« La France a besoin de ses deux jambes, renouvelable et nucléaire »

« La France a besoin de ses deux jambes, renouvelable et nucléaire »

Au lendemain du rapport « Futurs énergétiques 2050 » de RTE, nous donnons la parole à Maud Bregeon. Pour la porte-parole d’En marche, si « le charbon, le pétrole et le gaz fossile sont nos ennemis communs », la neutralité carbone sera possible grâce à la construction de nouveaux réacteurs et l’appui des renouvelables. Interview.

 

Pourquoi le nucléaire pourrait-il être une question majeure de la prochaine présidentielle ?

Le nucléaire peut répondre à trois enjeux majeurs auxquels la France et l’Europe sont confrontées : la lutte contre le changement climatique, l’indépendance énergétique et la réindustrialisation de nos territoires. C’est un moyen de production qui coche ces trois cases. Premièrement, il est décarboné, alors que plus de 60% de l’énergie finale que nous consommons provient du fossile (gaz ou pétrole).

Deuxièmement, nous en maîtrisons la technologie sur l’ensemble du cycle, ce qui nous permet de produire nous-mêmes sans nouer de liens de dépendance avec des pays tiers, même en tenant compte des importations d’uranium. Troisièmement, sur la question de l’emploi, le nucléaire est synonyme d’industrialisation des territoires, du Nord au Loiret, de la Vienne à l’Ain…

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C’est plus de 13 500 emplois dans les Hauts-de-France, plus de 42 000 en région Auvergne-Rhône-Alpes ! Au global, ce sont 220 000 femmes et hommes qui vivent directement ou indirectement de cette industrie en France.

Pourquoi le nucléaire cristallise autant les passions ?

La dualité que certains tentent d’imposer entre nucléaire et énergies renouvelables n’a pas de sens. C’est d’ailleurs l’un des grands enseignements du rapport que RTE a publié lundi 25 octobre : pour atteindre la neutralité carbone en 2050 tout en préservant nos modes de vie, en garantissant une sécurité d’approvisionnement et des coûts les plus bas possibles, nous aurons besoin de toutes les énergies décarbonées.

Un développement ambitieux des énergies renouvelables est nécessaire, et notamment de l’éolien en mer et du photovoltaïque, au-delà des rythmes de déploiement actuels, tout en s’attachant à la préservation du cadre de vie.

En parallèle, la construction de nouveaux réacteurs ressort des travaux de RTE comme une piste pertinente du point de vue climatique et économique, a fortiori dans des scénarios conservant un parc d’environ 40GW en 2050, reposant à la fois sur le parc existant aujourd’hui et sur du nouveau nucléaire.

L’objectif premier doit être de diminuer la part d’énergies fossiles. Pour cela, nos ennemis communs sont le charbon, le pétrole et le gaz fossile, dont la consommation doit diminuer au profit d’une électricité décarbonée.

Il faut dépassionner le débat, agir de façon rationnelle et tenir un discours équilibré, comme le fait le Président de la République. Pour avancer dans le futur de la neutralité carbone, la France a besoin de ses deux jambes, renouvelable et nucléaire.

La crise des prix de l’énergie fait écho à la question essentielle de la politique énergétique de l’Etat. Le développement du nucléaire est-il une des réponses ?

L’enjeu est de ne pas dépendre de pays tiers dans notre consommation afin d’être le moins tributaire possible des variations de prix qu’on ne maîtrise pas. Avoir des sources de production comme le nucléaire et les renouvelables permet de répondre, sur le long terme, aux enjeux et au marché extrêmement volatil de l’énergie.

Même si l’uranium est importé, son prix ne compte que pour environ 5% du prix de l’électricité. En outre, contrairement au gaz et au pétrole pour lesquels les stocks stratégiques sur le territoire sont d’une centaine de jours, la France dispose de stocks stratégiques d’uranium correspondant à plus d’une dizaine d’années de consommation.

Peut-on imaginer la réouverture un jour de Fessenheim ? Est-ce techniquement possible ?

Très objectivement, rouvrir Fessenheim est infaisable. Cela nécessiterait des travaux de remise à niveau colossaux, et la reprise de tout le processus administratif de démarrage d’un réacteur. Il faudrait également recruter et former des opérateurs et des exploitants, revoir la planification d’achat du combustible… C’est tout bonnement irréaliste.

