Les centrales nucléaires françaises sont-elles sûres ?

A l’heure où le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot a repoussé l’objectif de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité, faisons un point sur la sûreté des centrales françaises avec Francis Roy, président de Suredyna, expert en sûreté nucléaire.

Que fait exactement un expert en sûreté nucléaire comme vous ?

En tant qu’expert en sûreté nucléaire, j’apporte un support technique aux équipes qui s’occupent de la sûreté nucléaire dans les installations pour garantir le niveau de sûreté nucléaire et pouvoir répondre aux exigences réglementaires et aux demandes de l’Autorité de sûreté nucléaire, la fameuse ASN. Mon rôle est de guider les ingénieurs et les exploitants nucléaires dans leurs tâches quotidiennes, comme par exemple remettre des déchets nucléaires, installés dans des fosses en béton, dans des stockages adéquats, le tout dans un confinement adapté.

L’ASN affirme que la sécurité nucléaire française est globalement satisfaisante. Le parc nucléaire français est-il sûr ?

Actuellement, la réponse est oui. Le parc français est sûr. Mais je vais prendre une comparaison. Vous êtes un bon conducteur et jusqu’à présent, vous n’avez pas eu d’accident. Est-ce pour cela que demain vous n’allez pas avoir un accident ? Personne ne peut le savoir. Pour avoir le moins de risque possible, vous allez respecter les limitations de vitesse et allez faire attention. Pour le parc est nucléaire français, c’est la même chose. Il est sûr, sous réserve qu’EDF continue à respecter la réglementation et faire ce que lui dit l’ASN. Mais pas seulement. Il faut comme pour la voiture entretenir les installations, donc la maintenance. Comme sur la route, le facteur humain est primordial dans le nucléaire. Les opérateurs doivent être bien formés. Et à EDF, le programme de formation est formidable. Aujourd’hui, il y a toutes les garanties pour que l’on ait le moins possible d’accidents. Mais, malheureusement, le risque zéro n’existe pas…

Le grand carénage des centrales peut-il porter ses fruits ?

L’enjeu du grand carénage est de rendre le plus sûr possible les centrales actuelles, et cela passe donc par la rénovation. L’objectif est de rendre les vieilles centrales comme neuves. Pour ce faire, on rénove ou on remplace tous les composants (sauf la cuve et l’enceinte de confinement qui ne sont pas remplaçables), ce qui augmente la durée de vie en toute sûreté.

Les spécialistes du nucléaire disent que l’EPR est la technologie, à ce jour, la plus sûre… Vous confirmez ?

Il est vrai que l’EPR, utilisée notamment dans la future centrale normande de Flamanville, est la plus sûre. Il s’agit du fin du fin de la sûreté. Elle est même peut-être trop sûre, ce qui fait qu’elle est très chère. Je note que cette technologie aurait résisté beaucoup mieux, par exemple, à l’accident de Fukushima au Japon.

Que pensez-vous du programme de stockage géologique des déchets Cigéo à Bure ?

Ce programme, qui traite des déchets radioactifs à long terme, est un très beau programme qui fait preuve d’une très grande responsabilité. C’est, à mes yeux, la solution la plus sûre. L’incinération nucléaire, (les déchets sont mis dans un réacteur pour être décomposés) qui a été envisagée, n’a pas abouti de façon industrielle. Le stockage en surface est lui beaucoup plus problématique car il est nécessaire de protéger la zone et les personnes.

A Bure, les futurs déchets seront entreposés à 500 mètres sous terre au cœur d’une épaisse couche d’argile naturellement radioactive et de surcroît à une profondeur où le séisme est sans effet. Pour ce programme géré par l’Andra, il y a une discipline particulière qui est la sûreté à long terme. Comme nous n’avons pas de retour d’expérience, de nombreuses études ont été faites depuis longtemps. L’objectif est d’imaginer ce qui pourrait se passer dans la roche dans plusieurs milliers d’années.

Travailler dans la sûreté nucléaire, cela attire encore beaucoup d’ingénieurs ?

Oui, cela reste un secteur d’avenir même si on manque d’ingénieurs comme partout ! J’ai un message à faire passer aux jeunes : intéressez-vous à la sûreté nucléaire, c’est vraiment passionnant ! Ca peut paraître un peu ingrat au départ, car c’est très administratif et les règles sont très précises. Mais, contrairement aux apparences, il faut toujours se remettre en cause. Il y a beaucoup de choses intéressantes à chercher, à creuser pour comprendre ce qui va se passer… Bref, c’est très créatif !

 

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