« Nous sommes mobilisés pour garantir la performance et la sûreté de la filière nucléaire »

« Nous sommes mobilisés pour garantir la performance et la sûreté de la filière nucléaire »

Centrale du Tricastin dans la Drôme. Crédit photo : Olivier Durin

Alors qu’EDF a dévoilé son plan industriel pour sauver la filière nucléaire baptisé « Excell », l’amélioration de la fabrication des équipements est au cœur du projet. Quels sont les leviers de réussite et le plan d’actions concret pour répondre aux enjeux de la filière ?

Éclairage de Cécile Arbouille, déléguée générale du Groupement des Industriels Français de l’Energie Nucléaire (GIFEN).

En quoi le plan Excell est-il une bonne nouvelle pour la filière nucléaire française ?

Le GIFEN a été associé à l’élaboration de ce plan d’action. Au-delà d’EDF, c’est toute la filière qui se mobilise et mène des actions pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui et de demain. Ce plan va s’articuler autour de trois axes principaux :

1. La qualité des relations client / fournisseur
2. La transformation numérique : le GIFEN est pilote du projet de plateforme numérique filière (GENESIS) visant à faciliter la gestion du flux d’informations et de données entre les donneurs d’ordre dont EDF et les entreprises de la filière qui contribuent aux projets en cours et à venir.
3. Les compétences et la formation : le GIFEN a une commission dédiée à ces sujets qui vient de terminer un projet d’EDEC
L’ensemble des industriels sont mobilisés pour garantir la performance et la compétitivité et la sûreté de la filière nucléaire, dans la perspective d’une éventuelle prise de décision par le gouvernement, en 2021, d’un programme de construction de nouveaux réacteurs en France.
Ce plan permettra à toute la filière de renforcer les actions entreprises pour permettre au gouvernement de prendre en toute confiance la décision attendue de renouvellement du Parc nucléaire.

Peut-on parler de renaissance ?

Je ne parlerais pas de « renaissance » mais d’une nouvelle « impulsion » apportée à la filière.
Nous menons depuis plusieurs années des actions pour sans cesse améliorer cette industrie, et la création du GIFEN en est un parfait exemple.
Nous regroupons plus de 190 entreprises de toutes tailles (de grands groupes à des micro-entreprises) et ensemble, à travers différentes Commissions thématiques, nous menons des initiatives pour accompagner le développement de notre industrie.
Citons notamment la transformation numérique de la filière, l’accompagnement des industriels français à l’international (dont les PME et micro-entreprises). Une de nos priorités est d’améliorer l’attractivité du nucléaire et de maintenir les compétences, les expertises et les emplois nécessaires pour assurer la pérennité de notre industrie.

Quels seront le rôle et les responsabilités du GIFEN sur les grandes thématiques « compétences, formations, emplois et recrutements » au sein de l’industrie nucléaire ?

Le GIFEN est un acteur clé de la transformation de la filière qui contribue à l’objectif d’excellence poursuivi par tous les industriels du secteur.
Nous travaillons sur plusieurs chantiers importants dans le domaine de la sûreté nucléaire, de l’innovation et de la R&D, de la transformation numérique, de la stratégie et du développement économique, et enfin dans le domaine des compétences et de la formation.
L’attractivité, le maintien des compétences et la transmission des savoir-faire sont des enjeux d’une importance capitale pour le GIFEN. Une commission dédiée à ces sujets a été mise en place. Cette Commission, présidée par Evelyne Violleau (DRH de SPIE Nucléaire), a pour missions d’identifier et mettre en place un plan d’actions concret pour répondre à ces enjeux.
La Commission Compétences et Formation vient de finaliser un programme EDEC (Engagement de développement de l’emploi et des compétences) de la filière, en partenariat avec le Ministère du travail.
L’EDEC est un accord pluriannuel conclu entre l’État et une ou plusieurs branches professionnelles. Son objectif est de réaliser un diagnostic sur les mutations de l’emploi et des formations au sein d’une filière, et d’établir  un plan d’actions associé, notamment afin d’aider les TPE-PME à relever les enjeux RH auxquels elles sont confrontées.
Le GIFEN a été désigné comme porteur de cette action au nom du contrat de filière engagé entre le CSFN et l’État en date du 28 janvier 2019.

Manque-t-on de bras dans certains secteurs ?

Nous avons fait face à de nombreux départs à la retraite et devons retrouver la maîtrise industrielle des grands projets. Avec les chantiers EPR en cours, nous sommes en train de reconstituer les compétences au sein de la filière nucléaire.
Il nous faut également renforcer l’attractivité de nos métiers, donner envie et confiance aux jeunes de s’engager dans l’aventure du nucléaire.
Enfin, certaines compétences comme le soudage sont effectivement critiques pour la filière. Ce sont des compétences à haute technicité. Dans les actions mises en œuvre au sein de la filière, on peut notamment citer le pôle de formation sur les soudures avec deux centres à Nancy et Tours.

Malgré les déboires de Flamanville, l’EPR a-t-il encore un avenir en France ?

C’est une question que je vous laisserai poser à EDF mais toutes les entreprises du GIFEN sont en tout cas mobilisées pour la réussite du chantier de Flamanville 3, et la construction de nouvelles tranches EPR2.