UBU et les gaziers (Tribune)

M. Dupont possède une maison chauffée à l’électricité. Elle est correctement isolée, combles étanches et doubles vitrages.

Il a choisi des radiateurs connectés de nouvelle génération. Il a souscrit des contrats de fourniture d’électricité verte, d’origine renouvelable ! Soucieux de contribuer à la transition énergétique, il a fait réaliser un diagnostic de performance énergétique (DPE).

Surprise, sa maison est classée F, c’est-à-dire que sa performance est jugée médiocre. Comment l’améliorer ? C’est simple lui répond-on : « Passez au gaz ».

Car la même maison, chauffée au gaz, pourra sauter deux grades et être classée D !

Cette opération du Saint Esprit ne doit rien à la logique, mais tout au lobby du gaz dans sa guerre contre l’électricité.

C’est que, dit-il, le gaz arrive tout cru dans la maison tandis que l’électricité, avant qu’elle arrive au compteur, il faut la produire et la transporter. Donc il faut pénaliser M. Dupont bien que, lui, n’y soit pour rien.

Et c’est là qu’il faut se poser la question : c’est quoi la priorité de la transition énergétique ?

La loi de Madame Royal votée en 2015 fixait un bouquet d’objectifs dont j’extrais la réduction de la consommation d’énergie, dont celle des énergies fossiles, et celle des émissions de gaz à effet de serre. Regardons-y de plus près.

On ne peut qu’applaudir aux efforts de sobriété et d’efficience énergétique que l’on souhaite voir déployer par M. Dupont et ses concitoyens. Il s’agit pour eux d’économiser l’énergie qu’ils utilisent et doivent payer. C’est l’énergie finale. C’est le choix retenu dans la loi qui a fixé un objectif de réduction de 20 % en 2030 et 50 % en 2050 par rapport à 2012.

Mais, à écouter le gaz, il faut compter le coût en énergie des opérations préalables à la livraison d’énergie chez M. Dupont, qu’on appelle l’énergie primaire.

Curieusement le gaz s’exonère de toute dépense en énergie pour délivrer son gaz, mais il a beau jeu de vilipender l’électricité car le rendement des centrales nucléaires est médiocre.

L’électricité est donc affectée d’un handicap. C’est le parti retenu par la réglementation des bâtiments de 2012, la fameuse RT 2012.

Pourtant l’industrie nucléaire, émettant très peu de CO2, est une alliée du climat, elle est nationale, et il n’y a pas d’autre moyen de valoriser l’uranium.

Pourtant l’électricité est reconnue comme le vecteur de la double transition énergétique et numérique, permettant d’associer véhicules, logements et réseaux.

Tant pis on passe au gaz, qui est importé et qui émet du CO2. Bien joué le gaz !

Compter en énergie primaire, c’est augmenter les émissions de gaz à effet de serre

Il se trouve que le gouvernement propose de revoir le handicap à la baisse et d’édicter une nouvelle réglementation des bâtiments qui tienne compte des émissions de CO2. Quoi !? On ne tenait pas compte du CO2 dans la réglementation des bâtiments ? Je croyais qu’on luttait contre le dérèglement climatique. Greta au secours !

Le lobby du gaz se déchaîne donc. Pas un jour sans la dénonciation de l’électricité et la demande d’un sursis. Alors on va peut-être surseoir. Bien joué le gaz !

La loi prévoit de baisser de 30% la part du fossile en 2030, et de 75% les émissions de gaz à effet de serre en 2050. Pour l’heure les énergies fossiles représentent encore plus de 60% de la consommation d’énergie finale en France.

Le pétrole se tasse légèrement. Le gaz augmente. Quant aux émissions de gaz à effet de serre, la France a réduit les siennes de 17% environ par rapport à 1992. Pourtant, à continuer sur cette trajectoire, elle n’aura atteint que la moitié de son objectif en 2050.

Nous sommes donc loin du compte.

Il est temps de prendre des décisions. Le Royaume Uni et les Pays Bas prévoient d’interdire le gaz pour le chauffage des bâtiments neufs à partir de 2025.

Est-ce que la priorité en France est de lutter contre le dérèglement climatique, oui ou non ?

Le gaz a sa place en France, mais il doit accepter de la garder réduite. Et le lobby du gaz a devant lui une tâche immense : contribuer au remplacement des centrales à charbon dans le monde. C’est quand même plus noble que les embrouilles hexagonales.

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COMMENTAIRES

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    Cette Tribune a déjà fait l’objet d’un autre article du même auteur. Le sujet est une fois encore plus complexe.

    Il y a bien un lobby gazier mais ce dernier pourrait répondre que le gaz évolue vers l’injection d’hydrogène décarboné dans le réseau en plus de biométhane issu du power to gaz, de la gazéification, du biogaz etc et qu’il pourrait être neutre avant 2050.

    Cette fois Mr Dupont opte pour des radiateurs de nouvelle génération. On peut certes le féliciter d’avoir des radiateurs un peu plus évolués depuis la dernière Tribune de mars dernier, que des radiateurs et chauffes-eau de type “grilles-pain” très énergivores.

    Il existe aussi un lobby nucléaire et de l’électricité à qui l’ont peut reprocher de n’avoir pas fait beaucoup d’efforts pour diffuser l’efficacité énergétique ce qui nécessite à présent de faire des chèques énergie à de très nombreuses personnes.

