L’UE donne son feu vert à la création d’un Airbus des batteries

Avec la démocratisation progressive des voitures électriques, le marché mondial de la batterie devrait peser plus de 116 milliards de dollars par an d’ici une dizaine d’années. 

Face à ces perspectives, la France et l’Allemagne se sont lancées dans la création d’une filière européenne de fabrication de batteries afin de rattraper leur retard sur ce marché actuellement dominé par les fabricants asiatiques. Aujourd’hui, sept pays membres de l’Union Européenne sont associés dans ce partenariat industriel hautement stratégique.

Ce consortium européen de la batterie vient officiellement d’obtenir les autorisations nécessaires pour son envol. La Commission Européenne a notamment autorisé les sept États membres à mobiliser des fonds publics. Explications.

Un projet économiquement et écologiquement stratégique

L’Union européenne vient de donner son feu vert à la création d’un Airbus des batteries. Le 9 décembre dernier, la Commission européenne a en effet autorisé les Etats à consacrer 3,2 milliards d’euros d’aides publiques au développement d’une filière paneuropéenne de production de batteries pour véhicules électriques.

En raison de son caractère transfrontalier et stratégique, cette coopération industrielle a été reconnue par Bruxelles comme étant un Projet Important d’Intérêt Européen Commun (PIIEC).

Ce dispositif européen vise à autoriser les États membres à soutenir financièrement les initiatives privées en faveur de l’innovation qui présentent des risques technologiques et financiers importants susceptibles d’engendrer des défaillances ou des retards importants.

“La production de batteries en Europe revêt un intérêt stratégique pour notre économie et notre société compte tenu de son potentiel en termes de mobilité propre et d’énergie, de création d’emplois, de durabilité et de compétitivité. Nos projets importants d’intérêt européen commun donnent la possibilité aux pouvoirs publics et aux industries de plusieurs États membres de se rencontrer et d’élaborer des projets innovants ambitieux ayant des retombées positives dans l’ensemble des secteurs industriels et des régions. L’aide autorisée permettra de garantir que ce projet important ira de l’avant sans fausser indûment la concurrence”, a estimé Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la politique de concurrence.

En vertu des règles de l’Union en matière d’aides d’État, les gouvernements des sept pays à l’origine du projet ont donc été autorisés à mobiliser des fonds publics pour stimuler la réalisation de cet Airbus de la batterie.

C’est l’Allemagne et la France qui ont été autorisées à mobiliser les sommes les plus importantes : Berlin et Paris pourront investir respectivement 1,25 milliard et 960 millions d’euros dans le projet.

Viennent ensuite l’Italie (570 millions), la Pologne (240 millions), la Belgique (80 millions), la Suède (50 millions) et la Finlande (30 millions).

Favoriser la coopération des acteurs industriels européens

Ces aides publiques sont destinées à soutenir les activités de recherche, de développement et d’innovation des 17 partenaires directs du projet, parmi lesquels figurent les français PSA et Saft, l’allemand BMW ou encore le belge Umicore.

Les retombées économiques devraient bénéficier à plus de 70 partenaires externes (PME, groupes industriels, organismes de recherche…) avec qui les partenaires directs seront amenés à collaborer tout au long du projet.

L’autorisation délivrée par la Commission Européenne est un signal fort qui devrait également rassurer les capitaux européens. Bruxelles estime à ce titre que l’enveloppe budgétaire de 3,2 milliards d’euros des pays porteurs du projet devrait permettre de mobiliser 5 milliards d’euros supplémentaires auprès d’investisseurs privés.

“En privilégiant le renforcement de l’innovation dans le cadre de l’initiative European Battery Alliance, nous créons de solides partenariats industriels. Grâce aux efforts intenses menés par sept États membres, l’industrie et la Commission, le premier grand écosystème de batteries paneuropéen voit le jour et compte des projets pilotes dans tous les segments de cette chaîne de valeur stratégique. Nous avons trouvé la bonne formule pour notre politique industrielle du 21ème siècle”, s’est félicité Maroš Šefčovič, vice-président chargé de la prospective.

Élaborer des processus sûrs et innovants pour l’ensemble de la chaîne de valeur des batteries

Ces fonds seront consacrés au développement des prochaines générations de batteries Li-ion, une technologie qui disposera d’une plus longue durée de vie et de temps de recharge plus rapide que les batteries électriques actuelles. Ces futurs modèles devraient également être plus sûrs et plus respectueux de l’environnement.

Car au-delà du seul impératif de production, les acteurs industriels impliqués dans le projet devront maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur des batteries.

Il s’agira donc de dépasser les niveaux actuels d’exigence en matière d’extraction et de transformation des matières premières et de production des matériaux chimiques mais également de porter une attention particulière au recyclage et à la réaffectation des batteries usagées.

“L’innovation visera aussi en particulier à améliorer la durabilité environnementale à tous les stades de la chaîne de valeur des batteries. Le but est de réduire l’empreinte carbone et la quantité de déchets produits aux différents stades de la production ainsi que de mettre au point un démantèlement, un recyclage et un raffinage durables et respectueux de l’environnement conformément aux principes de l’économie circulaire”, précise la Commission Européenne.

L’autorisation  a suscité des réactions positives au sein du gouvernement français. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a salué une “bonne nouvelle” pour l’emploi mais également pour la “souveraineté économique et technologie de l’Europe”.

Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, l’émergence d’une filière européenne de la batterie devrait également contribuer à l’atteinte de l’objectif que s’est fixé l’UE : devenir le premier continent neutre en carbone d’ici l’horizon 2050.

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