L’avenir énergétique de l’Afrique

L’Afrique est à la fois considérée comme un continent d’avenir, jeune et pourvu de ressources, et l’objet de commisérations car sa population est soumise à des crises sanitaires graves, et ne voit pas son niveau de vie s’améliorer. Qui plus est, s’agissant d’énergie, la chute des cours du pétrole peut fragiliser l’économie de certains pays comme l’Algérie, l’Angola et le Nigeria. En 2014, un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie présentait une vision plutôt optimiste de ses perspectives énergétiques. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Quelques constats s’imposent d’abord. Si l’Afrique compte 15% de la population de la planète elle ne consomme que 3% de l’énergie mondiale avec une moitié d’énergies fossiles dans son mix d’énergie primaire.  Elle est un continent « fracturé » avec de forte disparités régionales pour la consommation d’énergie : l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud ne représentent, ensemble, que 30% de population africaine mais 80% de la consommation d’énergie, l’électrification de l’Afrique sub-saharienne est insuffisante (les deux tiers de la population n’ayant pas accès à l’électricité), la bioénergie (essentiellement le bois) constituant près de la moitié (47%) de l’énergie primaire.

Selon la Banque mondiale, les taux de croissance moyens de l’Afrique sub-saharienne sur la période 2000-2012 ont été importants (4,8% par an, mais 8,7% en l’Asie de l’Est et 3,2% en Amérique latine) et l’Afrique n’est pas restée à l’écart du processus de mondialisation.

Toutefois, on observe aussi une disparité considérable entre les consommations d’énergie par tête d’habitant en Afrique et les pays développés de la planète : 0,4 tep en moyenne pour l’énergie primaire en Afrique (mais 2 tep en Afrique du Sud) contre 3,7 tep en France et 8 tep en Amérique du nord, la consommation moyenne d’électricité par habitant (600 kWh) est le cinquième du niveau mondial, avec de très fortes disparités régionales (1200 kWh en Algérie contre 150 kWh au Togo).

L’Afrique est globalement bien dotée en ressources énergétiques mais avec une forte inégalité de leur répartition géographique

Elle possède 10% des réserves mondiales de pétrole, exploitées surtout en Afrique du Nord et de l’Ouest (Angola et Nigeria), et les ressources en gaz sont également importantes en Afrique du Nord (65% du mix énergétique de l’Algérie) et de l’Ouest et avec des perspectives au Mozambique, en Tanzanie et, plus récemment, en Egypte. On notera que c’est en Afrique sub-saharienne qu’a été réalisé le tiers des découvertes de réserves de pétrole et de gaz de entre 2011 et 2016. L’Afrique du Sud (70 % de son mix énergétique) et le Zimbabwe sont bien dotés en charbon.

L’Afrique est bien notée également en uranium (15% des réserves mondiales).  Les ressources hydrauliques sont également importantes mais sous-exploitées en Afrique centrale et orientale Barrage renaissance Nil(bassins du Congo et du Nil où d’importants projets de barrages sont en cours de réalisation. Photo du Barrage de la Renaissance sur le Nil en Ethiopie, trois fois plus puissant que celui d’Assouan).

Les potentialités des énergies renouvelables (solaire et éolien) sont certainement importantes mais elles tardent à être développées (avec un début prometteur du solaire à concentration au Maroc). Rappelons, enfin, que les populations africaines utilisent encore trop souvent des énergies polluantes dans les tâches domestiques : 700 millions d’habitants d’Afrique sub-saharienne utilisent des poêles alimentés pas des déchets végétaux  pour la cuisson des aliments, dégageant des fumées nocives qui seraient à l’origine, selon l’OMS, de maladies respiratoires touchant particulièrement les femmes et les enfants occasionnant près de 600 000 décès prématurés par an.

 La pression démographique est l’un des problèmes majeurs pour l’avenir de l’Afrique

L’ONU « prévoit », en effet, une forte croissance démographique, la population africaine passerait de 1,2 milliard d’habitants en 2014 à 2 milliards en 2050, avec une croissance particulièrement forte de la population de l’Afrique sub-saharienne (près de 150% en Afrique de l’Ouest, de l’Est et du centre, le Nigeria compterait 400 millions d’habitants), cette croissance s’accompagnant d’un doublement de la population urbaine.  Sachant que ces populations auront besoin d’énergie et que cette consommation tend à croître dans les zones urbaines (avec un trafic automobile chaotique), on peut raisonnablement prévoir une forte croissance de la demande d’énergie pour le continent.

