Lettre ouverte : “Investissons dans les réacteurs à sels fondus”

L’association Progrès Nucléaire a écrit une lettre ouverte au gouvernement français pour demander la mise en place d’un groupe pour étudier l’opportunité de développer et industrialiser un réacteur à sels fondus.

Signée par 93 scientifiques, ingénieurs et membres de la société civile, elle présente les avantages de la production d’énergie nucléaire avec des combustibles liquides, les projets en cours dans le monde, et pourquoi le temps est venu pour la France d’engager un projet innovant dans ce domaine.

Vous trouverez le texte de notre lettre ci-dessous :


A :
M. Emmanuel MACRON, Président de la République
M. Edouard PHILIPPE, Premier ministre
M. François DE RUGY, Ministre de la Transition écologique et solidaire
M. Bruno LE MAIRE, Ministre de l’Économie et des Finances
Mme. Frédérique VIDAL, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
M. Gérard LONGUET, Président de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques

Publiée le 4 octobre 2018

 

Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Madame et Messieurs les Ministres, Monsieur le Président de l’OPECST,

Depuis trente ans, la communauté scientifique nous alerte sur l’impasse environnementale des énergies fossiles, qui représentent toujours 85% de notre consommation d’énergie primaire au niveau mondial. Et pourtant, les émissions carbone ont encore augmenté de 1,6% en 2017. Pourquoi ? Les solutions proposées actuellement conduisent à trois impasses.

Première solution, les énergies renouvelables (solaire, éolien) sont utiles à faible échelle pour la production d’énergie décarbonée. Mais elles ne peuvent être déployées à échelle suffisante pour remplacer les énergies fossiles. L’impasse est fonctionnelle et trouve sa source dans l’intermittence de sa production, son coût globalement élevé, le manque de métaux rares nécessaires à sa production et son stockage, et le besoin d’occuper de larges surfaces au détriment de la nature ou d’autres activités. Malgré de gros efforts de déploiement, les énergies renouvelables ne représentent de ce fait que quelques pourcents de l’énergie primaire mondiale.

Deuxième solution, l’efficacité énergétique, ou la décroissance, réduirait nos émissions de CO2. Mais cela ne ferait que reporter de quelques années l’atteinte de niveaux similaires de CO2 dans l’atmosphère. Par ailleurs, pour éviter une impasse humanitaire et des phénomènes de migrations de masse, chaque personne sur la planète doit avoir un accès décent à l’énergie. Il est donc difficile d’allier baisse de la consommation d’énergie avec les besoins énergétiques en forte croissance dans les pays émergents.

Troisième solution, l’énergie nucléaire est actuellement dans une impasse sociétale. Elle est certes très efficiente et pourrait permettre de remplacer rapidement l’ensemble des énergies fossiles. Mais la technologie actuelle est majoritairement rejetée par la société du fait des dangers de contamination radioactive, du problème des déchets, et de son coût.

Pourtant, il existe une autre voie : les réacteurs à sels fondus (RSF), qui bénéficient d’avantages clés dus à l’utilisation d’un combustible liquide. Cette branche technologique de la fission nucléaire a eu des débuts prometteurs dans les années 1950 et 1960, avec un prototype qui a fonctionné avec succès pendant 4 ans aux États-Unis. Mais son soutien politique et financier a été coupé dans les années 1970 au profit des filières à combustible solide dont font partie les réacteurs à eau pressurisée du parc français actuel.

Avantage fondamental du RSF, le danger de contamination radioactive massive dans l’atmosphère en cas d’accident est éliminé conceptuellement. Ses dimensions plus modestes et une conception modulaire permettent par ailleurs d’envisager des coûts beaucoup plus faibles. Cette technologie offre aussi la possibilité de diminuer la production des déchets radioactifs à vie très longue et de recycler notre stock de déchets actuels. Enfin, pilotables à la minute, les RSF pourraient parfaitement complémenter les énergies renouvelables à production intermittente.

