Les interconnexions électriques, des infrastructures décisives sur le chemin de la décarbonation

Par Martin Dubourg, Directeur France Aquind 

L’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 comporte une évolution nécessairement rapide vers un mix énergétique plus décarboné, notamment avec une électricité produite à partir d’énergies renouvelables. Leur déploiement soulève des défis importants en matière d’équilibre offre-demande et de sécurité d’approvisionnement.

Une étude (*) , qui vient d’être rendue publique, réunit pour la première fois de nombreux éléments mettant en évidence le rôle critique des interconnexions électriques pour accompagner cette transition énergétique.

Le rôle essentiel des interconnexions

En effet, des sources de flexibilité supplémentaires sont de plus en plus nécessaires. Les interconnexions jouent, à ce titre, un rôle essentiel et contribuent à résoudre le “trilemme énergétique”, c’est-à-dire simultanément améliorer la sécurité de l’approvisionnement, réduire les coûts de satisfaction de la demande et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

D’autres études récentes nous éclairent également sur le rôle spécifique des interconnexions électriques et mettent en avant l’intérêt de poursuivre leur développement de manière volontariste.

Une étude d’Aurora Research (**) rendue au Ministère britannique de l’énergie (BEIS), en décembre dernier, démontre qu’un niveau plus élevé de capacité d’interconnexion réduirait les émissions cumulées en Grande-Bretagne et dans l’Union Européenne de près de 334 Mt à horizon 2050. Le rapport indique que « la réalisation des objectifs en matière d’émissions de carbone pour le secteur de l’électricité sera de plus en plus influencée par l’activité des interconnexions », avec « une diminution de la production thermique grâce à une interconnexion accrue entre l’UE et le Royaume-Uni ».

 Le Plan décennal de développement du réseau de l’ENTSO-E (TYNDP 2020) (***) indique également que les interconnexions « contribuent à maintenir l’équilibre en permettant aux pays d’importer de l’électricité en période de tension. Avec l’augmentation de la production d’énergies renouvelables en Europe, le système électrique pourrait venir à manquer de souplesse. De nouvelles interconnexions apporteront une nécessaire flexibilité en tirant parti notamment de la différence des conditions climatiques à travers l’Europe ». Le rapport ajoute que « en plus des 35 GW de nouvelles interconnexions transfrontalières projetées d’ici à 2025, 50 GW supplémentaires permettraient de soutenir, de manière rentable, le système électrique dans sa voie vers la décarbonation. »

Complémentarité évidente

Enfin, l’étude jointe de RTE et de l’Agence Internationale de l’Energie de janvier 2021 sur les conditions d’un système électrique à forte part d’énergies renouvelables en France à l’horizon 2050 recommande la fluidification des échanges par les réseaux de transport en précisant qu’« une extension, un renforcement et une restructuration en profondeur du réseau seront nécessaires pour atteindre des parts élevées de renouvelables ».

Dans ce contexte particulier, le cas britannique se distingue parmi les pays limitrophes de la France : sur la base du livre blanc d’Aurora, le gouvernement britannique a indiqué sa volonté de tripler les capacités d’interconnexion d’ici 2030 (à 18 GW) avec ses voisins.

Suite au retrait du Royaume-Uni de l’Union Européenne et à la conclusion des Accords de commerce et de coopération (ACC) le 24 décembre dernier, les liens étroits qui unissent en matière énergétique le Royaume-Uni et l’UE en général, la France en particulier, ont été clairement réaffirmés.

La France et le Royaume-Uni font preuve de complémentarités évidentes de leurs mix de production et de consommation. Les synergies sont renforcées par des politiques cohérentes contre le réchauffement climatique, de part et d’autre de la Manche : arrêt des centrales les plus émettrices de GES, développement des renouvelables notamment l’éolien en mer au Royaume-Uni, l’éolien et le photovoltaïque en France.

Ces politiques, menées par des gouvernements très engagés pour la neutralité carbone, et fondées sur ces études récentes et concordantes, devraient conduire à rehausser les objectifs de mise en service de nouvelles interconnexions entre les deux zones.

————————————–

(*) FTI Consulting (janvier 2021) : « Le rôle des interconnexions frontalières en Europe pour atteindre zéro émission nette »

(**) Étude d’Aurora Energy Research pour le BEIS (octobre 2020) : « L’impact des interconnexions électriques sur la décarbonation »

https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/943239/impact-of-interconnectors-on-decarbonisation.pdf

(***) TYNDP 2020 : « Compléter le réseau, les besoins du système électrique en 2030 et 2040 »

https://tyndp.entsoe.eu/system-needs/

 

commentaires

COMMENTAIRES

  • L’interconnexion transeuropéenne des sources d’électricité ne pourra être qu’une étape vers l’équilibre du réseau car elle s’appuie sur des transferts de puissances importantes qui imposent de garder, et même développer, des lignes à UHT pour soutenir des productions locales périodiquement faibles. Dans une organisation visant à rapprocher les sources d’énergie des lieux de consommation, le secours aux productions locales faibles devront également être locaux soit par des renouvelables permanents soit par consommation des excédents locaux stockés lors des périodes d’abondances, le secours lointains devra rester une option marginale de derniers recours et sur de faibles apports. L’objectif étant de disposer sur l’Europe entière un réseau de distribution de moyenne tension qui puisse être mis en souterrain économiquement.

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  • Il semble qu’il en soit tout autrement dans l’esprit des décideurs et l’avis de Rochain a peu de chance d’être entendu. “L’étude jointe de RTE et de l’Agence Internationale de l’Energie de janvier 2021 sur les conditions d’un système électrique à forte part d’énergies renouvelables en France à l’horizon 2050 recommande la fluidification des échanges par les réseaux de transport en précisant qu’« une extension, un renforcement et une restructuration en profondeur du réseau seront nécessaires pour atteindre des parts élevées de renouvelables ». A l’image du Nord Pool où d’énormes volumes sont échangés. Dans certains cas, certains pays, comme le Danemark, peuvent importer plus de la moitié de leurs besoins.https://www.nordpoolgroup.com/message-center-container/newsroom/exchange-message-list/2021/q1/nord-pool-announces-2020-trading-figures/ Dans ce cas, la moyenne tension semble exclue !

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