On peut faire l’hypothèse que pour un scénario respectant les objectifs de l’accord de Paris, la demande d’énergie de l’Afrique passerait de 750 Mtep en 2013 à 1,5 Gtep en 2050 (1,2 Gtep en 2040 selon l’AIE).Cette progression s’accompagnerait d’un doublement des émissions de CO2 mais ne représentant que de 3 à 4% des émissions mondiales. La demande d’électricité serait en très forte croissance, elle quadruplerait dans l’Afrique sub-saharienne où, toutefois, 250 à 400 millions d’habitants seraient encore privés d’électricité en 2050. Le gaz naturel deviendrait la première ressource primaire en Afrique du Nord, la bioénergie demeurant en première place dans l’Afrique sub-saharienne avec une part croissante des ENR dans la production électrique.

Les pays africains  qui ont été actifs dans la préparation de la Cop 21 ont affiché des objectifs raisonnables de réduction de la progression de leurs émissions de gaz à effet de serre (- 23 % entre 2012 et 2030 par rapport aux tendances récentes pour la Côte d’Ivoire), une diminution de leurs émissions de CO2 n’étant pas envisageable avant 2050. Ils ambitionnent aussi de développer des filières renouvelables (une part de 42% dans le mix électrique de la Côte d’Ivoire en 2030).

Cela étant, l’Afrique va devoir résoudre une équation énergétique compliquée

La première priorité est sans doute de réaliser un accès pour tous à une énergie moderne et « propre » et notamment à l’électricité. Un rééquilibrage de l’énergie primaire en faveur des énergies renouvelables est sans doute possible avec une montée en puissance de l’hydroélectricité et du solaire. Remplacer les usages domestiques d’énergies polluantes est une nécessité absolue compte tenu de leur forte incidence sanitaire, c’est un problème technique simple et les solutions sont peu coûteuses (utiliser des poêles fonctionnant avec du GPL, du kérosène, voire du biogaz).

L’accès de tous à l’électricité, appelle, en revanche, des politiques et des solutions diversifiées selon qu’il s’agit de zones urbaines ou rurales. Dans les zones rurales l’énergie solaire ou éolienne (sur les côtes pour ces dernières) ainsi que la mini-hydraulique là où c’est possible sont probablement bien adaptées car cette option évite la construction de réseaux.

Quid de l’électrification des Solaire Maroczones urbaines ?

L’électrification des villes suppose, en revanche, de pouvoir délivrer des puissances importantes, le recours à des centrales thermiques à gaz (de moyenne ou grande puissance, l’Afrique du Sud privilégiant le charbon et envisageant le nucléaire) et à l’hydraulique est sans doute nécessaire. Cela suppose la construction de barrages et de réseaux électriques avec une interconnexion à une échelle régionale qui sont des solutions nécessairement coûteuses.

L’amélioration de l’efficacité des systèmes énergétiques est une deuxième priorité, elle est indispensable dans les transports, essentiellement assurés  par voie routière avec un parc automobile vieillissant et polluant et qui va probablement s’accroître. Des nouvelles liaisons ferroviaires régionales pour soulager le trafic routier sont en cours de réalisation.

De même la prise en compte des économies d’énergie dans la construction des bâtiments est une nécessité dans la perspective d’une urbanisation de la population. Intégrer un minimum de réflexions pratiques sur l’utilisation de l’énergie dans l’éducation, accroître l’offre de formation aux métiers de l’énergie et soutenir la R&D et l’innovation est une troisième priorité car l’Afrique a besoin de disposer d’une expertise technique et de solutions adaptées aux contextes locaux. 

 

Pour que ces promesses énergétiques se concrétisent, trois conditions clés devront être remplies : – une forte croissance des investissements destinés à l’énergie (l’AIE l’estime à 110 milliards $/an), notamment pour les infrastructures électriques – une meilleure intégration régionale pour mutualiser les efforts – des progrès dans la gouvernance pour favoriser notamment un meilleur usage de la manne pétrolière.

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