Politique énergétique : coup d’œil dans le rétroviseur

En 1973, juste avant le premier choc pétrolier, 68% de l’électricité française était produite dans des centrales au fuel. La multiplication par 4 du prix du baril de pétrole, importé à 98%, incita le gouvernement français à accélérer considérablement le programme d’équipement nucléaire fondé, depuis 1969, sur les réacteurs à eau ordinaire REP 900 MWe, dont trois exemplaires étaient déjà en construction, deux à Fessenheim et un au Bugey. La motivation de ce « Programme Messmer » était claire : réduire notre dépendance à l’égard du pétrole, dépendance devenue soudain intolérable. Pour ce faire, il fallait remplacer le pétrole là où on savait le faire sans délai, c’est à dire dans la production d’électricité, et promouvoir en parallèle les applications de cette dernière. Le programme nucléaire était déjà amorcé, l’infrastructure industrielle et réglementaire était prête, nous maîtrisions le cycle du combustible et un tiers de l’uranium nécessaire provenait de mines situées en métropole. Grâce à la stratégie de paliers standardisés (séries de réacteurs identiques) imposée par EDF, les coûts ont été maîtrisés, les délais de construction se sont raccourcis et l’électricité d’origine nucléaire s’est révélée très compétitive avec ses concurrents fossiles. De plus, les dépenses nucléaires étaient et sont toujours, pour l’essentiel, créatrices d’emploi sur le territoire français.

Quelle est la situation, 40 ans plus tard ?

Le pétrole est éliminé du « bouquet » électrique dont charbon et gaz se partagent un petit 10%. La dernière mine d’uranium située sur le territoire français a fermé en 2001, mais AREVA exploite des mines dans des pays aux profils géopolitiques très divers, ce qui assure une bonne sécurité d’approvisionnement. Les centrales nucléaires en marche sont toujours très rentables et justifient amplement les investissements nécessaires à l’extension de leur durée de vie. En revanche, il est
trop tôt pour se prononcer sur le coût du prochain palier, au-delà du prototype de Flamanville. La principale motivation n’est donc plus la réduction de la dépendance pétrolière, mais la réduction des émissions de gaz à effet de serre, dont la source principale est la combustion de pétrole, charbon et gaz. Le nucléaire partage cette motivation avec les sources renouvelables d’électricité. Compte tenu de cet état des lieux, je m’étonne chaque jour du nombre d’anciens du nucléaire qui s’ingénient à trouver et répandre des arguments climatosceptiques, sur la base d’une méfiance vis-à- vis des spécialistes accusés de je ne sais quelle conspiration mondiale. C’est d’autant plus bizarre que, ce faisant, ils tombent dans le travers qu’ils reprochent à beaucoup de porte-paroles antinucléaires : prendre position dans une controverse scientifique au-delà de leur domaine d’expertise. Je ne prétends pas être un climatologue, c’est pourquoi dans ce domaine comme dans de nombreux autres je fais confiance aux spécialistes. Les anglophones ont un joli mot pour décrire ces personnes qui donnent leur opinion hors de leur champ de connaissances : ultracrepidarian. L’origine du mot viendrait d’une anecdote rapportée par Pline l’Ancien : un cordonnier avait expliqué à un peintre qu’il avait raté la peinture de la sandale de son modèle. Le peintre ayant rectifié son tableau, le cordonnier s’est enhardi à critiquer un bras du modèle. Le peintre alors lui aurait déclaré : « Ne sutor ultra crepidam !» ou « cordonnier, pas plus haut que la chaussure ! ». Bon conseil…

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