Averties du risque climatique, nos sociétés vont pourtant rester impavides (Tribune)

Le climat change, peu doutent encore. Nous y sommes pour quelque chose, seuls s’accrochent quelques rares sceptiques. Le message martelé est donc bien passé.

Va-t-on en tirer des conséquences autres que symboliques, plusieurs raisons n’incitent guère à y croire, d’abord le sentiment d’un impact bien relatif, positif ou négatif, de chacune de nos actions et surtout l’inertie comportementale de nos sociétés.

Une sensibilisation réussie !

En Europe, mais en France tout particulièrement, chaînes TV, stations radio, journaux et réseaux sociaux vibrent à l’unisson pour traiter du réchauffement du climat et de la transition écolo-énergétique nécessaire pour l’entraver.

Regardez, écoutez à l’improvisade, tous programmes confondus (information, pédagogie, distraction, …) et l’attente pour que les mots clés du sujet, leurs synonymes ou leurs dérivés, soient prononcés n’est jamais très longue, quelques minutes tout au plus ? Faites l’expérience, c’est fascinant, mais forcément, cette belle concordance interroge.

S’agit-il d’une agitation de la surface des choses ou d’une véritable lame de fond ?

S’agit-il d’un feu de paille attisé par le zèle contagieux de nouveaux convertis ne voulant pas manquer le train de l’info (peut-être celui de l’histoire ?) ou d’un mouvement pérenne ?

S’agit-il d’un panurgisme, d’un mimétisme, personne ne voulant être en retrait de la main ou d’une vraie unanimité puisant à la même source ?

S’agit-il d’un engouement passager pour un thème porteur, nos sociétés y cédant régulièrement, ou cette sensibilisation est-elle « durable » pour reprendre le mot valise à la mode ?

Pour leur part, la presse écrite et les magazines s’ils continuent évidemment à parler d’autre chose font néanmoins la part belle au sujet, proposant des dossiers pédagogiques montant la réalité tangible des évolutions et publiant force courbes et indicateurs plus convaincants les uns que les autres.

Ces messages cohérents et réitérés constituent un effort de sensibilisation inédit dans sa teneur et hors du commun dans sa magnitude.

La puissance publique a donné le ton par ses interventions répétées, par un discours de dramatisation et par la création, à grand renfort d’annonces, d’une foultitude d’organismes dédiés.

Il y a eu aussi un emballement attisé par la large couverture des catastrophes spectaculaires (incendies, inondations, tornades) spontanément reliées à l’évolution du climat, avec en point d’orgue les canicules de l’été.

L’écho au cœur de notre société est désormais mesurable, chacun parlant plus spontanément du sujet et s’interrogeant, parfois sur le ton de la boutade, pour savoir si telle ou telle de nos habitudes est « bonne ou néfaste pour le climat », un signe net que le message a « percolé », au sens premier du terme, à travers toutes les strates.

Mais que changera cette nouvelle donne ?

Certes, ces préoccupations ne sont pas nouvelles, mais elles n’étaient jusque là que l’apanage d’un petit nombre de mouvements ou de citoyens s’auto qualifiant volontiers de vigies

Mais les temps changent et tout laisse à penser que ces avant-gardistes sont désormais en passe d’être rejoints par le corps social tout entier. Pour conserver leur statut de lanceurs d’alertes, ils devront donc trouver de nouveaux thèmes, ou outrer l’écho qu’ils donnent à ceux déjà en lice. Le bel essor de la « collapsologie » pourrait bien être l’un des premiers avatars de cette évolution.

Quand on avance que les comportements sociétaux sont inertiels, d’aucuns opposent immédiatement le cas récent du diesel rapidement entré en désamour et il est vrai que les messages fortement incitatifs n’ont pas toujours eu ce destin. Encore faut-il grandement relativiser la valeur de cet exemple puisque l’alternative existe sans vraie contrainte induite.

A contrario, s’agissant des SUV dont les ventes en France représentent le tiers du marché automobile, bien que ce concept ne coche aucune des cases d’un comportement écologique rationnel, le message n’a pas porté. Les tenants avancent qu’on peut facilement y loger un vélo….ce qui est vrai, mais l’argument frise l’hypocrisie (litote !). En réalité, posséder un SUV est devenu un signe extérieur de standing et de modernité et sauf à réussir à faire passer le message que « small is beautiful and climate-friendly », inverser la tendance sera beaucoup plus difficile.

