Pourquoi l’opinion sur le nucléaire a basculé

Pourquoi l’opinion sur le nucléaire a basculé

Une tribune signée Frédéric Moret, ingénieur des Mines et Docteur ès Sciences Physique, qui a contribué à plusieurs projets dans le domaine du nucléaire (turbine, REP, cycle du combustible, fusion…).

Avec le recul et l’accumulation des statistiques, l’irrationalité des décisions de moratoire, d’arrêt, voire de sortie du nucléaire apparaît : le nucléaire est l’une des sources d’énergie les plus sûres, avec l’un des taux de décès provoqués par quantité d’électricité produite les plus bas (0,03 par TWh, contre 31,72 pour la lignite, 24,62 pour le charbon, 18,43 pour le pétrole, 4,63 pour la biomasse énergie, 2,82 pour le gaz naturel, 1,3 pour l’hydro-électricité, 0,04 pour l’éolien et 0,02 pour le solaire).

Depuis 2020, l’opinion a brutalement et massivement basculé, comme le montre le rapport baromètre 2022 de la perception des risques et de la sécurité par les Français établi par l’IRSN.

Alors qu’en 1999, seuls 11% des Français étaient en accord avec la nécessité de continuer à construire des centrales nucléaires, et 64% contre, ils sont cette année 44% pour, et seulement 29% contre. Cette même enquête montre sur la même période un effondrement de la crédibilité des associations écologistes (de 64 à 35%) et une hausse à un niveau jamais atteint de la crédibilité des institutions (ASN, de 42 à 64%).

Ces tendances sont cohérentes avec les scores électoraux, puisqu’aux élections de 2022, une majorité de candidats prônait un développement du nucléaire, l’utilisait comme argument de campagne, et cela n’a pas été un repoussoir pour les électeurs qui les ont portés aux responsabilités.

Ces bouleversements ne sont pas propres à la France, puisque l’opinion a basculé dans la majorité des pays. Pour n’en citer que quelques-uns, 74% des Japonais sont maintenant en faveur d’un redémarrage des réacteurs nucléaires mis en veilleuse après Fukushima, 68% des Allemands sont en faveur de la prolongation des centrales nucléaires, les Sud-Coréens viennent d’élire un président dont le cœur du programme énergétique est le redémarrage, en cours, du nucléaire, et même la Californie, berceau du mouvement anti-nucléaire américain, souhaite maintenant prolonger au-delà de 2025 l’exploitation de sa dernière centrale.

Le basculement s’est fait en plusieurs temps.

D’abord, voici près de 30 ans que l’amplification médiatique et la lutte anti-nucléaire ont abouti à la mise en œuvre progressive de politiques de moratoire, de ralentissement, voire de sortie de cette énergie. Force est de constater pour les citoyens que le déploiement des solutions alternatives (solaire, éolien, biomasse, économies, …) promis depuis cette époque et largement mis en œuvre depuis n’a apporté aucune contribution clairement visible à la lutte contre le changement climatique.

En revanche, les prix de l’énergie ont augmenté, les exemples de contre-performance des mix à forte teneur en ENR se sont multipliés (Allemagne, Californie, Espagne, …), les dépendances géostratégiques aux hydrocarbures russe et aux équipements pour les renouvelables chinois entraînent dans le contexte de l’agression contre l’Ukraine un effondrement des bases de la prospérité occidentale. Enfin, l’information du public concernant le nucléaire s’est améliorée en particulier à travers la présence de plus en plus fréquente et légitime dans les médias d’intervenants portant un discours factuel, tel que ceux de la SFEN.

La renaissance du nucléaire est donc maintenant une réalité, portée par une majorité du public convaincu par l’expérience des 30 ans écoulés.

En Europe, plusieurs pays comme la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République Tchèque ou encore la Pologne ont des projets très précis dont certains sont allés jusqu’au lancement de nouveaux réacteurs, comme la récente décision anglaise concernant les deux réacteurs EPR de Sizewell C.

Par ailleurs, l’Union Européenne inscrit le nucléaire dans sa taxonomie verte, et le Commissaire au Marché Intérieur Thierry Breton a souligné l’importance de cette énergie pour l’Union, en parlant d’un investissement total de 500 milliards d’euros d’ici à 2050.

Frédéric Moret

Frédéric Moret est ingénieur des Mines et Docteur ès Sciences Physiques. Il a exercé des fonctions de direction technique, direction industrielle et direction générale dans l'aéronautique, l'énergie et l'automobile. Dans le domaine de l'énergie, il a contribué à des projets concernant les turbines, les REP, le cycle du combustible, la fusion et le stockage de l'énergie. Il a eu le prix de l'Ingénieur de l'Année Junior 1995 et un titre d'Expert Senior en 2009.