La Normandie « est une vitrine de la stratégie énergétique nationale »

La Normandie « est une vitrine de la stratégie énergétique nationale »

Le Monde de l’Énergie ouvre ses colonnes à Valérie Rai-Punsola, déléguée générale de Normandie Energie, pour évoquer avec elle la politique énergétique de la région Normandie.

Le Monde de l’Énergie —La Normandie se présente comme un « fer de lance » du mix énergétique français. Pour quelles raisons ?

Valérie Rai-Punsola —La région normande est une vitrine de la stratégie énergétique nationale, en déployant une palette complète de sources renouvelables et en exploitant l’énergie nucléaire. Avec une production énergétique normande à 95% décarbonée, nous nous distinguons comme un leader dans ce domaine.

Nous occupons notamment une place prépondérante dans les secteurs de l’éolien offshore et du nucléaire. La Normandie peut se féliciter d’être la 1ere région française dans le développement de l’énergie éolienne en mer. Elle est chef de file en relançant d’une manière inédite la filière nucléaire en impulsant une dynamique très forte à cette industrie stratégique.

Le développement de l’éolien terrestre reste difficile pour des questions liées à l’acceptabilité. En ce qui concerne le solaire, nous avons pris un sérieux retard par rapport aux autres régions.

Le Monde de l’Énergie —Quelle est la stratégie de planification énergétique régionale, tant sur la production que sur la consommation, et comment prend-elle en compte la transition énergétique ?

Valérie Rai-Punsola —La Stratégie Française Energie Climat (SFEC) actuellement en consultation vise pour les 10 prochaines années à décarboner le système énergétique français dans son intégralité, sur tous les maillons de la chaîne. LA SFEC donne les grandes orientations de la politique énergétique de la France et inclue les grandes données chiffrées qui seront précisées dans la PPE3.

Dans un esprit de concertation, la planification terri­toriale des énergies renouvelables est donné à la main des élus locaux.

Les Régions doivent trouver leur chemin pour réduire les émissions de GES fixées par le gouvernement par la mise en place de COP Régionales et identifier les zones d’accélération des énergies renouvelables par des Comités Régionaux de l’Energie.

En Normandie, les démarches sont mises en route et les travaux avancent.

Le Monde de l’Énergie —Comment se décident les choix d’implantation de nouvelles sources de production électrique, notamment les renouvelables ?

Valérie Rai-Punsola —En vertu de la loi d’accélération de la production des énergies renouvelables (APER), les collectivités territoriales sont encouragées à définir des zones d’accélération où les projets seront favorisés pour leur implantation. Les Comités régionaux de l’énergie, organes de concertation réunissant les parties prenantes des territoires, auront pour mission de garantir la cohérence entre ces zones d’accélération et les objectifs régionaux de production énergétique.

Sur le terrain, les développeurs/opérateurs lancent des études de faisabilité sur les zones propices à l’implantation d’EnR (éolien terrestre, centrale solaire au sol) en concertation avec les parties prenantes impactées (élus, citoyens, associations, professionnels…).

Les gestionnaires réseau (électrique et gaz) sont également consultés dans le processus d’implantation d’un projet de production d’électricité renouvelable. Ce sont eux qui vont valider le raccordement du projet au réseau électrique/ou gaz en fonction des capacités d’accueil du réseau et vont chiffrer le cout de raccordement au réseau.

S’agissant de l’éolien en mer, le conseil maritime de façade doit faire émerger les zones propices au développement de l’éolien en mer.

Le Monde de l’Énergie —Sa façade maritime fait de la Normandie un territoire disposant de nombreuses infrastructures liées aux combustibles fossiles, le nouveau terminal méthanier du Havre rejoignant les raffineries ou usines de production d’hydrogène à partir de sources fossiles. Comment ces actifs sont-ils pris en compte pour s’insérer dans une stratégie de décarbonation ?

Valérie Rai-Punsola —Le terminal méthanier flottant du Havre (FSRU) a pour vocation d’assurer l’approvisionnement de la France en gaz naturel. Il permet d’injecter 5 milliards de M3 dans le réseau de gaz et couvre 10% de la consommation annuelle de la France. C’est une solution temporaire et flexible en attendant le développement plus massif de gaz renouvelables (biométhane, hydrogène).