A l’étranger, on compte plus d’une dizaine de projets de réacteurs à sels fondus. La Chine mène un projet public financé à hauteur de $3,3 Milliards pour développer et industrialiser un RSF, dont le démarrage du premier prototype est prévu en décembre 2020. Plusieurs startups privées comme Terrestrial Energy (Canada) ou Moltex Energy (UK) développent différents concepts de RSF. Bill Gates, lui-même, à travers sa startup Terrapower travaille d’arrache-pied pour commercialiser un premier RSF dans les 10 prochaines années avec le soutien financier de l’État américain.

Un projet RSF français innovant permettra de fédérer toutes les énergies autour d’un objectif commun de développement d’une énergie pilotable, sûre, économique et socialement acceptable. Ce projet pourra rassembler les citoyens de tous bords : écologistes, gauche et droite politique, et membres de la filière nucléaire actuelle (EDF, CEA, ASN…). La France dispose déjà des compétences nécessaires. Elle pourra, avec ce projet d’envergure internationale inspirer une nouvelle génération de chercheurs et d’ingénieurs soucieuse d’agir pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Au CEA, un séminaire en mars 2018 sur les RSF a réuni tous les acteurs de la filière nucléaire française. Un rapport est disponible, et un deuxième séminaire est annoncé pour novembre. Le Directeur de l’Énergie Nucléaire, questionné par Cédric Villani lors d’une audition publique de l’OPECST a récemment répondu : «Si le gouvernement souhaite qu’un programme soit lancé sur les sels fondus, on sera évidemment tout à fait prêt à le faire».

Les personnes soussignées, membres et amis de l’association Progrès Nucléaire, demandent de ce fait au gouvernement la mise en place pour fin 2018 d’un groupe pour étudier l’opportunité de développer et industrialiser un réacteur à sels fondus. Nous proposons pour ce faire, l’allocation d’un budget annuel initial d’au moins 7 millions d’Euros correspondant à la réaffectation d’environ 1% du budget annuel de la France en recherche et développement sur l’énergie nucléaire.

Ce groupe d’études aurait pour mission de confirmer le potentiel technique et économique du RSF, sélectionner un concept, et quantifier les ressources nécessaires à son développement.

Nous sommes à la croisée des chemins. Il est encore temps d’agir. Faisons des choix écologiques et industriels volontaristes pour relever le défi du CO2.

 

