Outre-mer : le Sénat relance le débat explosif sur l’exploitation des hydrocarbures

Le Sénat a rouvert un dossier hautement sensible pour la politique énergétique et climatique française. À l’initiative du sénateur guyanais Georges Patient, une proposition de loi visant à autoriser à nouveau la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures dans les territoires ultramarins a été adoptée en première lecture, avant d’être transmise à l’Assemblée nationale.

Le texte a recueilli une large majorité lors du vote au Sénat, avec 227 voix pour et 105 contre. Une adoption qui confirme l’ampleur des divisions politiques autour de la place des énergies fossiles dans les territoires d’outre-mer.

Une remise en cause assumée de l’interdiction de 2017

Le texte porté par Georges Patient vise explicitement à lever, dans les collectivités ultramarines, l’interdiction de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures. Une orientation qui entre en contradiction directe avec la loi adoptée en 2017, plus connue sous le nom de « loi Hulot », qui a acté la fin progressive de toute activité d’exploration et de production d’hydrocarbures sur le territoire français.

Pour les promoteurs de la proposition, cette exception ultramarine est justifiée par les spécificités économiques et géographiques de ces territoires, confrontés à des difficultés structurelles d’emploi, d’attractivité et de développement industriel.

À l’inverse, les sénateurs opposés au texte dénoncent une rupture majeure avec la trajectoire climatique engagée par la France depuis plusieurs années.

Le gouvernement affiche son désaccord

Avant même l’ouverture des débats, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait fait savoir que l’exécutif rendrait un avis défavorable sur cette proposition de loi.

Une position qui n’a toutefois pas empêché la majorité sénatoriale de soutenir le texte. Dans l’hémicycle, les échanges ont opposé, sans surprise, deux visions radicalement différentes du développement des territoires ultramarins.

D’un côté, les partisans de la reprise des forages défendent l’idée d’un « pragmatisme économique », estimant que les Outre-mer ne peuvent être durablement écartés de dynamiques industrielles susceptibles de générer des recettes et des emplois.

De l’autre, les défenseurs de l’environnement mettent en garde contre un signal politique jugé incompatible avec les engagements internationaux de la France en matière de réduction de l’usage des énergies fossiles.

La Guyane au cœur des espoirs pétroliers

L’argument économique est particulièrement mis en avant pour la Guyane. Le territoire est situé dans une zone géographique où plusieurs découvertes pétrolières majeures ont profondément modifié la donne régionale.

Les défenseurs du texte soulignent en effet la proximité immédiate avec le Suriname, le Brésil et le Guyana, trois États dans lesquels d’importants gisements offshore ont été mis au jour et sont aujourd’hui exploités.

Pour une partie des élus ultramarins, la France prendrait le risque de se priver d’une manne économique potentielle, alors même que ses voisins directs bénéficient déjà des retombées de ces nouveaux champs pétroliers.

Des ressources loin d’être garanties

Les opposants au texte ont toutefois rappelé un point central : aucune certitude ne permet aujourd’hui d’affirmer que les sous-sols marins français recèlent des réserves comparables à celles découvertes chez les pays voisins.

Les fonds marins au large de la Guyane, mais aussi de Mayotte ou de Saint-Pierre-et-Miquelon, restent largement méconnus sur le plan géologique.

Pour plusieurs sénateurs, la proposition de loi repose ainsi davantage sur une logique d’espoir économique que sur des éléments scientifiques et industriels réellement consolidés.

Un signal politique jugé contradictoire

Au-delà de la question des ressources, les critiques ont surtout porté sur la cohérence de la politique énergétique française. En autorisant à nouveau l’exploration d’hydrocarbures dans les Outre-mer, la France prendrait le risque, selon les opposants, de fragiliser sa crédibilité internationale dans les négociations climatiques.

La levée de l’interdiction serait perçue comme un recul symbolique majeur, à l’heure où l’État affirme vouloir accélérer la transition vers des modèles énergétiques moins dépendants du pétrole et du gaz.