Sur un plan plus stratégique, l’industrie de l’énergie, comme toute industrie lourde, a besoin de visibilité, de cohérence dans les prises de décisions politiques sur le long terme. Une politique énergétique se réfléchit à 30 ans et nous ne pouvons pas nous permettre des coups de barre à gauche, à droite, au rythme des quinquennats. En ne revenant pas une énième fois sur la décision de fermeture de Fessenheim, le Président a fait un choix d’homme d’Etat : celui de la continuité et de la stabilité.

Enfin, défendre le nucléaire en 2021 ce n’est pas revenir éternellement, comme le font par exemple les Républicains, sur la fermeture de Fessenheim. Défendre le nucléaire aujourd’hui, c’est investir dans la R&D des futurs SMR comme l’a fait le Président Emmanuel Macron avec France 2030, avancer sur le projet Cigéo de stockage géologique profond des déchets radioactifs ou encore travailler au renouvellement du parc actuel.

L’EPR de Flamanville devrait démarrer en 2022. En quoi ce nouveau réacteur est-il essentiel dans la future politique énergétique française ?

Il est nécessaire à plusieurs titres. A court terme, nous avons besoin de retrouver des marges sur le réseau pour pouvoir produire notamment l’hiver. Cela est d’autant plus important que plusieurs pays européens réduisent leur parc de centrales pilotables (disponibles à la demande) et que la stabilité de l’approvisionnement électrique européen doit être consolidée.

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EPR de Flamanville (Crédit : Antoine Soubigou – EDF)

Cela démontre également l’excellence française dans le secteur du nucléaire, 45 ans après la mise en service de Fessenheim.

Les SMR sont-ils une réponse au développement du nucléaire en France ?

Oui, c’est une des réponses d’avenir. Quand on regarde l’ensemble des études, on voit que si nous voulons conserver les 50% de part du nucléaire en 2050, il faudra, d’une part, prolonger une partie des réacteurs actuels au-delà de 60 ans, d’autre part renouveler une partie du parc nucléaire existant et avoir un complément avec des SMR.

Ces derniers, en tant que petits réacteurs, présentent l’avantage d’être moins intenses en maintenance, moins coûteux, adaptables aux nouveaux usages de type dessalement, chaleur urbaine, production d’hydrogène, ou encore utilisables en remplacement d’unités de production fossile sur nos territoires insulaires.

Enfin, si la France veut rester une grande puissance nucléaire, elle doit investir dans les SMR. Les grandes puissances comme la Chine, la Russie, ou les Etats-Unis  ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. Avec le plan d’investissement France 2030, le Président fait aussi un choix géopolitique : il garantit la souveraineté technologique de la France dans le domaine.

Le fait que le nucléaire ne soit pas assuré de faire partie de la Taxonomie européenne des investissements verts est-il un vrai problème ? N’est-ce pas anecdotique ?

Ce n’est pas anecdotique, c’est un combat que la France porte à l’échelle de l’UE pour atteindre la neutralité carbone. Notre Ministre des finances, Bruno Le Maire, l’a rappelé à plusieurs reprises : la question du financement est cruciale pour que de nouveaux projets de centrales nucléaires puissent voir le jour en Europe, en remplacement de centrales à charbon et à gaz.

Or, si l’énergie nucléaire devait être exclue de la taxonomie, son financement s’en retrouverait complexifié.

Jean-Luc Mélenchon affirme que la France ne sait pas gérer les déchets nucléaires. Cette question sensible environnementale n’est-elle pas le point faible de ceux qui militent en faveur de l’atome ?

Comme la plupart des pays confrontés à la problématique des déchets radioactifs, la France a fait le choix de les stocker dans des centres industriels spécialement conçus pour ce type de déchets afin de les isoler de l’homme et de l’environnement tant qu’ils présentent des risques.

Aujourd’hui, Cigéo (NDLR : projet de stockage à Bure au sein de la couche géologique du Callovo-Oxfordien (COx), à une profondeur d’environ 500 mètres), le projet de stockage géologique pour les déchets à longue vie, est l’aboutissement de procédés scientifiques et démocratiques dont le concept général a été validé au niveau technique et parlementaire.

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J’entends ceux qui pointent du doigt cette solution de stockage qu’ils trouvent imparfaite. Mais la réalité, en fait, c’est qu’on ne peut pas laisser le choix et la charge de cette question à nos enfants, alors que nous avons une solution pérenne.

Qu’attendez-vous de cette COP26 ?

Six ans après l’accord de Paris et trois mois après le dernier rapport du GIEC, cette COP doit confirmer les objectifs climatiques pris par l’ensemble des pays et apporter des garanties sur les trajectoires énergétiques de chaque Etat, en consolidant les contributions déterminées au niveau national (NDC).