Comprendre le message écologique et s’en faire même le propagateur (se déclarer écologiste de toujours, c’est tendance…), ne signifie pas forcément qu’on se plie aux contraintes afférentes, surtout lorsqu’on peut se sentir déchargé d’un grand poids puisqu’apparemment, l’Etat lui-même prend les choses en main, comme peut le laisser penser l’emblématique soutien financier massif qu’il accorde au développement des énergies renouvelables.

Le fait que nos campagnes (et bientôt nos plateaux continentaux) se hérissent de mats, que nos champs et nos toitures se couvrent de panneaux, c’est bien la preuve qu’on s’occupe vraiment du climat et quant à questionner l’efficacité du dispositif, l’idée saugrenue n’effleure que peu d’esprits critiques.

Ailleurs, hors toute coercition directe laquelle n’est guère à l’ordre du jour, tout peut donc continuer comme avant.

Plus dure sera la chute ?

La raison écologique et souvent la raison tout court disent que nos comportements de consommateurs (au sens large, notre façon de vivre), mériteraient qu’on les revisite de fond en comble. Mais arrêtons nous un instant sur chaque séquence de la journée d’un citoyen d’un nouveau siècle dans l’anthropocène et tentons de choisir avec lui par où commencer. L’affaire donne vite le tournis.

Nous pouvons trouver que 100 000 articles c’est bien trop dans les rayons de notre supermarché sans être capable de désigner spontanément la poignée d’entre eux auxquels nous accepterions de renoncer. Gageons d’ailleurs que par effet de foisonnement, aucun ne serait jugé superflu, pour peu qu’on élargisse l’assiette du sondage.

Nous pouvons trouver qu’il est bien déraisonnable de prendre l’avion sans raison impérative et en même temps ne pas vouloir renoncer aux vacances outre-mer parce qu’elles sont parties à la découverte et à l’ouverture.

Nous pouvons trouver,….et la liste est longue…. et la chute sera toujours la même.

Alors peut-être nous rabattrons nous sur quelques gestes symboliques et prendrons nous de bonnes habitudes, c’est le moment au retour des vacances, le tout pour nous donner bonne conscience, sans y croire vraiment pour autant.

En résumé, il suffit juste de dévoyer la phrase emblématique du roman historique « Le Guépard » en disant que « pour que tout puisse continuer comme avant, il faut évidemment que rien ne change » en y ajoutant peut-être, si nous sommes encore assez lucides : « mais alors, plus dure sera la chute ».

 

 

commentaires

COMMENTAIRES

  • Jean-Pierre Bardinet

    “Le climat change, peu doutent encore”. Quelle grande découverte ! En fait, nihil novi sub sole est, car le climat est changeant depuis la nuit des temps. Personne ne peut nier ce fait d’observation. Maintenant, si cela veut dire qu’il y a un réchauffement et qu’il est d’origine anthropique, c’est une autre histoire. Il y a effectivement eu, avec des réserves sur la précision et la couverture géographique des mesures anciennes, un petit réchauffement de +0,7°C environ en 130 ans (mesures UAH et Hadcrut). Mais il a quasiment cessé depuis près de 20 ans (la tendance n’étant que de +0,1°C/décennie), malgré une forte inflation de nos émissions de CO2, ce qui devrait normalement remettre en question les thèses hypothétiques du GIEC et les modèles numériques, incapables d’être en cohérence avec les observations. Or, comme il s’agit d’un dogme issu du résumé pour les décideurs, document sans aucune valeur scientifique, car mis au point avec les représentants des gouvernements, diplomates et fonctionnaires, ce dogme est idéologique, quasi-religieux, et ne peut être remis en question. D’où la diabolisation des climato-réalistes, affreux hérétiques qui osent, les misérables, critiquer la Parole de la Sainte Eglise Réchauffiste, soutenue par une propagande effrénée et un alarmisme de plus en plus délirant. Nous sommes entrés dans une ère de néo-obscurantisme et nous ne pourrons en sortir que si le refroidissement prévu par les astrophysiciens, compte tenu de la faiblesse de l’activité solaire, se concrétise au cours de la prochaine décennie.

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