Gaz russe ou nucléaire français ? Un enjeu majeur pour l’Europe… (Tribune)

Gaz russe ou nucléaire français ? Un enjeu majeur pour l’Europe… (Tribune)

Par Alain Desgranges, ingénieur en Génie atomique et membre de l’ONG PNC-France

Avec la flambée des prix de l’énergie et les tensions sur le gaz russe, le conflit en Ukraine confirme l’intérêt pour notre pays de disposer d’une relative indépendance énergétique grâce au nucléaire, paré soudain de toutes les vertus…

Comme on le sait, Fukushima fut l’occasion pour certaines nations de tourner le dos à l’atome. Ce fut le cas de l’Allemagne qui aura choisi de développer un parc d’éoliennes conséquent mais aussi de recourir au charbon. Un choix qui fait peu de cas des émissions de CO2 coupables du réchauffement climatique et qui ne permet pas de compenser l’arrêt de ses dernières centrales nucléaires.

Dès lors, le recours au gaz en complément du charbon est devenu indispensable à notre voisin dont 60 % de son gaz est fourni par la Russie. C’est à cet effet qu’un gazoduc de 2500 km de long (NORD STREAM 2) a été construit permettant à la Russie de doubler sa capacité d’exportation vers l’Europe sans passer par l’Ukraine. C’est dire son importance stratégique en ces moments de guerre entre les deux pays.

Un dossier en débat au sein de l’Union Européenne dans le cadre de l’élaboration d’une politique de financement (la taxonomie) des énergies réputées « vertes » et dans laquelle le nucléaire et le gaz devraient être traités à égalité comme énergies dites de « transition ».

L’ambiguïté française

Sur ce sujet, la position de la France reste ambigüe. L’arrêt de la centrale de Fessenheim pour des raisons politiques et les valses-hésitations de l’Exécutif sur la relance du nucléaire depuis 15 ans, contraignent notre pays à redémarrer ses centrales au charbon et à recourir lui aussi au gaz pour répondre aux besoins en électricité qui devraient doubler d’ici 2050.

C’est quand même un comble pour une nation qui était encore largement exportatrice ces dernières années !…

C’est dans ce contexte que l’envahissement de l’Ukraine par la Russie rebat les cartes avec la perspective de révisions déchirantes pour les partisans du gaz, notamment les allemands et les belges qui vont trouver quelques vertus au nucléaire. Une occasion pour les tenants du nucléaire de faire valoir ses atouts d’énergie décarbonée, d’un coût raisonnable et contribuant à l’indépendance énergétique dont on mesure aujourd’hui l’intérêt.

Mieux vaut tard que jamais

Dans son discours de Belfort du 10 février, le président de la République a (enfin) décidé de relancer la production électronucléaire avec un programme ambitieux qui demandera à être confirmé après l’élection présidentielle mais qui constitue néanmoins une feuille de route cohérente.

Certains observateurs considèrent insuffisant le nombre de réacteurs prévus dans ce plan alors que l’Autorité de Sûreté Nucléaire n’en fini pas d’alerter sur le manque de marges de production de notre parc de centrales.

Une faiblesse susceptible de contraindre à un arbitrage entre menace de coupures aux effets dévastateurs ou poursuite du fonctionnement des réacteurs avec un niveau de sûreté dégradé.

Le 2 mars Emmanuel Macron faisait part de sa volonté de promouvoir la cause du nucléaire au sein de l’Europe. Un retour au premier plan de cette énergie que l’on peut maintenant qualifier d’énergie de l’avenir.

Mais aussi, un retournement de situation que le plus fervent supporter de cette énergie vertueuse n’aurait pas imaginé au moment des vœux de bonne année.

Mais comme on le sait bien, mieux vaut tard que jamais !