que représentent les énergies renouvelables partout dans le monde.

Retard considérable dans le raccordement des projets EnR aux réseaux

Notre rapport montre que l’étape de connexion au réseau représente une autre difficulté dans le déploiement accéléré des énergies renouvelables. Au moins 3 000 GW de projets (dont la moitié à un stade avancé) est actuellement en attente de raccordement. Cela équivaut à cinq fois la capacité totale de l’énergie solaire photovoltaïque et éolienne ajoutée en 2022.

Ainsi, REN21 appelle les décideurs à simplifier les procédures administratives de demande d’autorisation et d’exploitation de centrales renouvelables et d’augmenter les investissements dans les infrastructures et les réseaux électriques afin d’accélérer le déploiement des projets EnR. Il est en même temps important de communiquer sur les bénéfices des EnR et de développer une EnR citoyenne, qui permet d’assurer le soutien des communautés locales.

En conclusion, il est indispensable d’accélérer le financement et les investissements dans les EnR, surtout dans les pays en développement, pour assurer une transition énergétique globale et équitable. En parallèle, les gouvernements doivent arrêter de subventionner les combustibles fossiles, et les institutions financières de les financer. Ces ressources devraient être réorientées vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, seuls moyens pour éliminer l’utilisation des combustibles fossiles et d’atténuer le réchauffement climatique.

Les technologies existent, les politiques favorables aux EnR ont démontré leur efficacité. Aujourd’hui, tout dépend de la volonté politique au niveau national, régional et international.

Rana Adib

Rana a plus de 20 ans d'expérience dans l'élaboration et la mise en œuvre de projets thématiques innovants et transversaux dans les domaines de l'énergie durable, des services environnementaux et du développement. Ingénieure industrielle de formation, elle a travaillé dans la recherche et le développement, l'industrie, les organisations internationales et les ONG, au carrefour de la technologie, des affaires, du marketing et de la politique. À REN21, Rana a développé une communauté d'experts internationaux de plus de 900 personnes et a fait en sorte que la série de rapports sur l'état mondial des énergies renouvelables de REN21 devienne un document de référence international dans ce domaine.