Nucléaire : entre idéologie et réalités

Nucléaire : entre idéologie et réalités

Un tribune signée par Hervé Machenaud, administrateur du Cérémé et ancien directeur de la branche Asie-Pacifique du groupe EDF.

Si, à la simple évocation du mot « nucléaire », beaucoup de nos concitoyens font encore un rapprochement avec danger et déchets, de plus en plus de Français ont pris conscience qu’il s’agit au contraire d’une énergie décarbonée, fiable et bon marché, comme le montrent plusieurs études d’opinion récentes. Le retournement est spectaculaire. Cela malgré les approximations, voire contre-vérités que continuent à diffuser les adversaires de l’énergie nucléaire.

Nucléaire et opinion publique : histoire d’un malentendu

Si notre pays a historiquement choisi de faire reposer son mix électrique sur le nucléaire, celui-ci est la plus controversée des énergies. En cause : la persistance d’idées reçues sur cette énergie pourtant décarbonée, pilotable, sûre et peu chère.

Une partie de l’opinion continue d’être marquée par la catastrophe de Tchernobyl ou l’accident de Fukushima. Le sondage d’opinion 2020 réalisé par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire révèle en effet que la majorité des interrogés associent la notion de « nucléaire » à celle de « danger ». Or, toutes les études montrent que l’énergie nucléaire est celle qui a causé le moins de victimes dans le monde et que c’est la plus sûre.

La question des déchets vient s’ajouter au lot des fausses vérités. Pour beaucoup, ces déchets constituent un fardeau toxique qui menacerait les générations futures. Or, le volume total des déchets dangereux produits par l’industrie nucléaire depuis sa création en France ne représente en réalité que la taille d’une piscine olympique. De plus ces déchets peuvent être conditionnés, et stockés dans des couches d’argile qui n’ont pas bougé pendant des millions d’années. A terme, l’évolution des technologies permettra de les recycler.

Dernier élément qui explique les controverses autour du nucléaire : la structuration des partis écologistes, en Allemagne puis en France, des Verts à EELV, autour d’un combat contre cette énergie, dès les années 70 et notamment la lutte contre la construction d’une centrale bretonne à Plogoff. Face à l’urgence climatique, toutefois, plusieurs écologistes historiques sont revenus sur leurs positions initiales et deviennent des défenseurs réalistes du nucléaire, tels qu’Antoine Waechter ou François de Rugy. Il en va de même en Allemagne et en Finlande.

Le résultat est qu’aujourd’hui, lorsque l’on évoque l’énergie nucléaire, on parle au mieux d’un « mal nécessaire » ou d’un « pari nucléaire ». Veut-on illustrer un article sur la pollution, on y fait figurer la photo d’une centrale nucléaire avec de la fumée qui se dégage du réacteur, alors qu’en réalité, il ne s’agit que de vapeur d’eau. La confusion est si grande qu’elle laisse le champ libre à des minorités idéologiques. La question est devenue fortement politique, ce qui rend inéluctable la nécessité de rétablir les vérités scientifiques et la rationalité dans ce domaine.

L’énergie de la raison pour concilier efficacité énergétique et protection de l’environnement

En dépit des craintes qu’il inspire, le nucléaire est un atout dans la lutte contre le dérèglement climatique. En France, toute l’énergie consommée depuis les années 1970 en provient principalement, ce qui permet à notre pays de produire une électricité 12,5 fois moins carbonée que la moyenne des principaux pays européens. Outre son caractère bas carbone, le nucléaire civil présente le triple avantage d’être pilotable, générateur d’emplois industriels non délocalisables et protecteur de notre indépendance énergétique.

Le Cérémé met en évidence à travers ses travaux un constat partagé par plusieurs experts : la priorité donnée au développement des énergies renouvelables intermittentes est coûteuse, dangereuse pour le climat et pour la souveraineté énergétique, car elle impose de compenser l’intermittence par des centrales à énergie fossile ou des importations.

Afin d’enrichir le débat public, le Cérémé a élaboré un scénario alternatif à ceux présentés par RTE en décembre dernier, qui consisterait à augmenter la part du nucléaire dans le mix électrique à 80% en 2050 contre 70% aujourd’hui. Et il n’y aurait plus de nouveaux développements d’énergie éolienne, compte tenu de son inutilité.

Confié au cabinet Roland Berger qui l’a modélisé, le scénario du Cérémé permettrait non seulement de décarboner la production électrique à hauteur de 95% mais aussi d’économiser près de 319 milliards d’euros d’investissement par rapport aux orientations présentées par le Président de la République à Belfort le 10 février dernier, tout en répondant à l’électrification des usages et en garantissant la sécurité d’approvisionnement électrique et l’indépendance énergétique de la France.

Nous avons fondé notre mix électrique sur le nucléaire et de ce fait notre électricité est à ce jour la plus décarbonée et la plus compétitive des pays du G7. Le recours aux énergies intermittentes, qui peut se justifier dans d’autres pays en raison de leur situation spécifique, s’avère contreproductif, coûteux et inefficace en France. Telles sont les vérités qui méritent d’être rétablies et affirmées pour permettre à notre pays de rompre avec les idéologies et de faire en conscience le choix de l’énergie de la raison.

Hervé Machenaud

Administrateur du Cérémé (Cercle d’Étude Réalités Écologiques et Mix Énergétique) et ancien directeur de la branche Asie-Pacifique du groupe EDF.