« La filière de stockage stationnaire est en pleine explosion en France et en Europe »

« La filière de stockage stationnaire est en pleine explosion en France et en Europe »

Dans un entretien accordé au Monde de l’Energie, François Daumard, président de Valeco, société spécialisée dans les renouvelables, analyse l’importance du stockage de l’électricité dans la transition énergétique.

Le Monde de l’Énergie —Où en est actuellement la filière de stockage stationnaire d’électricité par batteries en France et en Europe ? D’autres technologies que la batterie Li-ion sont-elles en passe d’être industrialisées ?

François Daumard —La filière de stockage stationnaire d’électricité par batterie en France est à la traine par rapport à ses voisins européens. En effet, si l’on regarde les volumes installés et en construction, on observe que ces derniers sont beaucoup plus faibles en France. A titre de comparaison, près de 1,7GW de stockage sont installés au Royaume-Uni et plus de 500 MW en Allemagne, la France est en retard avec un peu moins de 400MW de projets installés. Ceci peut s’expliquer par plusieurs raisons :

  • Une ouverture du marché pour les projets de stockage par batteries relativement récente, en 2018 pour la Réserve Primaire (FCR) et la mise en place du mécanisme de Capacité en 2017 d’où sont issues les principales sources de revenus d’un projet de Stockage par batterie en France Métropolitaine.
  • Une très forte exposition aux risques marchés. Il n’y a pas en France pour le moment d’appel d’offre dédié au stockage, il est donc très difficile de faire financer des projets de stockage d’autant plus que la réserve primaire a subi une très forte réduction du prix suite à l’ouverture du marché, malgré le rebond que nous observons actuellement qui s’explique par le contexte énergétique sans précédent que nous vivons aujourd’hui.
  • Le marché de la réserve primaire est un marché avec une profondeur limitée, autour de 500 MW, ce qui signifie que ce dernier risque d’être rapidement saturé, ce qui peut effrayer les nouveaux acteurs et les nouveaux investisseurs.

Cependant, malgré ce contexte, la filière de stockage stationnaire est en pleine explosion en France et en Europe. En effet, plusieurs pays lancent de nouveaux appels d’offres pour fournir des services systèmes au réseau pour lesquels les systèmes de stockage stationnaire sont parfaitement adaptés. C’est le cas en Angleterre avec l’Enhanced Frequency Response en 2016 ou encore le Fast Reserve en Itale. En France, RTE avait également lancé un Appel d’offres long terme en 2019 afin de garantir un prix sur le mécanisme de capacité pour des nouvelles capacités de production. Plus de 250 MW de batteries avaient alors été lauréates sur cet appel d’offre. Cependant, ce dernier ne permet de sécuriser qu’une petite partie des revenus d’un système de stockage et pour seulement 7 ans, il faut donc aller plus loin et c’est ce que permet le décret du 6 mai 2022, qui laisse la possibilité à RTE de recourir à un appel d’offre spécifique stockage. Toute la filière se tient donc prête à répondre à ces nouveaux besoins auxquels le réseau électrique fait face suite à la mutation du mix énergétique vers des moyens de production décentralisés.

A l’heure actuelle, la filière automobile pousse le développement et la diminution des coûts de production des batterie Li-ion qui ont été divisés par cinq au cours des dix dernières années. Il faut dire que cette technologie a fait ses preuves tant sur le plan technique que sur le plan économique avec des investissements massifs du secteur automobile qui devraient continuer de tirer les prix vers le bas. D’autres solutions de stockage risquent d’émerger dans les années à venir, on pense bien entendu au stockage par hydrogène, mais d’autres technologies pourraient bien aussi devenir compétitives, le stockage par volant d’inertie pourrait également s’avérer intéressant pour du stockage à court terme.

Le Monde de l’Énergie —En dehors des STEP, quelles sont les autres technologies de stockage émergentes qui pourraient arriver à maturité industrielle à court terme ?

François Daumard —D’autres technologies sont en effet à l’étude. L’Allemagne par exemple étudie la reconversion de ses usines à charbon pour du stockage de chaleur en utilisant l’énergie renouvelable pour chauffer un circuit de sel et stocker l’énergie sous forme de chaleur dans ce fluide accumulateur. L’hydrogène bien entendu est également dans toutes les têtes, avec la possibilité de le stocker sous différentes formes et de reconvertir cet hydrogène vert en électricité au moment le plus opportun. Le power to gas et gas to power aura probablement toute sa place dans les années à venir, une fois la filière industrielle en place et les coûts de production d’hydrogène vert compétitifs.

Le Monde de l’Énergie —Quelles perspectives de développement réalistes existent pour la filière du stockage d’électricité pour répondre à l’intermittence des EnRi ?

François Daumard —Le stockage par batterie électrochimique possède un stock d’énergie limité. Entre 2h et 4h pour la plupart des solutions qui émergent. Les pointes de consommation étant sur des périodes relativement courtes, de quelques heures également, il paraît évident que le stockage sera à moyen terme la solution déployée sur tous les sites photovoltaïques et éoliens afin de palier cette intermittence et lisser ainsi la charge et répondre au mieux au besoin.

Le Monde de l’Énergie —Quelle place pourrait prendre la production d’hydrogène vert dans cette problématique ?

François Daumard —L’hydrogène vert/renouvelable est un vecteur énergétique dont les caractéristiques font qu’il sera stockable plusieurs jours contrairement à la batterie pour une utilisation ultérieure :

  • La décarbonation de mobilité lourde (camion, bus, bateau…) via des piles à combustible ou encore directement avec des moteurs à combustion ;
  • La décarbonation de procédés industriels comme des aciéries, des verreries ou la pétrochimie ;
  • L’injectons dans les réseaux de gaz ;
  • La restitution sur le réseau électrique à des moments plus opportuns.

La technologie pour produire de l’hydrogène renouvelable qui se base sur l’électrolyse à partir d’eau est encore perfectible, mais l’Europe et les Etats membres y croient avec des plans gigantesques de financement pour lancer la filière et améliorer le rendement et le volume de projet qui aura un effet immédiat sur le prix de l’hydrogène renouvelable.

 

François Daumard

Président de Valeco, filiale française d'EnBW, fondée à Montpellier en 1995, spécialisée dans le développement, la construction, l'exploitation, la maintenance et le démantèlement de projets EnR (592 MW de puissance installée au 31 décembre 2021).