Le captage du CO2, une techno pour améliorer le bilan carbone

Malgré le développement à grande échelle des énergies décarbonées, les ressources fossiles restent encore majoritaires dans le mix énergétique mondial.

La lutte contre le réchauffement climatique est donc loin d’être gagnée : rien ne garantit que la communauté internationale réussira à contenir la hausse des températures terrestres à 1,5°C d’ici la fin du siècle.

La limitation des émissions de gaz à effet de serre apparait donc plus que jamais comme une priorité. Pour y parvenir, notre société doit continuer à favoriser les technologies sobres en dioxyde de carbone.

Dans ce contexte, le captage et le stockage du CO2 sont des solutions adaptées aux enjeux environnementaux.

Il s’agit d’une technique qui consiste à “capturer” le dioxyde de carbone émis par une installation industrielle puis de le stocker dans le sous-sol terrestre (ou le valoriser d’une manière ou d’une autre) pour éviter son rejet dans l’atmosphère.

En quoi consiste la capture et le stockage du CO2 ?

Alors que la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre ne cesse de battre des records, le programme des Nations Unies Pour l’Environnement (UNEP) estime qu’il faudrait réduire chaque année de 7,6% nos émissions de CO2 pour espérer atteindre les objectifs de l’Accord de Paris pour le climat.

Dans ce contexte-là, chercheurs et industriels pensent que les technologies de Captage et de Stockage du CO2 (CSC) sont appelées à devenir un axe de travail majeur en raison de leur potentiel de réduction des émissions.

Les systèmes de CSC concernent les installations industrielles particulièrement polluantes (centrales thermiques au charbon, au gaz ou au fioul, raffineries de pétrole, usines sidérurgiques ou pétrochimiques, cimenteries…). L’idée est d’isoler puis de capturer (par postcombustion, précombustion ou oxycombustion) le CO2 émis.

Une fois capturé, le CO2 est ensuite transporté (par canalisation, pipeline, véhicule, bateau…) en vue de son stockage dans le sous-sol terrestre. Il existe plusieurs façons d’entreposer ce gaz à effet de serre : séquestration minérale, injection dans les fonds océaniques…

Ces techniques présentant des risquent pour les écosystèmes et la biodiversité, c’est le stockage géologique (c’est-à-dire injecté dans des aquifères profonds, des réservoirs d’hydrocarbures vides…) qui est aujourd’hui privilégié.

Une application concrète aux États-Unis

C’est d’ailleurs cette technique que comptent utiliser le pétrolier français Total, le cimentier LafargeHolcim et le spécialiste du captage de carbone Svante dans leur projet américain de captage et de stockage du CO2.

Les trois partenaires ont en effet annoncé le 6 janvier le lancement d’une étude destinée à évaluer la viabilité économique et technique d’une installation de captage de CO2 à échelle industrielle.

Ce projet consiste en la conception d’une unité de CSC destinée à réduire drastiquement le bilan carbone d’une cimenterie du groupe LafargeHolcim située dans le Colorado.

Basé sur une technologie de Svante, ce dispositif industriel permettrait de capter annuellement plus de 750.000 tonnes de gaz à effet de serre ” à un coût en capital inférieur de moitié par rapport aux solutions existant déjà sur le marché”.

“Grâce au coût réduit de la technologie de Svante et aux politiques volontaristes de crédits d’impôt – à l’instar du crédit d’impôt 45Q aux États-Unis – le captage de CO2 peut être rentable dans le cadre de certaines applications industrielles à grande échelle comme la cimenterie”, explique Claude Letourreau, président de Svante.

Jusque-là, le projet semblait porté par de bonnes intentions. Malheureusement, la valorisation du CO2 telle qu’envisagée par les trois partenaires pose de sérieuses questions de cohérence. Total, LafargeHolcim et Svante comptent en effet injecter le dioxyde de carbone dans des gisements pétroliers matures afin d’augmenter la pression… et ainsi faire remonter davantage de pétrole à extraire. Réduire les émissions de CO2 pour produire davantage de matière fossile polluante, le projet peut en effet questionner…

Vers la neutralité carbone des poids-lourds ?

Les applications du système CSC peuvent quelque fois s’appliquer dans d’autres secteurs que l’industrie lourde, comme par exemple dans le transport. Des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse, ont en effet développé un système de capture particulièrement innovant pour réduire les émissions des poids-lourds.

Leur système ingénieux, consiste à capter le CO2 directement à partir du pot d’échappement puis à le liquéfier grâce à des turbocompresseurs à haute vitesse qui utilise la chaleur du moteur. Une fois comprimé et à l’état liquide, le dioxyde de carbone est stocké dans un réservoir placé sur le toit du camion.

Les chercheurs suisses ont mis au point un système qui permet ensuite de transformer ce CO2 en carburant conventionnel. Il s’agit d’une station spécifique qui fonctionne uniquement grâce à des énergies renouvelables et qui permettrait de revaloriser jusqu’à 90% des émissions de gaz à effet de serre d’un poids-lourd.

S’il n’existe pour l’instant que sous la forme d’un concept innovant, ce système permettrait de réduire les émissions mais également la consommation de carburant à base d’énergie fossile. Et ainsi envisager que la flotte mondiale de poids-lourd puisse un jour atteindre la neutralité carbone.

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COMMENTAIRES

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    Depuis le temps qu’on en parle, de la CCS (ou CSC en français), on attend toujours, depuis de nombreuses années, la mise en construction, puis en fonction, d’un dispositif de démonstrateur industriel crédible, capable de stocker annuellement des millions de tonnes de CO2( et surtout pas en faire usage pour extraire encore plus d’ hydrocarbures dans des gisements matures) . Et on a toujours rien de sérieux. On a juste de nombreux articles qui en parlent depuis plus de 10 ans et rien d’autre. En plus, si on utilisait ce CO2 capté pour l’injecter dans des gisements pétroliers matures afin d’augmenter la pression et faire remonter davantage de pétrole à extraire, on serait dans la trahison absolue de la volonté de réduire les émissions de CO2 et cela devient une absurdité . Tant qu’on aura pas construit un gros (voir un très gros)démonstrateur pilote industriel de CCS avec injection dans un véritable aquifère salin profond , ce concept et projet technologique ne sera pas crédible . Pour l’instant ce n’est que du bavardage, ce n’est que du vent …

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