Pour les élus hostiles au texte, la recherche de solutions économiques pour les territoires ultramarins ne peut passer par une relance de filières considérées comme incompatibles avec les objectifs climatiques de long terme.

Une bataille législative loin d’être terminée

Adoptée en première lecture au Sénat, la proposition de loi doit désormais être examinée par l’Assemblée nationale. La suite du parcours parlementaire s’annonce particulièrement disputée, tant les lignes de fracture entre impératifs de développement local et engagements environnementaux apparaissent profondes.

Le vote des députés dira si cette tentative de dérogation ultramarine à l’interdiction des hydrocarbures peut, ou non, se transformer en véritable inflexion de la politique énergétique française.

commentaires

COMMENTAIRES

  • Ooohhh ! Quelle surprise !

    Avec tous les hydrocarbures qu’on consomme en France et les réalités géopolitiques mondiales, ce n’est pas une surprise et (Hélas !) une quasi bonne nouvelle (on va dire une décision de père de famille raisonnable devant la réalité – on peut s’en désoler mais c’est ainsi…)

    Sans hydrocarbures nos vies actuelles sont impossibles à garantir… Et on a fait fausse route sur tant d’investissements dans la transition énergétique qui coutent aujourd’hui une fortune au budget de l’état ! Il nous faut donc de l’énergie garantie… et si possible « maison » (ça pourrait faire du bien à la balance commerciale en plus) !!!

    Les zécolos effarouchés diront « Non », mais conduiront pour beaucoup leurs voitures thermiques comme tant d’autres pour aller à la manif du coin ou voir leurs amis le weekend (et leur élec a aussi besoin de Gaz en back-up comme beaucoup d’autres faute d’autres énergies non-intermittentes disponibles ! même si ils sont chez Enercoop !)

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  • Buvons tous jusqu’à la dernière goutte!
    Et que les suivants se démerdent, avec ce qu’on leur a laissé comme ressources, et nos déchets…

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    • @Airsol,

      Hélas ! Je le regrette mais oui on tend vers la consommation de tout ce qui est possible comme hydrocarbures avec tous les travers à venir pour les futures générations ! Pas que sur les hydrocarbures, mais aussi sur tout plein de métaux !

      Et Rien que pour le back-up des ENRi il faut beaucoup d’hydrocarbures ! De même que pour l’extraction des ressources métalliques nécessaires aux ENRi…

      Le Nucléaire est tellement dense comme énergie que le besoin en matière est in fine bien plus faible au MW.h, y compris dans la distribution de sa production Versus les ENRi (qui nécessitent bien plus de Cuivre notamment mais pas que…)…

      Répondre
  • Tant que nous n’aurons pas réussi à électrifier les 75% de la consommation finale d’énergie restants de tous nos usages, ne vaut-il pas mieux extraire nous-mêmes nos hydrocarbures que de les acheter ailleurs ?

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    • @Cochelin
      Tant que nous n’aurons pas réussi à éradiquer la cocaïne, l’héroïne et autres fentanyl, ne vaut il pas mieux produire Français?
      Ne faut il pas investir dans les moyens de se désintoxiquer plutôt que dans ceux qui vont satisfaire la demande?

      Répondre
      • @Airsol,

        Les Arguments du « pire » que vous utilisez sont juste grotesques et nauséabonds !

        La Cocaine, l’heroine et d’autres drogues ne sont consommées que par une minorité de la population (même si c’est trop !).Consommation Marginale et limitée ! (même si en excès avec la perte de sens d’une grande partie de la jeunesse !)

        Les hydrocarbures sont consommées directement et indirectement par TOUTE la Population française (les exceptions sont extrêmement faibles !). Rien qu’indirectement, avec le transport de Nourriture et sa production qui sont faites avec des hydrocarbures..

