PPE3 : pourquoi la gouvernance des grands projets sera déterminante pour la souveraineté énergétique française

PPE3 : pourquoi la gouvernance des grands projets sera déterminante pour la souveraineté énergétique française

Tribune. La programmation pluriannuelle de l’énergie fixe un cap industriel ambitieux. Du réseau de bornes de recharge aux EPR2, des centrales solaires aux parcs éoliens en mer, sa crédibilité dépend d’un facteur que le débat public néglige : la qualité de la gouvernance des chantiers qui la traduiront sur le terrain.

La PPE3, une réponse industrielle à une urgence énergétique

En septembre 2026, le baril de Brent oscille autour de 103 dollars, après un pic à 126 dollars en avril. Le gazole a franchi 2,40 euros le litre. L’Agence internationale de l’énergie parle du « choc d’offre pétrolière le plus grave de l’histoire ».

C’est dans ce contexte que la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, dévoilée le 12 février 2026, fixe une trajectoire de production décarbonée de 650 à 693 TWh à l’horizon 2035. Six EPR2 sont confirmés, la prolongation des 57 réacteurs existants est engagée, 48 GW de photovoltaïque sont visés en 2030 et 18 GW d’éolien en mer en 2035, avec plus de 120 000 emplois industriels attendus. Le programme se chiffre en dizaines de milliards d’euros sur quinze à vingt ans. Or les travaux de Bent Flyvbjerg (Oxford) rappellent que neuf mégaprojets sur dix dépassent leur budget. Tenir la trajectoire 2035 exigera autant de rigueur dans la gouvernance des projets dans le secteur de l’énergie que dans les choix technologiques.

Bornes de recharge : la demande accélère, l’infrastructure ne suit pas aussi rapidement

Les Français répondent déjà présent. En août 2026, les véhicules 100 % électriques représentent 38% des immatriculations neuves, un record. Près de deux millions de véhicules électriques circulent en France. Mais le parc vieillit : l’âge moyen atteint 11,8 ans, et une voiture sur trois a plus de quinze ans.

La France a franchi le cap des 200 points de recharge publics en juillet 2026, avec un objectif de 400 000 d’ici 2030. Pourtant, le rythme d’installation ralentit : 12 160 nouvelles bornes au premier semestre 2026, contre 15 000 sur la même période en 2025 (source : AVERE-France). L’utilisation s’intensifie plus rapidement que le réseau ne s’étend : en août 2026, un point de recharge enregistrait en moyenne 39,3 sessions mensuelles, contre environ 31 un an plus tôt, soit une hausse de 34 % de l’énergie délivrée par point. L’engouement des Français pour l’électrique est réel ; l’infrastructure progresse, mais pas aussi vite que la demande.

Nucléaire : le clausier EPR2 reste à écrire

Dans son rapport de janvier 2025, la Cour des comptes a appelé EDF à élaborer « un nouveau clausier » pour ses contrats fournisseurs : transferts de risques massifs, garanties bancaires inassurables qui excluent les PME, pénalités sans bonus de performance. Le Pacte de performance EPR2 signé le 7 juillet 2025 entre EDF et le Gifen amorce une réponse. Pour Alain Boyenval, fondateur du cabinet Abrennis, « la France a déjà démontré, avec le programme nucléaire engagé dans les années 1970, sa capacité à industrialiser une filière et à construire un parc standardisé à grande échelle. Elle peut le refaire, à condition de tirer les leçons de Flamanville : les engagements entre EDF et ses fournisseurs doivent être clairs sur les responsabilités, les délais et les règles du jeu en cas d’imprévu. C’est ce travail de précision qui évitera de reproduire les dérives du passé ».

Énergies renouvelables : quand les standards contractuels font la différence

Les filières solaire et éolienne offrent déjà plusieurs exemples de projets industriels menés à grande échelle dont la PPE3 peut tirer des enseignements. La France a franchi 34 GW de puissance photovoltaïque installée en juin 2026, après une année 2025 record avec près de 6 GW raccordés. La centrale de Creil (200 MW) est en cours de raccordement. Côté éolien en mer, le parc de Saint-Brieuc (496 MW, mis en service en mai 2024) a reçu en 2023 un Merit Award aux FIDIC Contract Users’ Awards, qui distinguent les bonnes pratiques dans l’utilisation des contrats internationaux d’ingénierie.

Ces réussites ne sont pas un hasard. Elles reposent sur des appels d’offres CRE structurés, des contrats PPA de long terme avec des industriels, et des standards contractuels internationaux comme les contrats FIDIC qui clarifient les rôles, codifient les modifications et organisent la résolution rapide des différends. Le défi est de maintenir ce niveau de rigueur contractuelle jusqu’à 55 à 80 GW de solaire et 15 GW d’éolien en mer en 2035.

Une trajectoire 2035 qui se joue maintenant

Bornes de recharge, centrales solaires, EPR2, parcs éoliens en mer, la PPE3 engage des milliers de contrats sur quinze ans. Pour Alain Boyenval, fondateur du cabinet Abrennis, « la volonté d’aller vite est là, chez les industriels comme chez les pouvoirs publics. Ce qui fera la différence, c’est la capacité de la filière à monter en maturité dans le pilotage de ses contrats, en s’appuyant sur ce qui a fonctionné dans le solaire et l’éolien, et en capitalisant sans complaisance sur les erreurs du passé. Les outils existent. Il reste à les déployer à l’échelle de l’ambition ».

 

 

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