Déchets textiles : Emmaüs interpelle le gouvernement sur les exportations de vêtements usagés

Déchets textiles : Emmaüs interpelle le gouvernement sur les exportations de vêtements usagés

Mis en cause dans le débat sur l’exportation des textiles usagés, Emmaüs défend le rôle des structures de l’économie sociale et solidaire dans la collecte et le réemploi des vêtements. L’association estime que le manque de débouchés en France et l’insuffisance des moyens accordés à la filière expliquent en grande partie les exportations. Une prise de position qui intervient alors que le gouvernement prépare une réforme du secteur pour 2027.

Le traitement des vêtements usagés provoque des tensions entre Emmaüs et le gouvernement. L’association a vivement réagi aux déclarations du ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, qui avait critiqué fin septembre les pratiques consistant à expédier des textiles à l’étranger pour les y faire trier.

Dans un entretien accordé à Ouest-France le 30 septembre, le ministre avait notamment expliqué que les aides publiques destinées aux professionnels du tri seraient maintenues en 2027, mais ajustées en fonction de leurs performances industrielles et environnementales. Il avait également exprimé son opposition au financement de structures envoyant des déchets textiles à l’autre bout du monde pour les trier.

Ces propos ont suscité une réaction d’Emmaüs, qui refuse que les acteurs associatifs soient tenus pour responsables des difficultés environnementales liées à ces exportations. L’organisation rappelle que les structures de l’économie sociale et solidaire assurent une part essentielle de la collecte et de la valorisation des vêtements en France.

Une filière confrontée à l’accumulation des vêtements usagés

Pour Emmaüs, les difficultés actuelles trouvent principalement leur origine dans la multiplication des vêtements mis sur le marché. Le développement de la mode à bas prix et le renouvellement rapide des collections entraînent une augmentation des quantités de textiles dont les consommateurs souhaitent se débarrasser.

Face à ces volumes, les capacités de réemploi et de recyclage disponibles sur le territoire français restent insuffisantes. Les organismes de collecte doivent donc trouver d’autres débouchés, notamment à l’international.

L’association insiste toutefois sur une distinction importante : les vêtements qu’elle exporte ont, pour la grande majorité, déjà été triés en France et sont destinés à être réutilisés. Elle conteste ainsi l’assimilation de ces produits de seconde main à des déchets expédiés à l’étranger pour y être traités.

Emmaüs considère que les pouvoirs publics doivent davantage accompagner les opérateurs dans leurs missions. L’organisation demande notamment des moyens supplémentaires pour développer les infrastructures de tri, renforcer les filières locales de valorisation et réduire progressivement la dépendance aux exportations.

Une réforme du recyclage textile attendue en 2027

Cette polémique intervient dans un contexte de transformation de la filière française des textiles, du linge de maison et des chaussures usagés. Le gouvernement prépare un nouveau cahier des charges qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2027.

Cette réforme doit notamment redéfinir les objectifs de collecte, de tri et de recyclage, tout en faisant évoluer les modalités de financement des entreprises et des associations concernées.

Le secteur bénéficie déjà d’un soutien financier renforcé. En 2026, les aides aux opérateurs de tri ont atteint 268 euros par tonne, soit plus du double du niveau observé deux ans auparavant. Le gouvernement prévoit également de mobiliser plus de 150 millions d’euros sur six ans pour favoriser le développement de capacités industrielles de traitement des textiles en France.

Face aux critiques d’Emmaüs, le cabinet de Mathieu Lefèvre a finalement précisé que l’association n’était pas visée par les déclarations du ministre. Selon le ministère, les reproches concernaient les opérateurs qui exportent des textiles collectés en France sans procéder préalablement à leur tri. Le gouvernement a également réaffirmé sa volonté de soutenir le modèle développé par Emmaüs.

Au-delà de cet échange, la question du devenir des vêtements usagés reste entière. Selon un rapport publié en 2025 par l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable et le Conseil général de l’économie, seuls 32 % des textiles usagés sont collectés en France. Une part importante des volumes récupérés est ensuite exportée, ce qui soulève des interrogations sur leur traçabilité et les conditions de leur traitement dans les pays destinataires.

Pour les pouvoirs publics comme pour les acteurs associatifs, l’enjeu consiste désormais à développer des solutions de réemploi et de recyclage sur le territoire national, tout en préservant les emplois et les activités d’insertion qui dépendent de cette filière.