Un dispositif méconnu aux enjeux considérables
Le secteur du transport représente près de 30 % de la consommation d’énergie finale en France, selon les données du ministère chargé de l’énergie. C’est l’un des rares secteurs dont les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas diminué depuis 1990, ce qui en fait un levier prioritaire de la politique nationale d’efficacité énergétique.
Les CEE autour du transport constituent dans ce contexte un outil de financement concret, encore sous-exploité par de nombreuses entreprises. Ce mécanisme permet de valoriser les actions d’efficacité énergétique réalisées dans le secteur des transports routiers, en générant des certificats d’économies d’énergie exprimés en kWh cumac. Les flottes d’entreprises, les collectivités et les exploitants de véhicules lourds sont directement concernés par ces opportunités de financement.
Quelles opérations sont éligibles dans le secteur du transport ?
Les fiches d’opérations standardisées dédiées au transport couvrent plusieurs types d’actions, avec une priorité croissante donnée à l’électrification des usages depuis l’entrée en vigueur de la sixième période CEE en janvier 2026 (P6).
Parmi les opérations les plus courantes figurent le remplacement de véhicules thermiques par des véhicules électriques, la mise en place de systèmes de gestion énergétique des flottes, ainsi que l’installation de pneumatiques à basse résistance au roulement sur les poids lourds.
Les opérations portant sur l’électrification des flottes bénéficient d’une attention particulière dans la P6, en cohérence avec les objectifs de décarbonation du parc automobile français fixés par la Programmation pluriannuelle de l’énergie.
Focus flottes d’entreprises : un gisement d’économies d’énergie significatif
Pour les entreprises qui gèrent des flottes de véhicules, les CEE transport représentent un levier financier dont le potentiel est souvent sous-estimé. Une flotte de 50 véhicules utilitaires légers remplacés par des équivalents électriques peut générer des volumes de certificats d’économies d’énergie substantiels, dont la valorisation vient directement réduire le coût net de la transition.
Le calcul des certificats repose sur une estimation de l’économie d’énergie générée par le remplacement d’un véhicule thermique par un véhicule électrique, par exemple. Ce calcul est actualisé en fonction de la durée de vie de l’équipement, d’où l’unité de kilowattheures cumulés et actualisés (kWhc ou kWhc). Le volume de kWhc généré, et donc le montant de la prime, est calculé par véhicule.
Les gestionnaires de flotte doivent impérativement s’assurer que les dossiers sont constitués avant l’engagement des commandes. Toute opération engagée sans dossier CEE préalablement initié perd son éligibilité au dispositif, quelle que soit la nature des véhicules concernés.
Ce qui change avec la sixième période CEE
Depuis janvier 2026, la P6 renforce la place des opérations d’électrification dans le dispositif. Les nouvelles orientations favorisent explicitement le remplacement des véhicules thermiques par des solutions électriques, au détriment des opérations d’optimisation marginale comme certains équipements d’aide à la conduite économique.
Les seuils de vente d’énergie à partir desquels les fournisseurs sont soumis à obligation ont par ailleurs été abaissés, élargissant leur nombre et augmentant mécaniquement la demande de certificats d’économies d’énergie sur le marché. Ce contexte est favorable aux porteurs de projets dans le secteur du transport : la demande de certificats soutient leur valeur, ce qui se traduit par des primes plus élevées pour les bénéficiaires.
L’objectif annuel global du dispositif est fixé à 1 050 TWh cumac par an sur la période 2026-2030, soit une hausse de 27 % par rapport à la période précédente. Le secteur transport est appelé à contribuer davantage à cet objectif.
Véhicules lourds : un potentiel de valorisation élevé
Les poids lourds, bus et véhicules utilitaires lourds présentent des gisements d’économies d’énergie particulièrement importants en raison de leurs consommations unitaires élevées. Les opérations d’électrification sur ce segment génèrent des volumes de certificats significativement supérieurs à ceux des véhicules légers.
Les transporteurs routiers, les opérateurs de transport en commun et les entreprises disposant de flottes de livraison ont donc un intérêt financier direct à intégrer les CEE transport dans leur stratégie de renouvellement de flotte, en anticipant dès la phase de commande la constitution des dossiers nécessaires à la valorisation des opérations.
