« Il faut faire tomber des freins pour muter vers des mobilités plus vertes »

« Il faut faire tomber des freins pour muter vers des mobilités plus vertes »

Le Monde de l’Energie ouvre ses colonnes à Olivier Koch, directeur France d’EasyPark, pour évoquer avec lui la réduction de l’empreinte carbone des mobilités en France.

Le Monde de l’Énergie —Les évolutions récentes des mobilités en France vont-elles dans le sens d’une réduction de leur impact carbone ?

Olivier Koch —Aujourd’hui, environ 73 % des Français1 utilisent des véhicules motorisés individuels dans leurs déplacements quotidiens. Leurs principaux critères de sélections s’agissant de leur moyen de transport s’orientent vers la praticité (45 %), le manque d’alternative (39 %) et le temps de trajet (37 %). L’impact sur l’écologie/la pollution n’arrive qu’en 7ème position (à 15 %) des critères de choix de véhicules. Et pourtant, réduire son empreinte carbone reste un enjeu important pour une grande majorité des Français. Cependant, la transition reste plus difficile à amorcer pour une grande partie des citoyens, particulièrement dans le secteur de la mobilité et ce pour diverses raisons.

Pour inciter à accélérer ces évolutions, le gouvernement a mis en place plusieurs mesures, par exemple de bannir les véhicules thermiques dans certaines zones du territoire d’ici à 2030, et répondre à l’objectif de l’UE d’interdire la vente de ces mêmes véhicules d’ici à 2035, ou encore d’imposer le covoiturage dans les habitudes quotidiennes avec le « Plan national du covoiturage du quotidien » porté par Elisabeth Borne en 2019, alors Ministre de la transition Écologique, dont le but est d’atteindre les 3 millions de trajets quotidiens d’ici 2024.

Le frein principal au changement en 2023 pour les Français reste le facteur financier. En temps de crises, les initiatives doivent être incitatives. Lorsque l’on sait que 8 conducteurs sur 10 pratiquent l’autosolisme chaque matin, un tel objectif permettrait non seulement un allègement de la facture pour les ménages français, grâce à des économies pouvant aller jusqu’à 2 000 € par an pour un salarié qui réside à 30 km de son lieu de travail et qui covoiture quotidiennement, mais également des réductions d’émissions de CO² sur l’ensemble du territoire puisque partager un véhicule permet de diviser par deux les émissions de CO² sur sa distance.

Si les 12.379 km d’autoroutes commencent à s’adapter en développant des voies de covoiturages, on ne peut cantonner cette initiative aux grands axes routiers nationaux car l’autosolisme concerne surtout les courts trajets, là-dessus, peu de solutions sont proposées.

Enfin, au chapitre des récentes évolutions dans la mobilité allant dans le sens d’une diminution des gaz à effet de serre, le stationnement intelligent, qui permet de trouver et réserver sa place de parking (ou sa borne de recharge électrique) directement depuis son smartphone et de payer directement depuis ce dernier, est également un moyen de décongestionner la circulation des villes, réduisant les errements des conducteurs cherchant une place et permettant ainsi la réalisation d’économie de carburant pour le conducteur, et donc une réduction des émissions de gaz à effets de serres.

Le Monde de l’Énergie —Améliorer l’offre de mobilité est-il compatible avec l’urgence climatique ? Sous quelles modalités ?

Olivier Koch —Une récente étude menée par la société YouGov pour EasyPark a montré que 53% de français n’envisagent pas d’acheter de voiture électrique, une preuve supplémentaire que les solutions proposées ne suffiront pas pour faire adopter aux nouvelles générations des attitudes plus durables en matière de déplacements.

Améliorer l’offre de mobilité est compatible avec l’urgence climatique car la majorité des émissions de CO2 en France est due à la voiture.

Il faut faire tomber des freins pour muter vers des mobilités plus vertes, et en premier lieu le coût, on le voit notamment avec les voitures électriques dont le coût fluctue au gré des augmentations de prix de l’électricité.

Il y a également une nécessité de développer les infrastructures adéquates pour améliorer l’offre de mobilité et la rendre plus éco-responsable, permettant par exemple aux automobilistes citadins d’atteindre efficacement leurs destinations sans voiture, et pour répondre à la problématique du fameux « dernier kilomètre » pour les habitants des zones rurales et péri-urbaines.