        Répondre
        • @APO
          Vous n’avez visiblement pas compris ma réponse a Cochelin, qui est éthique:
          Faut-il produire Français parce qu’il y une demande, même légitime?
          Tous ceux qui se préoccupent du changement climatique le disent, il faut arrêter d’extraire les énergies fossiles même si le sevrage brutal est impossible,
          la question devient pourquoi moi en premier?
          Par éthique

          il y a des précédents en France: on a arrêté de produire des mines anti personnelles en forme de jouet
          pourtant, il y avait de la demande

          les alternatives aux hydrocarbures existent, mais nécessitent des investissements, mettre ces investissements dans l’exploration pétrolière est nuisible pour tous ( a part les actionnaires de Total)

          Répondre
    • Les courbes de prix de production, oui. Mais pas forcément à la baisse pour le consommateur. Les prix auraient tendance à être à la hausse !

      Répondre
  • Les consommateurs directs ou indirects d’hydrocarbures actuellement sans solutions de rechange seraient-ils tous des drogués ?

    Répondre
    • Non, mais tout le monde est d’accord pour dire que nous devons essayer de nous sevrer le plus possible des hydrocarbures, d’où la parabole

      Répondre
      • Et où aurait on du mettre le Maximum d’Argent Public pour se passer d’hydrocarbures !?

        Réponse pas dans notre Production électrique largement décarbonée !!! Avec les dizaines de Milliards déjà engloutis et les milliards à venir pour les ENRi !

        Répondre
        • On aurait plus aider nos constructeurs automobiles à faire de petites voitures électriques et on aurait des Emplois et une bien moindre consommation d’hydrocarbures…

          Les Emplois seront en Chine en majorité et la continuation de conso d’hydrocarbures chez nous !

          Répondre
          • Idem avec le chauffage ! On a trop d’Elec avec l’éolien et une des mesures et de fournir des convecteurs électriques dans les maisons et appartements chauffés au Gaz, car les jours froids sans vent il faut un énorme Back-Up GAZ faute de développement hydraulique depuis 40 ans !!! Donc il faut soit du Gaz chez les particuliers quelques jours par an soit des Centrales à Gaz… In fine des convecteurs électriques qui serviraient 100 à 150 jours par An pour moins consommer de Gaz, ce serait pas mal !

            Mais le jour où l’on ne pourra plus entretenir les réseaux de Gaz il faudra alors des Centrales à gaz de pointe…

            A force de s’être focalisé sur les ENRi depuis près de 20 ans, on a oublié l’essentiel, la baisse réelle de la consommation d’hydrocarbures ! (Oui il fallait un peu d’ENRi dans notre Mix et cela a fait diminué un peu nos émissions – et in fine surtout celles de nos voisins ! Mais on en a bien trop mis et pour bien trop cher pour le contribuable moyen, on a aussi de facto développé une ENRistocratie biberonnée aux subventions et aides diverses pour un résultat national pas bon, mais cette ENRistocratie s’est fait de solides réseaux dans les rangs du pouvoir et des Médias !!! juste pour leurs intérêts et pas ceux de la Nation !)

            Oui, il faudra à la France et pour encore longtemps d’énormes quantités d’hydrocarbures, même si la conso baisse peu à peu régulièrement !!! (Et comme les caisses de l’état sont vides, faire de nouvelles politiques publiques ambitieuses c’est bien compromis…)

        • Personne ne connait la douloureuse finales du cout des ENRi –> 150 milliards !? 300 milliards !?

          Avec les Prix de Marché en ce moment en Février !!! déjà à 0 pendant des dizaines d’heures, combien les ENRi vont couter à l’état sur l’année 2026 !??? 10 milliards, 20 milliards ou même 30 !??? Et cela n’aide plus à se passer d’hydrocarbures, juste à rendre l’Elec plus chère !!!

          C’est juste hallucinant !

          Répondre
  • Ceux qui ne se préoccupe des gaz a effet de serre que dans le cadre de la défense du nucléaire ne peuvent pas comprendre l’intérêt des renouvelables, qui sont un phénomène mondial, les courbes de prix sont éloquentes.
    La seule justification acceptable du bashing ENR est l’atteinte aux bénéfices d’EDF, qui voit son monopole grignoté

    Répondre
    • Les courbes de prix de production, oui. Mais pas forcément à la baisse pour le consommateur. Les prix auraient tendance à être à la hausse !