La production d’hydrogène fossile sera progressivement remplacée par des usines de production d’hydrogène décarboné. Ce vecteur énergétique est un des piliers de la décarbonation de l’industrie et de la mobilité en Normandie et en Vallée de Seine.
4 grands projets de production d’hydrogène décarboné sont prévus en Normandie pour décarboner l’industrie et le secteur de l’aérien via des e carburants: les projets de LHYFE, Air Liquide, Engie et Verso Energies.

Le Monde de l’Énergie —Cette façade maritime fait également de la Normandie l’une des régions championnes de l’éolien en mer. Quelles sont les perspectives d’avenir sur cette technologie, dans un contexte de contestation en hausse et de soutien gouvernemental moins net ?

Valérie Rai-Punsola —La Normandie est aujourd’hui la 1ere région française en termes de développement de l’éolien offshore avec 5 parcs cumulant 4GW de puissance.

Son potentiel estimé dans le cadre de la planification de façade pourrait monter jusqu’à 17 Gigawatts.

L’éolien offshore est une énergie renouvelable d’avenir pour répondre aux besoins croissants en électricité tout en réduisant les émissions de carbone, et ce, pour deux grandes raisons :
. L’éolien en mer est l’énergie renouvelable la plus productive (par la force des vents, la taille des parcs et la puissance des turbines). Les prochaines turbines pourraient atteindre des puissances de l’ordre de 20 MW (contre 8MW pour les parcs offshores actuels et contre 3 MW des parcs onshore). Cet atout permettra de réduire la taille des parcs tout en produisant plus.
. Son coût est compétitif  : 50 euros du MWh.

Le Monde de l’Énergie —La Normandie est aussi une terre de nucléaire (centre de La Hague, centrales de Penly, Paluel, Flamanville…). Elle est à la pointe de la transition vers la technologie EPR, puisqu’elle abrite l’EPR de Flamanville et accueillera deux des six premiers EPR2 voulus par le gouvernement. Comment la région participe-t-elle à cette dynamique ?

Valérie Rai-Punsola —La Normandie joue effectivement un rôle central dans la transition en raison de sa forte implication dans le domaine nucléaire. Entre le site Orano de la Hague, les sites nucléaires existants, ainsi que l’émergence des nouveaux grands projets, la Normandie est en effet au cœur de l’industrie nucléaire française d’aujourd’hui et de demain.

La participation de la région à cette dynamique se manifeste à plusieurs niveaux :

1. La première action fondamentale est l’intégration d’une politique stratégique incluant le nucléaire comme solution décarboné dans le développement énergétique du territoire. En effet la région fêtera cette année la fermeture du chantier EPR FLA3 et l’ouverture du chantier EPR2 PENLY.

2. Expertise et emploi : La présence de ces installations nucléaires dans la région stimule l’expertise locale dans le domaine de l’énergie nucléaire, attirant des professionnels qualifiés et créant des emplois spécialisés. La Région Normandie contribue ainsi au développement d’un écosystème industriel autour de la technologie nucléaire.

3. Recherche et développement : La région Normandie abrite également des centres de recherche et des institutions académiques qui collaborent avec l’industrie nucléaire pour développer de nouvelles technologies, améliorer la sécurité et l’efficacité des installations existantes, et explorer des solutions innovantes pour la gestion des déchets nucléaires.

En résumé, la Région Normandie participe activement à la dynamique de transition vers le futur du nucléaire, en fournissant une infrastructure, une expertise et un soutien essentiels à l’industrie nucléaire française, tout en contribuant au développement économique régional.

Valérie  Rai-Punsola

Valérie Rai-Punsola, diplômée d'une école de commerce, a débuté sa carrière au Canada et en Angleterre. Par la suite, elle a occupé des postes clés dans le développement de réseaux privés au sein de grandes entreprises telles que Sage à Paris et SFR à Bordeaux, où elle était responsable du développement de projets pour des industriels. En 2007, elle est retournée en Normandie, sa région d'origine, et a choisi de s'investir dans l'intérêt général et le développement économique local. Elle a alors intégré le secteur de la logistique en Normandie, où elle a contribué pendant une décennie au développement des volets fluvial, portuaire et de l'aménagement du territoire. En 2013, elle a repris ses études et est devenu major de son MBA à l'EM Normandie. En 2017, elle a décidé de se consacrer à la transition énergétique et a donné naissance à Normandie Energies, fruit de la fusion entre Energies Normandie et Nucléopolis, qu'elle dirige et développe avec son équipe en tant que Déléguée Générale depuis six ans. Élue par les acteurs régionaux, elle exerce également le mandat de Déléguée Régionale Normandie de France Hydrogène depuis 2020.