Améliorer l’offre de mobilité passe enfin par la nécessite de mettre en place des projets d’ampleur nationale qui pour l’instant se heurtent aux variétés des différentes priorités en fonction des territoires.

Le Monde de l’Énergie —Comment les mobilités urbaines pourraient-elles évoluer pour répondre à ces enjeux ? Quels leviers sont déjà actionnés, lesquels devraient être appelés en priorité ?

Olivier Koch —La mobilité urbaine de demain fait face à un beau défi : se réinventer de manière inclusive et respectueuse de l’environnement.

Des solutions existent déjà aujourd’hui. Les technologies prédictives et embarquées, comme par exemple dans le tableau de bord du véhicule, peuvent permettre d’éviter les zones embouteillées d’une ville ou réduire le temps passé à chercher une place de parking, voire le stationnement intelligent qui permet une expérience fluide pour recharger les véhicules électriques et trouver plus rapidement sa place de parking (et mettre fin directement au temps de stationnement lorsque ce dernier quitte sa place).

Parmi les leviers à activer, il y a celui de la ville intelligente, s’appuyant sur l’utilisation des technologies de pointe pour améliorer la qualité de vie et améliorer la qualité des services urbains, mais ce concept se heurte en France à de lourdes démarches administratives qui freinent l’implémentation de projets d’envergure. Il conviendrait de mettre en place des politiques incitatives, pour encourager les citoyens à adopter de nouvelles habitudes (tarifs de stationnement avantageux, moyens de transports alternatifs…).

Cela ne se fera pas sans une étroite collaboration entre les acteurs de la mobilité et les décideurs politiques des collectivités qui, grâce à la collecte de données toujours plus grande permise par la numérisation, peuvent les utiliser pour prendre des décisions sur leurs politiques environnementales ou leurs stratégies de stationnements, en réduisant par exemple le taux d’éclairage de nuit d’une rue où les données montrent que peu de personnes n’y stationnent ou n’y circulent.

Enfin le développement de la voiture électrique va permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais il se posera un autre point important : celui de l’approvisionnement en énergies non polluantes pour ces millions de véhicules.

Le Monde de l’Énergie —Les territoires ruraux peuvent-ils se développer sans maximiser leur empreinte carbone ? Comment réinventer les mobilités en milieu rural ?

Olivier Koch —Selon l’INSEE, les déplacements des actifs se font majoritairement en voiture (74 %), suivis des transports en commun (16 %), de la marche (6 %) et du vélo (2%). Bien évidemment, ce sont en majorité les périphéries des grands centres qui continuent à plébisciter la voiture avec une utilisation de ce moyen de locomotion à 90 %, lorsque ce taux n’atteint que 45 % à Paris. Cela en dit long sur les disparités entre les territoires en termes de mobilités, et surtout les initiatives à mettre en place pour mieux diversifier les offres.

Les mobilités doivent être réfléchies en tenant compte des diverses problématiques et ne pas se limiter à Paris et aux grandes villes mais à un maillage territorial global, tout en faisant preuve de bon sens pour éviter les décisions dogmatiques. Cela implique une connaissance par les localités des pratiques régulières des déplacements dans ces zones afin d’élaborer des politiques de mobilité plus adaptées. La création de davantage de pistes cyclables, ou encore la facilitation de l’intermodalité en permettant l’utilisation successive d’au moins deux modes de transport (l’intermodalité vélo / train avec des parkings sécurisés par exemple) sont des moyens de développer d’autres offres de transports sur un territoire rural sans pour autant maximiser l’emprunte carbone.

L’accent doit également être porté sur l’inclusivité. Les plus de 65 ans, représentant 23 % de la population rurale, certains se voient contraints, avec la perte d’autonomie et le manque de moyens, de rester à domicile. La plupart utilisant, contrairement aux idées reçues, des smartphones, les acteurs de la mobilité se doivent d’adopter une approche plus accessible et fonctionnelle de la mobilité.

 

Olivier Koch

Arrivé au sein du groupe EasyPark, alors PARK NOW, en 2015, Oliver Koch a fait ses armes pendant près de 6 ans dans le secteur des mobilités, particulièrement pour les structures des réseaux autoroutiers, notamment au sein de Toll Collect ou VINCI Autoroutes. Il est nommé Directeur France d’EasyPark en janvier 2022, et a pour principales missions l’accélération du développement de l’application dans l’Hexagone et la poursuite de solutions innovantes pour digitaliser le stationnement.