Signataires :
M. Michel ALLIBERT, Chercheur CNRS retraité
M. Ilias AROUEL, Membre, Progrès Nucléaire
M. Florent AUBERT, Chômeur
M. Arnaud BALEYDIER, Citoyen concerné et ingénieur
Mme. Aline BOMCHIL
M. Jean-Philippe BRETTE, Informaticien
Mme. Corine BREYTON, Ingénieur
M. Daniel BREYTON, Retraité
Mme. Chantal BREYTON, Retraitée
M. Nicolas BREYTON, Membre, Progrès Nucléaire
M. Régis BROSIUS, Membre, Progrès Nucléaire
M. Vignesh CANDASSAMY SANTHANAMANI, Membre, Progrès Nucléaire
M. Julien CARRET, Masseur kinésithérapeute
M. Bertrand CASSORET, Maître de conférences en génie électrique
M. Claude CHASSERY, Président Fondateur Institut IBP. Membre, Progrès Nucléaire
M. Martin CORONINI, Membre, Progrès Nucléaire
M. Patrick CRIQUI, Directeur de Recherche Emérite au CNRS
M. Jean-Marc CROWET, Ingénieur de recherche
M. Marceau DARONNAT, Etudiant
M. Gauthier DEBLONDE, Chercheur, Lawrence Berkeley National Laboratory
M. Axel DELVALLE, Directeur de projet. Membre, Progrès Nucléaire
Dr. Jean-Pierre DEMAILLY, Professeur à l’Université Grenoble Alpes, Membre de l’Académie des Sciences
Mme. Claire DUPUIS, Ingénieur d’études dans l’environnement
M. Jacques Donatien MOREAU, Artiste Libre, peintre, écrivain
M. Jean FALISSARD, Professeur de Mathématiques
M. Michele FIORITO, Ingénieur
M. Pierre GEST, Cadre Retraité d’EDF. EX-Officier de Sûreté Senior à l’AIEA
Mme. Kirsty GOGAN, Global Director, Energy for Humanity
M. Gérard GOMEZ
Mme. Louise GOMEZ, Orthophoniste
M. Pierre GOMEZ, Ingénieur
Mme. Sophie GOMEZ LECOCQ, Sage femme
M. Hugues GOSSET, Responsable audit interne
M. Rodolphe HEINTZ
Dr. Daniel HEUER, Directeur de Recherche au CNRS. Membre, Progrès Nucléaire
M. Willy HENNEBERT, Membre, Progrès Nucléaire
M. Paul HOLDERITH
Dr. Boris HOMBOURGER, Membre, Progrès Nucléaire
Mme. Marine HORCKMANS, Ingénieur exploitation N4
M. Jean-Marie HURTIGER, Conseil Indépendant
M. Jean-François JAEGER
M. Philippe JARRIN, Ingénieur
M. Jean-Luc KOKEL
Mme. Frédérique LAPIERRE, Infirmière cadre
Mme. Teresa LAURIA, Professeur, Membre, Progrès Nucléaire
M. John LAURIE, Président, Progrès Nucléaire
Mme. Lucie LAURIE, Responsable de Conduite de Changement
M. Richard LE BRUN, Ingénieur Process EDF EPR
Mme. Antoinette LECOCQ
Mme. Geneviève LECOCQ
M. Guillaume LECOCQ, Docteur
Mme. Marlène LECOCQ, Sage Femme
M. Michel LECOCQ, Médecin
M. Jacques LEGER, Ancien directeur d’Alstom. Membre, Progrès Nucléaire
M. Eric LEONARD, Ingénieur Mission Expediting EDF
M. Gérard LEVIGNE, Retraité
M. Jacques MASUREL, Président d’honneur, Sauvons le Climat
Dr. Ludovic MATHIEU, Chercheur CNRS
M. Franck MEGRET, Directeur de segment, Schneider Electric
Dr. Elsa MERLE, Enseignante-Chercheur
M. Charles MERLIN, Membre, Progrès Nucléaire
M. Fabien MOREAU
Mme. Hélène MOREAU, Pharmacien
M. Patrick MOREAU, Ingénieur Marketing
Mme. Anne-Sophie MORESCO, Responsable d’offre mondiale Schneider Electric
M. Alexandre NOE, Ingénieur technique
Mme. Josépha PAITEL, Chargée de mission rénovation énergétique. Membre, Progrès Nucléaire
Mme. Marlène PEYRET, Médecin
M. Eric PHILIPPOT, Ingénieur
M. Olivier POUWELS, Architecte système, Schneider Electric
Mme. Marion PROUST, Chef de projet en recherche clinique au CHU de Grenoble
M. Joris QUENEE, Ingénieur
M. Thibaud QUENET, Ingénieur
M. Bertrand REYNIER, Professeur à l’Unité de Mécanique, ENSTA ParisTech
M. Jean-Pierre RIOU, Membre du bureau énergie du collectif Science Technologies Actions
M. Didier ROCHAS, Schneider Electric, Segment Marketing Strategic
M. Pedro RODRIGUES, Entrepreneur
M. Jacques ROMAIN, Membre, Progrès Nucléaire
M. Maxim ROMAIN, Vice-Président, Progrès Nucléaire
M. Jean ROSSO, Membre, Progrès Nucléaire
Mme. Nathalie ROSSO, Membre, Progrès Nucléaire
M. Jacky ROUSSELLE, Ingénieur du Génie Atomique
Mme. Laura SANSELME
M. François THEVENOT, Chef de projets
Mme. Myriam TONELOTTO, Réalisatrice, anti-nucléaire, pro réacteurs à sels fondus
M. Cristian VEGA, Ingénieur nucléaire
M. Guillaume VELLET, Urbaniste
M. Laurent VIO, Ingénieur de recherche
M. Alain WIEDEMANN, Ingénieur retraité Equipement
Mme. Denise WIEDEMANN, Retraitée agrégée lettres modernes
Mme. Julie WORNAN, Membre de Saving Our Planet
M. Robert WORNAN, Co-fondateur, Saving Our Planet
M. Bernard ZENNER, 1er Adjoint au Maire

 

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