Électricité à Madagascar : Andry Rajoelina accélère sur les énergies renouvelables

Électricité à Madagascar : Andry Rajoelina accélère sur les énergies renouvelables

Soutenue par la présidence malgache, la distribution de kits solaires aux foyers privés d’électricité s’intensifie. Un premier pas bienvenu mais qui doit être complété par des investissements structurels menés par les acteurs privés spécialisés dans les énergies renouvelables.

Confronté  à la vétusté de ses infrastructures et à des coupures de courant à répétition, le réseau électrique malgache pourrait bénéficier de substantielles améliorations à court terme. Et ce grâce au volontarisme du président de la Grande Île : à l’issue d’une réunion tenue le 18 octobre avec les représentants de la Banque mondiale, Andry Rajoelina, assurant être lui-même pleinement « mobilisé face à cette urgence nationale », a en effet dévoilé une série de mesure dédiées à « l’accélération des projets liés à l’énergie ».

La distribution de kits solaires, un pansement sur une jambe de bois?

Si le chef de l’Etat malgache a décidé de s’impliquer personnellement, c’est que la situation l’exige. Alors que sept habitants de Madagascar sur dix n’ont toujours pas accès à l’électricité, le coût de l’énergie reste prohibitif pour un grand nombre de ménages comme d’entreprises, obérant les perspectives de développement économique du pays. Par ailleurs, les difficultés récurrentes de la JIRAMA, l’entreprise publique de l’eau et de l’électricité, plombent les finances publiques, l’Etat renflouant ses caisses à hauteur d’environ 250 millions de dollars par an – autant d’argent qui n’est pas investi ailleurs. Andry Rajoelina a notamment évoqué avec la délégation de la Banque mondiale les projets LEAD et DECIM. Ces deux programmes visent à densifier le réseau électrique malgache et à étendre l’accès à l’électricité à de nombreux habitants qui en sont, aujourd’hui, dépourvus. Une ambition qui repose, entre autres, sur la distribution de quelque 1,2 million de kits solaires, destinés à réduire la dépendance des ménages malgaches au kérosène ou « pétrole lampant ». Pour bienvenues qu’elles soient pour les populations bénéficiaires, ces initiatives ne se substitueront pas à des investissements structurels, eux-mêmes nécessairement portés par des acteurs privés.

Les EnR, la solution pour sortir Madagascar de la précarité énergétique ?

Alors que les déboires de la JIRAMA symbolisent, en quelque sorte, les derniers soubresauts d’un « ancien monde » perfusé aux énergies fossiles, le futur énergétique de la Grande Ile passe par le développement des énergies renouvelables (EnR). Au titre des priorités du gouvernement malgache figure ainsi la construction de deux nouvelles centrales hydroélectriques (Sahofika et Volobe), dont la puissance cumulée devrait atteindre 312 mégawatts (MW) et dont la production électrique devrait bénéficier à plusieurs millions d’usagers. L’hybridation des centrales électriques existantes fait également figure de chantier prioritaire, de même que le déploiement d’une cinquantaine de parcs solaires. Plusieurs projets d’envergure ont ainsi été annoncés. A l’image d’une future usine de production de panneaux photovoltaïques, opérée par le groupe chinois SANY et qui a reçu le soutien direct d’Andry Rajoelina. Ou encore de l’inauguration, en avril dernier, d’une centrale photovoltaïque accolée au site de production de l’entreprise Phael Flor Export, spécialisée dans les plantes aromatiques et médicinales : une initiative saluée comme « une étape cruciale pour Madagascar » par le ministre de l’Environnement, Max Andonirina Fontaine, qui en a profité pour « encourager les entreprises [malgaches] à davantage intégrer les enjeux environnementaux dans leur stratégie de développement ».

Tourner la page de l’ère électro-thermique

Volontarisme politique d’une part, initiatives privées et/ou soutenues par des bailleurs comme l’Agence française de développement (AFD) ou des institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) d’autre part : c’est en conjuguant les efforts de l’ensemble des acteurs concernés que Madagascar devrait, à l’avenir, parvenir à tourner la page d’une ère électro-thermique qui aura échoué à réaliser ses promesses et à répondre aux besoins des Malgaches. Pour mieux adopter un modèle d’électrification à la fois plus sobre, plus efficace et plus en phase avec les nombreux défis – économiques, écologiques, démographiques – qui se posent à l’île.