Le gouvernement envisage de mobiliser jusqu’à 60 milliards d’euros issus de l’épargne réglementée des Français pour financer la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires. Inscrit dans le projet de budget 2027, ce dispositif suscite l’opposition d’élus de gauche, de syndicats et d’associations, qui redoutent notamment des conséquences sur le financement du logement social.
L’épargne des Français pourrait contribuer à la relance du nucléaire. Dans son projet de loi de finances pour 2027, le gouvernement prévoit de recourir au Fonds d’épargne de la Caisse des dépôts pour participer au financement de six nouveaux réacteurs EPR2. L’opération pourrait atteindre 60 milliards d’euros, soit jusqu’à 60 % du coût du programme.
Les installations doivent être construites sur trois sites : Penly, en Seine-Maritime, Gravelines, dans le Nord, et Bugey, dans l’Ain. Le premier réacteur devrait entrer en service à l’horizon 2038, selon le calendrier envisagé.
Ce programme s’inscrit dans la stratégie de renouvellement du parc nucléaire français, destinée à renforcer les capacités nationales de production d’électricité sur le long terme.
Comment le Livret A pourrait financer les nouveaux réacteurs
Le mécanisme envisagé repose sur les fonds collectés par l’épargne réglementée, notamment le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS).
Une partie de ces sommes est centralisée par la Caisse des dépôts, qui les utilise traditionnellement pour financer des projets d’intérêt général, en particulier la construction et la rénovation de logements sociaux.
Le gouvernement souhaite élargir cette utilisation au programme nucléaire porté par EDF. Les financements prendraient la forme de prêts accordés à une filiale de l’électricien public, avec une garantie de l’État.
Pendant la phase de construction, les pouvoirs publics prendraient en charge les intérêts. Une fois les réacteurs en exploitation, le dispositif prévoit un taux fixe de 3 % pour la société emprunteuse.
Pour les particuliers, cette opération ne signifie pas que l’argent présent sur leur Livret A serait directement prélevé. Les sommes déposées resteraient disponibles dans les conditions habituelles, avec les garanties attachées à ce produit d’épargne.
Le logement social au cœur des inquiétudes
L’annonce provoque néanmoins une mobilisation politique et associative. Le 2 novembre 2026, un collectif réunissant des parlementaires de gauche, des organisations syndicales et des associations a demandé le retrait du dispositif.
Parmi les opposants figurent notamment des représentants de La France insoumise, des écologistes, des communistes et de l’association Attac.
Leur principale inquiétude concerne l’utilisation d’une épargne historiquement consacrée au logement social. Ils craignent qu’une partie des ressources financières mobilisées pour les centrales nucléaires ne réduise les capacités de financement des organismes HLM.
Les contestataires dénoncent également les conditions dans lesquelles cette orientation budgétaire a été décidée, estimant qu’un débat parlementaire approfondi est nécessaire compte tenu des montants engagés.
La contestation dépasse toutefois les positions traditionnelles sur le nucléaire. Certains élus favorables à la construction de nouveaux réacteurs s’opposent au recours au Livret A pour les financer.
Un projet qui doit encore franchir plusieurs étapes
Le dispositif figure dans l’article 69 du projet de loi de finances pour 2027, qui prévoit d’autoriser la garantie de l’État sur les emprunts destinés aux six EPR2.
Son adoption reste soumise à la procédure parlementaire. Le montant de 60 milliards d’euros constitue par ailleurs un plafond de financement et non une somme déjà mobilisée.
Au-delà des divergences politiques, ce projet soulève une question plus large : comment financer les investissements énergétiques de long terme tout en préservant les ressources consacrées au logement social ?
Le débat devrait se poursuivre dans le cadre de l’examen du budget 2027, alors que la France cherche à concilier renouvellement de son parc électrique et financement de ses autres politiques publiques.
