« Se donner les moyens d’atteindre les objectifs des futures SNBC et PPE »

« Se donner les moyens d’atteindre les objectifs des futures SNBC et PPE »

Le Monde de l’Energie ouvre ses colonnes à Hélène Gelas, avocate associée au cabinet Jeantet, spécialisée dans l’installation d’énergies renouvelables, pour évoquer avec elle les futures lois d’orientation énergétique de la France, la PPE et la SNBC.

 

Le Monde de l’Énergie —Quel est le calendrier de publication des prochains textes de programmation environnementale en France, notamment les révisions de la SNBC et de la PPE ? Quels sont les objectifs de ces textes ?

Hélène Gelas —Tout d’abord, rappelons que la trajectoire énergétique de la France est composé de la loi de programmation Energie et climat (LPEC), laquelle doit fixer les grands objectifs. Ces objectifs sont ensuite déclinés dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC), dans le plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

La PPE et la SNBC ont deux objectifs complémentaires mais distincts : actions et objectifs chiffrés pour la PPE en matière d’énergie, objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre côté SNBC.

La PPE constitue la trajectoire énergétique de la France pour les prochaines années, document de planification qui doit détailler les orientations stratégiques pour le secteur de l’énergie et les moyens afin de les concrétiser. La SNBC définit les orientations et les mesures concrètes à suivre dans les politiques publiques, sectorielles et territoriales et utilise la logique des « budgets-carbone » afin de définir la trajectoire de baisse des émissions à suivre.

En ce qui concerne le calendrier, il est assez mouvant. Les groupes de travail multi-secteurs ont travaillé et la CRE a fait une contribution. Il est possible que la PPE soit adoptée avant la LPEC qui est attendue en fin d’année sous réserve, comme toujours, du calendrier parlementaire.

Le Monde de l’Énergie —Les acteurs des filières se mobilisent pour des objectifs ambitieux, mais qu’apportent juridiquement ces textes ? Ont-ils une valeur contraignante ?

Hélène Gelas —La SNBC est un document d’orientation. Pour autant, les pouvoirs publics doivent la prendre en compte dans les différents documents de planification qui ont « des incidences significatives sur les émissions de gaz à effet de serre », à l’image du SRADDET ou encore du PCAET. Il ne s’agit donc pas encore d’un rapport de conformité, ni même de compatibilité. C’est un premier pas, une première accroche mais on n’est pas encore dans une réelle contrainte.

La PPE doit être compatible avec les objectifs de la SNBC et, là encore, les documents de planification doivent s’articuler avec la PPE. L’effet juridique de la PPE réside toutefois principalement dans la fixation des objectifs quantitatifs qui déclenchent le lancement d’appels d’offres ministériels. La PPE est ainsi la boussole de l’action gouvernementale en matière d’énergie, en prévoyant objectifs et modalités d’actions.

Le Monde de l’Énergie —La France a-t-elle d’ailleurs respecté les précédentes SNBC et PPE ? En cas de non-respect, y aurait-il des conséquences ?

Hélène Gelas —Le bilan du premier budget carbone a été consolidé en 2020, sur la base de l’inventaire consolidé des émissions de l’année 2018 (Données CITEPA, Secten, Ed. 2020).

Il en ressort que le premier budget carbone a été dépassé de 61 Mt éqCO2 cumulés sur la période 2015-2018, les émissions ont diminué de 1,1 % par an en moyenne entre 2015 et 2018 alors que la SNBC-1 visait un seuil de 1,9 % par an.

Enfin, selon les résultats annoncés par le Gouvernement, les budgets sectoriels indicatifs ont été dépassés sur la période du premier budget carbone pour le transport, les bâtiments, l’agriculture et l’industrie. Seuls la transformation d’énergie et les déchets ont tenu l’objectif.

Côté PPE, le bilan n’est pas meilleur. Que ce soit l’objectif de consommation d’énergies fossiles, l’objectif de consommation d’énergie ou l’objectif de la part d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie, aucun de ces objectifs n’est atteint.

Ce n’est certes pas une surprise mais il va bien falloir répondre à l’urgence actuelle et non seulement fixer des objectifs ambitieux dans la future SNBC et la future PPE mais se donner les moyens, politiques, humains, économiques etc…, de les atteindre.

Le Monde de l’Énergie —Quel impact concret ont ces textes sur la politique énergétique français ? Quels liens ont-ils avec des textes de loi sur une thématique plus précise ?

Hélène Gelas —Si la valeur contraignante est désespérément absente, ces textes ont pour mérite de fixer un cap et supposent que les politiques publiques soient alignées vers l’atteinte de ces objectifs. S’agissant des énergies renouvelables, la PPE va définir les calendriers de lancement des appels d’offres, ce qui permet déjà aux acteurs d’anticiper, et permet le maintien d’un régime de complément de rémunération et d’obligation d’achat tant que les objectifs fixés ne sont pas atteints.

C’est ainsi, par exemple, que le moratoire décidé en décembre 2010 sur l’énergie solaire avait été justifié par le fait que la file d’attente des projets du gestionnaire de réseau permettait l’atteinte des objectifs fixés par la PPE. A l’inverse, c’est l’élaboration de la PPE qui conduit l’Etat à réaliser des travaux de planification qui doivent permettre d’accélérer le développement des projets d’éolien en mer, de définir les zones dans lesquelles les études initiales seront réalisées ou encore de prévoir les ouvrages de raccordement nécessaires.

Hélène Gelas

Docteur en droit, Hélène Gelas intervient essentiellement en énergie, environnement et urbanisme. Elle accompagne ses clients, grands groupes et PME français et internationaux, aussi bien en conseil, qu’en audit ou en contentieux, dans le développement de projets d’énergies renouvelables (éolienne, photovoltaïque, hydraulique, marine ou encore biomasse).