La législation française assure « un climat favorable pour le développement de l’énergie solaire photovoltaïque »

La législation française assure « un climat favorable pour le développement de l’énergie solaire photovoltaïque »

Le Monde de l’Énergie ouvre ses colonnes à Michaël Leboucher, Damien Munier et Louis Sirand, respectivement directeur général groupe, responsable achats et directeur général de Solstyce, spécialiste de l’accompagnement des professionnels et des acteurs territoriaux français sur l’installation de centrales photovoltaïques. Ils évoquent les dernières évolutions du photovoltaïque en France, ainsi que les perspectives d’avenir pour la filière.

 

Le Monde de l’Énergie —Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de la filière photovoltaïque en France, et ses perspectives de développement dans les années à venir ?

Michaël Leboucher, Damien Munier et Louis Sirand —La puissance installée du parc solaire photovoltaïque français atteint 19 GW à la fin du troisième trimestre 2023. Au cours des trois premiers trimestres 2023, 2,2 GW supplémentaires ont été raccordés, contre 1,9 GW au cours de la même période de 2022. La production d’électricité d’origine solaire photovoltaïque s’élève à 19,4 TWh, au cours des trois premiers trimestres 2023, en hausse de 18,7 % par rapport à la même période en 2022 (16,4 TWh). Elle représente 5,7 % de la consommation électrique française sur cette période, en hausse de 1,1 point par rapport à la même période de 2022.

Selon l’étude de France Territoire Soleil (Think tank), la filière solaire photovoltaïque permettra de soutenir jusqu’à 52 000 emplois (ETPs directs et indirects) en France à horizon 2030, dans le cas du respect de la fourchette haute de la PPE (44 GW raccordées en 2028) et de la relocalisation de certains segments de la chaîne de valeur.

Les énergies fossiles représentent encore 46 % de la consommation d’énergie française. Face à cette dépendance, le pays prend des orientations politiques claires pour renforcer la place de l’énergie électrique dans le mix énergétique français. L’objectif est de passer à une production solaire nationale de 80 à 100 Twh à horizon 2030. La France vise un rythme de 7 GW supplémentaires installés par an. Les capacités installées en production solaire doivent ainsi passer de 15,7 GW à ce jour à 65 GW en 2035.

Le Monde de l’Énergie —Les législations sont-elles actuellement plutôt favorables ou défavorables au développement de cette source d’énergie ?

Michaël Leboucher, Damien Munier et Louis Sirand —Plusieurs nouvelles règlementations encouragent le développement du solaire photovoltaïque en France. Selon la Loi Energie et Climat du 8 novembre 2019, les permis de construire des bâtiments, d’emprise au sol supérieure à 1 000 m², doivent intégrer un procédé de production d’énergie renouvelable ou système de végétalisation.

La Loi n° 2023-175 du 10 mars 2023, relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, vient réduire les délais d’instruction pour les projets d’énergie renouvelable. La durée maximale de la phase d’examen pour ces projets situés en zone d’accélération ne pourra pas dépasser trois mois.

La Loi Climat et Résilience, applicable depuis le 1er juillet 2023, renforce la règlementation de la loi Energie et Climat. Elle impose un taux de couverture en solaire photovoltaïque d’au moins 50 % pour les nouveaux parkings extérieurs et ouverts au public de plus de 500 m², et d’au moins 30 % de la surface pour :

  • Les nouveaux bâtiments à usage commercial, artisanal, industriel, les entrepôts et hangars de plus de 500 m² d’emprise au sol ;
  • Les nouveaux bâtiments de bureaux de plus de 1 000 m² d’emprise au sol.

Pour ces actifs immobiliers, le taux de couverture minimal passera à 40 % en 2026 et 50 % en 2027.

La Loi accélération de la production des énergies renouvelables prévoit quant à elle que, pour les parcs de stationnement extérieurs déjà existants de plus de 1 500 m², l’installation d’ombrières photovoltaïques devra atteindre un taux de couverture de 50% dès le 1er juillet 2026.

Le dispositif Eco Energie Tertiaire, une obligation issue du Décret Tertiaire, impose une réduction de consommation énergétique de 40% à horizon 2030, pour tous les bâtiments tertiaires cumulant une surface de plancher supérieure ou égale à 1 000 m².

En 2028, tous les bâtiments neufs ou existants, de plus de 500 m², seront concernés par l’obligation d’atteindre un taux de couverture solaire photovoltaïque de 50 %. L’ensemble de ces législations permet d’apporter un climat favorable pour le développement de l’énergie solaire photovoltaïque et demeure nécessaire pour atteindre les objectifs de mix énergétique fixés.

Le Monde de l’Énergie —Quelles sont les dernières évolutions technologiques des panneaux, et qu’apportent-elles ?

Michaël Leboucher, Damien Munier et Louis Sirand —La technologie au niveau des cellules des panneaux évolue très régulièrement, ce qui permet d’améliorer leur performance. Le rendement surfacique des panneaux est passé de 208Wc/m² à 225Wc/m² entre 2022 et aujourd’hui. Le productible des panneaux a également connu une nette amélioration : ils produisent plus par Wc, avec par exemple une amélioration de la production à faible luminosité.

Les performances se dégradent de moins en moins avec le vieillissement des panneaux, les fabricants garantissent plus de 87% de performance après 30 années de fonctionnement. Des nouveaux sauts technologiques sont attendus dans les années à venir qui devraient permettre de se rapprocher des 230Wc/m². En particulier, le développement des cellules N-Type constitue un réel investissement pour une qualité améliorée des produits : meilleur rendement, durabilité, meilleure réaction aux variations de température, meilleur rendement en mode bifacial.

Le Monde de l’Énergie —Comment la filière prend-elle en compte l’intermittence de la production dans ses perspectives de développement ?

Michaël Leboucher, Damien Munier et Louis Sirand —Selon le bilan prévisionnel 2023-2035 de RTE, la sécurité d’approvisionnement va s’améliorer, notamment grâce au déploiement des énergies renouvelables. Le système électrique aura besoin de « flexibilité » : les batteries sont un axe prioritaire, permettant le gain de 5 GW de marge.

La consommation d’énergie en France est loin d’être linéaire avec des pics de consommation à 8h, 12h et 19h. À chaque instant, la production d’électricité doit impérativement être égale à la consommation, sous peine de panne ou de détérioration du réseau électrique. Le maintien de l’équilibre entre consommation et production est effectivement un enjeu important dans le cadre de la transition énergétique. Les solutions de gestion des flux (comme le stockage) permettent d’apporter une garantie supplémentaire. Pour répondre à cet enjeu, Solstyce a développé une solution de pilotage énergétique, qui associe production d’énergie solaire, recharge pour véhicules électriques et stockage sur batteries. Elle permet ainsi de piloter une installation grâce à un outil intelligent de gestion des flux électriques, et d’optimiser l’autoconsommation et l’usage de la production d’énergie solaire photovoltaïque.