Les voitures électriques, maillons forts de l’équilibre du réseau électrique ?

Les voitures électriques, maillons forts de l’équilibre du réseau électrique ?

D’après RTE, l’opérateur qui gère l’ensemble des lignes haute et très haute tension en France, le stockage de l’électricité est une des conditions du bon déroulement de la transition énergétique. La mobilité électrique présente en ce sens un intérêt prometteur. Grâce à leurs batteries, les voitures électriques peuvent servir à alimenter le réseau, et contribuer à l’équilibre entre production et consommation électriques.

Cela fait quelques années, maintenant, que les voitures électriques se démocratisent et sont de plus en plus nombreuses à circuler sur les routes. Selon les données communiquées par le Comité des constructeurs français d’automobiles, les immatriculations de voitures électriques dans l’Hexagone ont connu une progression de 46 % par rapport à 2020. La filière, qui constitue un enjeu industriel majeur pour le secteur automobile, est encouragée par le Gouvernement pour réduire l’impact des transports sur l’environnement. Un véhicule électrique engendre 2 à 6 fois moins d’émissions de CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie par rapport à un véhicule thermique. En plus de rouler propre, rouler électrique offre aussi un plus grand confort de conduite : les voitures produisent très peu de nuisances sonores et offrent une grande souplesse grâce à leurs boîtes automatiques.   

« Équilibre du réseau »

Ce que l’on sait moins, c’est que les voitures électriques ont aussi un rôle à jouer pour rendre service au réseau électrique, en participant à l’équilibre entre production et consommation électrique. Les voitures électriques peuvent désormais participer à l’équilibre des lignes haute tension. Car l’opérateur RTE (Réseau de transport d’électricité), responsable des 106 000 kilomètres de lignes haute et très haute tension qui émaillent le territoire, vient de certifier la technologie dite « vehicle to grid » (« du véhicule au réseau », ou « V2G ») opérée par la start-up Dreev.

L’idée est simple et part d’un constat encore plus évident : lorsque les voitures sont à l’arrêt, soit 90% de leur temps, celles-ci restent inactives. Et s’il n’y a pas grand-chose à tirer d’un véhicule thermique dont le moteur est coupé, « en revanche, les voitures électriques sont assises sur un énorme potentiel, estime Eric Mevellec, patron de Dreev, coentreprise créée il y a trois ans par EDF et Nuvve, une startup californienne. Ces […] heures où elles sont immobilisées, une partie de l’électricité que leurs batteries renferment peut participer à l’équilibre du réseau ».

Dreev, dans un communiqué publié début février, annonçant la certification de RTE, précise le principe : « En pilotant la charge et la décharge des batteries d’un grand nombre de véhicules électriques répartis sur le territoire national, DREEV constitue l’équivalent d’une batterie virtuelle capable de contribuer à tout moment à l’équilibrage de la production et de la consommation d’électricité ».

Le V2G se positionne ainsi comme un atout pour régler la fréquence du système électrique en quelques secondes, en soutien aux centrales thermiques, nucléaires ou hydrauliques. Un levier de flexibilité complémentaire qui permet de maximiser le rendement du parc de production d’électricité, et de limiter le recours aux moyens plus carbonées.   

Stocker l’électricité renouvelable

Depuis quelques années, la France a engagé sa transition énergétique en accélérant le recours aux énergies vertes intermittentes en complément du nucléaire et de l’hydraulique. Seulement, avec le recours aux énergies renouvelables non pilotables comme le solaire photovoltaïque ou l’éolien, se pose la question de la disponibilité de l’énergie — qui fluctue en fonction de l’ensoleillement et de l’intensité du vent. Or, le réseau ne tolère pas les variabilités de fréquence importantes et répétées. 

Dans cette perspective, le V2G présente aussi un intérêt majeur puisque les batteries des véhicules électriques peuvent stocker l’électricité renouvelable au moment où elle est produite et l’injecter sur le réseau quand cela est nécessaire pour le soulager. De quoi contribuer à stabiliser le réseau et à le rendre plus “vert”. 

Reste à savoir, maintenant, si cette double utilisation des batteries électriques ne nuira pas à leur durée de vie. Certains analystes estiment qu’il n’y a pas de crainte à avoir, et que, compte tenu des ressources nécessaires à la fabrication des batteries, il est intéressant de leur trouver un usage complémentaire, autre que la mobilité électrique.

Autre argument qui pourrait inciter les propriétaires à exploiter la technologie « V2G », la possibilité d’une rémunération pour les entreprises et les collectivités qui opteraient pour cette solution de recharge, à hauteur d’une vingtaine d’euros par mois. De quoi couvrir le plein d’électricité en moyenne par an d’un utilisateur.