    Les pompes à chaleur c’est déjà beaucoup mieux mais les meilleures (Cop supérieurs à 5) sont généralement japonaises et elles comportent encore souvent des gaz réfrigérants “très réchauffants climatiques” bien que l’on vienne de trouver une excellente nouvelle solution à ce problème (cristaux réfrigérants, Univ Cambridge, UK)

    Mieux que les pompes à chaleur il y a le solaire hybride qui a un coefficient de performance supérieur et qui se décline sous forme de panneaux (Dualsun) ou de tuiles (Nelskamp)

    Mr Dupont qui est intelligent et évolue rapidement tous les 3 mois comme on le voit dans les Tribunes de Brice Lalonde, décide d’opter pour du solaire hybride couplée à une pompe à chaleur pour couvrir ses besoins de chauffage et climatisation à 100%.

    Il se retrouve devant des choix encore plus pertinents :

    – coupler du solaire hybride avec une pompe à chaleur dont le fluide frigorigène circule à travers le solaire hybride et atteint des Cop de 6,6 à 10 (Mithra gamme Hélixa) bien supérieurs aux seules pompes à chaleur

    – coupler le solaire hybride à du stockage PCM (matériaux à changement de phase) comme le fait Sunamp avec l’avantage d’une durée de vie (plus de 50 ans) bien supérieure à la pompe à chaleur et sans aucun bruit ni gaz réfrigérants “très réchauffants climatiques”

    – il ne reste donc plus qu’à Mr Dupont à stocker son électricité pour se passer des coûteuses infrastructures de réseau (le 3e lobby, le réseau, environ 35% de la facture) via un volant d’inertie pour 2 centimes d’euros le kWh avec un volant en béton type Engiestro ou 3 centimes d’euros le kWh avec un volant en fibre de carbone (Levisys etc) qui ne se déchargent complètement qu’en 3 semaines. Ou bien encore opter pour des batteries Na-ion (Tiamat, Faradion, Aquion etc).

    – Mr Dupont peut aussi choisir d’échanger de l’électricité avec sa commune ou ses voisins.

    – Il aurait pu aussi choisir de se connecter (quand c’est possible) à un réseau de chaleur dont plus de 50% provient de solaire thermique (plan et CSP) avec stockage inter-saisonnier comme au Danemark au prix de seulement 20 euros le MWh (20 à 35 selon l’endroit). Ou a stockage solaire thermique inter-saisonnier local comme à Drake Landing au Canada et divers endroits en Europe du Nord avec couverture chauffage et eau chaude au minimum de 97% et le plus souvent à 100%. Ou encore à un réseau de géothermie en boucle fermée local comme le réalise Eavor Technologies avec Shell et qui fournit à 100% chauffage, eau chaude, climatisation et électricité mais çà a été refusé à sa ville car l’électricité n’est pas décentralisée en France comme le réclament Grenoble, Angers etc

    – en outre Mr Dupont a commandé une voiture électro-solaire Lightyear One de 600 à 800 km d’autonomie et qui permet d’abaisser drastiquement la quantité de batteries (moins de 100 kg) et qui a donc un bilan bien supérieur aux Tesla qui pour la même autonomie emploient quelques 500 kg de batterie. Et il roule en vélo sans batterie Ufeel à super condensateur et kilométrage illimité sans pollution ni charge réseau.

    On sait que la France est championne du monde de la thermosensibilité avec des appels de 2,4 GWh par °C de température en moins l’hiver. Cà entraîne des surcoûts (mise en route de centrales, hausse des prix de marché etc)

    On sait aussi que la France a un réseau électrique ancien coûteux à rénover et sensible aux climat, moins bien classé que les réseaux allemand et danois en tête de classement.

    Dès lors Mr Dupont est exemplaire, il n’impacte pas le réseau car il est devenu autonome, ses émissions directes sont nulles, sa voiture ne pollue pas et utilise très peu de ressources etc.

    Pourtant si Mr Dupont vend sa maison alors qu’il a investi dans les meilleures technologies du moment, elle ne sera pas classée A car le classement n’est pas fait en tenant compte de la meilleure catégorie des technologies employées.

    C’est donc bien à partir notamment de catégories de meilleures technologies employées qu’il y aurait lieu d’effectuer le classement des bâtiments et non pas uniquement une question de lobbies et d’autres.

    En outre on réalise des bâtiments “triple-zéro” (producteurs d’énergie, recycleurs de l’eau et déchets) et le secteur du bâtiment mondial a un rôle magistral à jouer notamment comme producteur d’énergie et réduction des émissions et de l’utilisation de ressources donc on comprend d’autant mieux que le classement ne se limite pas à des lobbies ou au seul aspect gaz et électricité.

    Enfin on ne tient pas compte du bilan des matériaux de construction et rénovation utilisés (cycles courts etc) et çà change également très largement d’un bâtiment exemplaire à l’autre.

    On peut détailler chaque matériau et technologie employée, c’est assez simple, et extrapolé au plan français et plus encore mondial il y a des différences gigantesques.

    Cà vaut donc la peine d’approfondir le sujet au delà des lobbies gazier, électrique et réseaux

    L’approche Advancing Net Zero Buildings ou Triple Zero apporte des solutions tenant déjà compte de plus d’aspects et cette vidéo (en anglais) en présente quelques-uns pour mieux comprendre l’énorme différence qu’il peut y avoir entre les matériaux et technologies de 2 bâtiments et çà dépasse largement le cadre de lobbies :

    https://www.youtube.com/embed/w2S7eq2xjgQ

    .

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