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La RDC, un « pays solution » au changement climatique ?

Riche de ses ressources naturelles, la République Démocratique du Congo (RDC) peut jouer un rôle important dans la lutte contre le changement climatique. En novembre dernier, lors de la COP26, son président Félix Tshisékédi a présenté le pays comme un “pays solution” à la crise climatique. A condition toutefois qu’il s’autorise certains choix et investissements stratégiques en matière de préservation de ses ressources naturelles, de développement des énergies renouvelables et de traitement des déchets.  

La RDC semble prendre la pleine mesure de ses ressources et entend les exploiter. Pour cela, le pays doit faire face à un triple enjeu : celui de protéger ses ressources naturelles existantes, de développer la capacité de ses infrastructures énergétiques et de faire preuve de volontarisme en matière de gestion des déchets. Un programme chargé, soutenu à l’international et par le secteur privé congolais.

Protéger ses ressources : le bassin du Congo

Avec 165 millions d’hectares de forêt, le bassin du Congo est la deuxième plus grande forêt tropicale du monde. Située aux deux tiers en République Démocratique du Congo, la forêt est également une grande réserve de biodiversité. Son atout principal, reste sa capacité d’absorption de carbone (1,2 milliard de tonnes de dioxyde de carbone par an), plus importante que celle de la forêt amazonienne : « Cette forêt, contrairement à ce qui se dit beaucoup, n’est pas le deuxième poumon de la planète, mais le premier poumon de la planète : c’est la deuxième superficie, mais c’est la première capacité de fixation de carbone »,  indique Michel Baudouin, directeur de l’ERAIFT (École Régionale d’Aménagement et de Gestion intégrés des Forêts et Territoires Tropicaux/UNESCO) et recteur de l’Institut facultaire des Sciences agronomiques de Yangambi.

Pourtant, cette ressource est en péril. En cause : la déforestation massive. Second pays du monde où la forêt disparaît le plus vite après le Brésil, la RDC doit pouvoir gérer, exploiter et valoriser cette ressource sans pour autant la détruire. C’est en partie l’ambition du projet FORETS (Formation, Recherche et Environnement) porté par l’Union européenne et qui finance l’étude et la plantation d’arbres dans la province de la Tshopo. À ces travaux sont associées des formations universitaires. Botanique, zoologie, droit ou encore politique sont enseignés à Yangambi aux 260 étudiants et futurs experts de la gestion forestière durable.

«Joyau» et « facteur de développement pour les populations et pour la préservation de la planète » selon Jean-Marc Châtaignier, ambassadeur de l’Union européenne à Kinshasa, la forêt congolaise n’est pourtant pas la seule ressource que possède le pays, loin s’en faut.

Les énergies renouvelables, richesses sous exploitées

Faisant partie des priorités présidentielles, le secteur de l’énergie et plus particulièrement celui de l’électricité est encore peu développé en RDC, moins de 10% de la population ayant accès au réseau (1% dans les zones rurales). Une réalité qui contraste avec les potentialités énergétiques (majoritairement renouvelables) du pays et les priorités étatiques qui entendent augmenter le taux d’électrification.

D’origine hydroélectrique, la majorité des installations congolaises (les barrages Inga 1 et 2) doivent être réhabilitées. Pour assurer un mix énergétique viable, la production d’électricité doit par ailleurs se diversifier. Et c’est tout à fait possible dans ce pays d’Afrique centrale qui réunit toutes les conditions nécessaires pour l’exploitation des énergies renouvelables. L’énergie solaire en est un bon exemple puisque le pays se trouve dans une bande d’ensoleillement très élevé, permettant une irradiation moyenne de 3,5 à 5,5 kWh/m² et pouvant aller jusqu’à 6.75kWh/m² (à titre comparatif, le sud de la France, zone la plus ensoleillée du pays, bénéficie d’une irradiation moyenne de 5 kWh/m² en été et de 2,4 kWh/m² en hiver.)

Fort de ce constat, le secteur privé commence à se saisir du sujet. C’est le cas du groupe belgo-congolais Forrest International, présent en Afrique depuis un siècle. Très sensibles aux problématiques environnementales, le président du groupe, George Forrest, et son fils aîné, Malta David Forrest, désormais CEO, ont fait le choix de diversifier leurs activités en misant sur le secteur énergétique, avec la création en 2013 de la filiale Congo Energy. « Chacune de nos actions en matière énergétique se concentre sur l’énergie propre, nous tenons à conjuguer électrification du pays et respect de l’environnement », précise George Forrest. Congo Energy a ainsi pris part à la réhabilitation de centrales hydroélectriques (celle de Nzilo en 2015, celle d’Inga en 2019-2020 et celle de Sanga en 2017 et 2022), mais a également œuvré à la construction de la plus grande centrale solaire de la région, à Manono. Le projet, conduit entre 2016 et 2018 et qui représente un investissement de 9 750 000$, a une capacité maximale de 1 000 KWC[1] .

D’autres investisseurs congolais et étrangers s’intéressent de plus en plus au potentiel de l’énergie solaire, en témoigne l’action groupée de producteurs indépendants d’électricité et de banques pour la construction d’une centrale solaire photovoltaïque à Kolwezi.

La gestion des déchets, le défi à surmonter

« Pays solution », la République Démocratique du Congo est aussi un pays aux multiples défis, en tête desquels la gestion de ses déchets. Peuplée de 12 millions d’habitants, la capitale du pays est tristement célèbre pour ses tas de déchets plastiques qui jonchent le sol kinois.

Et pourtant, la non gestion des déchets et leur amoncèlement sont une des causes du réchauffement climatique. L’entassement des déchets organiques, tout d’abord, crée des conditions favorables à l’émission de méthane dans l’atmosphère (responsable d’un quart du réchauffement climatique). De plus, la non gestion d’autres types de déchets (chimiques ou plastiques par exemple) affecte directement la biodiversité. Conséquence : pollution des eaux, toxicité du sol et plus d’un million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins disparus chaque année à l’échelle mondiale selon l’UNESCO.

Pour lutter contre ce phénomène, l’entreprise Clean Plast a décidé de vider la capitale de ses déchets en les triant et en les recyclant. Chaque jour, ce sont environ 10 tonnes de déchets qui sont collectées et centralisées dans les sites de l’entreprise. Cette initiative sert également l’économie locale. L’entreprise emploie ainsi près de 100 personnes, pour une usine qui ne tourne pour le moment qu’à 20% de sa capacité d’après Jagdeep Pandya, directeur technique de Clean Past.

De son côté, l’État a inauguré le 14 avril la nouvelle usine Kintoko Plast (groupe Angel Cosmetic) spécialisée dans la stabilisation, le traitement et le recyclage des déchets organiques et inorganiques. 15 millions de dollars ont dû être investis pour faire sortir de terre cette unité industrielle, deuxième plus grande d’Afrique.

Les défis environnementaux de la RDC sont à la hauteur du potentiel de ses ressources. Si le chemin peut sembler sinueux, les bénéficies environnementaux et économiques pourraient bien s’avérer conséquents. Pour preuve, grâce au seul fleuve Congo, le potentiel hydroélectrique de la RDC s’élève à 100.000 MW, soit 37% du potentiel énergétique africain en la matière. De quoi envisager l’avenir avec optimisme.

 

[1] Kilowatt-crête, soit la puissance électrique maximale.

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