« Les déchets issus de panneaux photovoltaïques ne représentent qu’une fraction de ceux issus des fossiles »

« Les déchets issus de panneaux photovoltaïques ne représentent qu’une fraction de ceux issus des fossiles »

Le Monde de l’Énergie ouvre ses colonnes à Serge Besanger, co-fondateur et ex-président du CERES, devenu PVCycleFrance et Soren, professeur dans le domaine de la RSE et des énergies renouvelables, pour évoquer avec lui les critiques faites régulièrement aux panneaux photovoltaïques, dans le prolongement de son article pour The Conversation Les panneaux solaires, fer de lance de la transition ou casse-tête pour le recyclage ? Le vrai du faux.

 

Le Monde de l’Énergie —Vous vous êtes intéressé à plusieurs critiques récurrentes faites aux panneaux photovoltaïques, en particulier sur leur impact écologique. Le premier est l’impact climatique de leur production, qu’en disent aujourd’hui les experts du secteur ?

Serge Besanger —Les panneaux solaires ne sont pas neutres en carbone. Cependant, leur bilan carbone reste très inférieur à celui des énergies fossiles. La production de panneaux photovoltaïques d’électricité solaire émet 96 % d’émissions de carbone de moins que le charbon et 93 % de moins que le gaz naturel.

Le Monde de l’Énergie —A l’image de l’éolien, de nombreux critiques du photovoltaïque lui reproche ses importants déchets en fin de vie et son faible taux de recyclage. Qu’en est-il ?

Serge Besanger —En 2016, l’IRENA, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (International Renewable Energy Agency), attirait l’attention sur le problème que peuvent poser les déchets photovoltaïques. Le rapport estime que le monde pourrait accumuler de 54 (scénario bas) à 160 millions de tonnes (scénario haut) de déchets provenant de panneaux solaires d’ici 2050. A titre de comparaison, plus de 12 000 millions de tonnes de déchets plastiques auront été produits d’ici 2050, pour plus de 1800 millions de tonnes de déchets électroniques.

L’industrie fossile aura pour sa part produit d’ici 2050 plus de 45 000 millions de tonnes de cendres de charbon et 249 millions de tonnes de boues huileuses – sans parler de ses émissions de gaz à effet de serre. Même dans l’hypothèse la plus pessimiste, les déchets issus de panneaux solaires ne représentent qu’une fraction du poids de ceux issus de l’industrie fossile. En ce qui concerne la France seule, les besoins en recyclage sont estimés à 150 000 tonnes d’ici 2030 par Soren, l’éco-organisme chargé du recyclage des panneaux solaires en France.

Contrairement à une idée reçue, on peut recycler un panneau à près de 99 %. On ne pousse cependant pas toujours le recyclage au maximum, parce que cela reviendrait trop cher. De ce fait, le « point mort » économique – ou seuil de rentabilité – se situe aujourd’hui aux environs de 95 % de matériaux recyclés.

Le Monde de l’Énergie —Enfin, le photovoltaïque émet-il des déchets toxiques dans la nature comme cela lui est reproché ?

Serge Besanger —Parmi les arguments invoqués par certains contre le photovoltaïque, on retrouve en effet l’idée selon laquelle certains matériaux utilisés dans les modules photovoltaïques s’accumuleraient dans l’environnement puis causeraient des dommages à la santé humaine. Le cadmium, en particulier, utilisé pour certaines technologies solaires, est considéré comme un cancérogène certain pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Les cancers associés sont ceux des voies respiratoires, notamment du poumon. Le cadmium est également suspecté d’être cancérogène pour le cancer de la prostate et le cancer du rein.

Cela dit, la toxicité des matériaux est une chose, le risque d’exposition en est une autre. Quels sont les risques d’exposition pour ces produits, par rapport aux appareils électroniques du quotidien ? Selon un article publié dans la Renewable and Sustainable Energy Review, les risques concrets pour la santé humaine suite à la pollution des panneaux solaires dans l’environnement – par exemple suite à des fuites en cas de pluie – restent négligeables. Selon une autre étude, il existe un risque pour la santé humaine lorsque l’arsenic et le béryllium sont aéroportés. Toutefois, les méthodes de production modernes ont éliminé ce risque.

Par ailleurs, la grande majorité des modules photovoltaïques sont fabriqués à base de silicium cristallin, qui ne pose aucun risque sanitaire pour l’utilisateur final. De plus, les risques liés au process de fabrication ont été largement réduits au cours des dernières années. Ce type de technologie est de loin le plus fréquent, avec 95 % de part de marché mondial en 2022.

Le Monde de l’Énergie —Etant donné que vous concluez sur la supériorité du photovoltaïque sur les énergies fossiles en termes d’impact environnemental, que donnerait une comparaison avec l’éolien, le nucléaire voire l’hydro-électrique ou la biomasse-électrique ?

Serge Besanger —Toutes ces technologies présentent un impact environnemental très inférieur à celui des énergies fossiles, notamment en germes de grammes d’équivalent-CO2 par kWh produit. L’hydraulique reste la solution la plus « vertueuse » (3 à 4 g, dans des conditions françaises), suivi de l’éolien (10 à 12 g), du nucléaire dans sa version actuelle (16 à 20 g), de la biomasse (de 16 à 20 g également) et de la géothermie (de 40 à 45 g). Le solaire photovoltaïque produit en Chine est actuellement à plus de 80 g, mais avec le rapatriement de la production en France et de meilleurs rendements, on se dirige très vite vers 30 à 40g. Rappelons que le gaz naturel émet 469 g, le pétrole 840g et le charbon, 1kg!

Le Monde de l’Énergie —Par ailleurs, pourquoi, à votre avis, ces critiques sont-elles aussi régulièrement émises contre cette technologie ?

Serge Besanger —Il existe en France comme à l’étranger un puissant lobby des énergies fossiles,  aux yeux duquel les panneaux photovoltaïques généreraient de larges quantités de déchets toxiques difficiles à recycler. Ces fausses informations ont la fâcheuse tendance à semer la confusion chez le public, en créant des doutes sur la viabilité des énergies renouvelables. Pourtant, même dans l’hypothèse la plus pessimiste, les déchets issus de panneaux solaires ne représentent qu’une fraction du poids de ceux issus de l’industrie fossile.

Serge Besanger

Administrateur d'entreprises et professeur dans le domaine de la RSE et des énergies renouvelables, Serge Besanger est co-fondateur et ex-président du CERES, devenu PVCycleFrance et Soren. Il est par ailleurs cofondateur de la DeepTech Alliance.