      Répondre
      • @cochelin

        Pas si le consommateur opté pour autoconsommation solaire, ça commence a 2 cts, sans subventions pour un petit 800w auto installé

        Répondre
        • Vous pouvez dire merci aux Chinois de fabriquer ce matériel avec de l’énergie issue du charbon. Mais vous oubliez un point important, c’est d’utiliser la majorité de la production. Sinon vous perdez cet avantage . Vos calculs sont théoriques, et nécessite tout de même un branchement au réseau. Et un talon de consommation de cet ordre signale un gros consommateur d’électricité ayant de gros moyens. Ce n’est pas le cas général, et un comportement peu écologique.

          Répondre
          • @ Cochelin
            oui, vraiment Merci aux chinois, si on avait attendu EDF, on ricanerai encore des couts

            Pour le kit 800W, et le talon de consommation, nous avons déjà eu un échange a ce sujet
            les chiffres que je vous donne sont des vrai chiffres pour des consommateurs normaux, achetez en un si vous ne me croyez pas.(ils sont tous instrumentés pour le suivi via des applis)
            un panneau en France ne produit jamais ( ou quelques heures par ans) sa puissance crête qui est calculée selon des paramètres qui servent a les comparer: ensoleillement 1000 W/m2 température 25° pression ATM 1.5
            De plus cette puissance sera surtout disponible au milieu de la journée
            Même si , par méconnaissance, vous supputez un taux d’autoconsommation de 30% (c’est les chiffres que l’on a avec un 3 kWc sans pilotage) cela fera:
            Prix du kit 800 W = 200,00 euros production sur 20 ans 1000 heures X 800 W X 20 ans = 16 000 KWh
            Autoconsommation a 30% 16000 X 0.3 = 4800 kWh
            Prix du kWh produit: 200 euros /4800 kWh = 4.2 centimes d’euros

            Je répète 4.2 centimes d’euros pour une auto installation avec autoconso a 30 %

            Vous pouvez ajouter du stockage ( 8 cts/kWh)

  • Je persiste à penser que, même avec un talon de consommation de 30% (240 W), cela suppose un taux d’équipement d’appareil électriques assez élevés, des moyens financiers élevés et un comportement fort peu écologique comme de nombreux déclarés « écolos », l’effet rebond neutralisation l’économie réalisée dans notre cas ici.
    Et si on avait attendu EDF, cela ne changerait qu’à la marge les émissions carbone du secteur électrique, et l’impact climatique de notre économie.

    Répondre
  • @Cochelin
    Vous n’avez visiblement aucune expérience des kits solaires
    autoconsommer a 30% un kit 800 W ne signifie pas avoir un talon de 250 w
    c’est une moyenne entre les mini et les maxi (100%)
    Un ménage qui a un kit 3000 Wc autoconsomme a 30% sans faire d’efforts particuliers, cela ne signifie pas qu’il a un talon de 1000 W

    Répondre
    • @Cochelin
      C’est bien de citer le forum photovoltaique
      En vous calant sur le talon, vous visez un 100% autoconsommation
      Vérifiez, je n’ai par écrit 100%
      Vous faites semblant de ne pas comprendre?

      Répondre
      • Il est vrai que la baisse considérable du prix des panneaux PPV en provenance de Chine permet d’obtenir un prix du KWh plus intéressant qu’il ne l’était il y a quelques années, et qu’il n’est plus nécessaire de viser les 100% d’autoconsommation du talon de consommation instantané pour faire des économies substantielles. Je suis d’accord avec vous sur ce plan là.

        Répondre
        • @Cochelin
          « Il n’en reste pas moins que c’est une solution individualiste »

          Non c’est une situation de fin de monopole, ou tout un chacun peut être producteur
          La régulation doit être gérée par l’état, la production, non

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