Les défis du quinquennat Macron face à l’enjeu du mix énergétique

« Je garderai le cap de la loi de transition énergétique ». C’est en ces mots, prononcés par le candidat Emmanuel Macron lors d’un entretien avec la WWF début février, que l’on pourrait résumer le programme énergie du tout nouveau Président. Des mots qui résument aussi les défis à venir pour son quinquennat. Si l’objectif d’Emmanuel Macron est clair, reste à trouver les moyens de sa mise en œuvre concrète.

Pour rappel, la loi prévoit de : 

– Porter la part des énergies renouvelables à 23 % de la consommation finale brute d’énergie en 2020 et à 32 % de la consommation finale brute d’énergie en 2030

Porter la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % à l’horizon 2025 ;

Deux ans après la promulgation de la LTECV (Loi pour la Transition Energétique et la Croissance Verte), force est de constater qu’il est difficile d’affirmer que le tournant a été amorcé. De fait, la question du mix énergétique sera bel et bien le véritable défi de la prochaine mandature. 

Le symbole de Fessenheim

La question épineuse de la fermeture de la centrale Fessenheim est probablement le symbole le plus probant de ces difficultés. En effet, alors que ce quinquennat touche à sa fin, Ségolène Royal n’aura obtenu d’EDF qu’un engagement de fermeture à horizon 2018, de plus conditionné au lancement du nouvel EPR de Flamanville, pour ce qui était l’une des promesses phares de la campagne du candidat François Hollande en 2012. 

Or, le respect des objectifs fixés par la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Energie : feuille de route qui traduit les grandes lignes définies par la LTECV) impliquerait a minima la fermeture de 10 réacteurs d’ici à 2023 selon les ONG (21 à 23 selon Greenpeace et 17 à 20 selon la Cour des Comptes). Quand on voit la difficile avancée du processus de fermeture de la plus vieille centrale nucléaire française, il est aujourd’hui difficile d’imaginer comment le prochain Président arrivera à satisfaire ces aspirations. La ministre Ségolène Royal déclarait d’ailleurs dans un courrier du 21 avril dernier à propos du plan stratégique du groupe EDF que « les actions prévues ne permettent pas de respecter les objectifs de diversification de la production d’électricité fixés dans la première période de la programmation pluriannuelle de l’énergie »

Une attente forte et de nombreuses inconnues

Cet exemple nous montre à quel point il sera difficile de faire évoluer le mix énergétique français. Tout reste donc à faire pour le jeune Président et celui qui sera demain son ou sa Ministre de l’Energie. Car si les proches d’Emmanuel Macron n’ont pas annoncé de nouvelle grande loi sur l’énergie pour les premières années du quinquennat, la résolution de « l’équation du mix énergétique » demeure entière. Cet enjeu est d’autant plus fatidique que la moitié des centrales nucléaires françaises atteindront leur fin de vie (40 ans) au cours du prochain quinquennat et que la question de la prolongation de leur exploitation ou de leur fermeture se posera alors inévitablement.

Il est à signaler que la victoire d’Emmanuel Macron a de plus été saluée par l’ensemble du secteur. Ainsi, dès le 9 mai, l’UFE (Union Française de l’Electricité) publiait une tribune pour se féliciter de cette victoire. De même que le SER (Syndicats des Energies Renouvelables), dont le Président Jean-Louis Bal approuvait l’arrivée à l’Elysée de celui qui « s’inscrit dans la continuité de la trajectoire engagée depuis dix ans ».

Enfin, reste la question du Parlement. Car, avec l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir et la fin du cumul des mandats, l’Assemblée Nationale promet une composition totalement nouvelle. Des parlementaires auparavant élus locaux n’auront plus un lien aussi fort avec le terrain. Au contraire, on peut s’attendre à voir émerger des députés dorénavant plus impliqués dans les travaux parlementaires et beaucoup plus spécialisés sur certains sujets. Le domaine de l’énergie n’y échappera pas. Il est probable que de nouvelles impulsions et oppositions émergeront également de ce côté là. 

L’énergie, un thème anecdotique de la bataille présidentielle

Toutes ces interrogations sont d’autant plus préoccupantes que l’énergie n’a pas ou très peu été abordée lors de la campagne présidentielle. Le thème a peiné à s’imposer au cours des débats du premier tour, voire a carrément été absent de la campagne de l’entre deux-tours.

Cette place malheureuse a pu notamment s’expliquer par le retrait du candidat écologiste, Yannick Jadot, en milieu de campagne au bénéfice du candidat socialiste Benoît Hamon. Cette absence constituait une première pour la mouvance écologiste depuis l’élection présidentielle de 1969 ! Elle pouvait aussi s’analyser par l’existence d’un consensus relatif entre les candidats sur ces questions (en tout cas, dans leurs postures). A ce titre, on peut mentionner par exemple la nécessité de développer les énergies renouvelables, thème présent dans les programmes de tous les principaux candidats. Même Marine Le Pen, candidate la plus climato-sceptique, souhaitait développer ces filières industrielles et intégrait dans son programme un volet complet pour un plan d’investissement dans l’hydrogène.

La vraie problématique qui divisait cependant les candidats à l’élection suprême restait celle de l’avenir de la filière nucléaire ; et plus largement celle du mix énergétique. Alors que certains candidats comme François Fillon ou Marine Le Pen souhaitaient continuer d’asseoir la prédominance de cette industrie dans le mix énergétique français (notamment en lançant une nouvelle génération de réacteurs), d’autres candidats comme Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon proposaient la sortie intégrale du nucléaire pour aller vers un mix 100% renouvelable à l’horizon 2050. Entre ces deux postures, c’est bien là qu’Emmanuel Macron devra tenter de faire exister la sienne au cours des 5 ans à venir.

Crédit photo : @edf Matthieu Colin

 Profil Twitter de Paul Dufournet@pdufournet

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