Les quatre étoiles d’une transition énergétique résiliente

Tribune de Sylvie Ouziel, Présidente International Envision Digital

Avec moins de 20 euros du MWH, l’énergie n’a jamais été aussi accessible dans l’Histoire de l’Humanité, permettant le développement social et économique pour tous. La technologie continue de réduire les coûts et d’étendre le champ des possibles (par exemple avec le solaire flottant maritime) permettant une production électrique mondiale presque totalement renouvelable.

Cependant, pour réussir une transition énergétique résiliente, écologique et économique, quatre étoiles doivent s’aligner.

La géopolitique

L’indépendance énergétique est un enjeu de souveraineté et de résilience aussi chaque nation doit se définir selon ses ressources naturelles (solaire, éolien, hydraulique et matériaux rares) mais aussi selon son accès à la technologie pour produire, innover, développer des compétences uniques et de la propriété intellectuelle localement.

La finance

La crise du Covid a détruit 3% du PNB mondial (trente fois plus qu’en 2009) et états accumulent des dettes records alors qu’IRENA prône plus du doublement des investissements de transition (à 700 milliards de dollars par an) pour atteindre les objectifs du Traité de Paris.

Les aides publiques sont nécessaires, notamment en phase d’amorçage, mais il faudra converger rapidement vers des modèles d’affaires intrinsèquement tenables pour les investisseurs et industriels du secteur énergétique.

Le social

Des mutations de compétences et une mobilité professionnelle d’ampleur doivent s’opérer pour passer de la production et maintenance des véhicules thermiques aux voitures électriques, du secteur pétrolier et gazier aux énergies renouvelables et aux batteries, du présentiel au virtuel.

La technologie

Les réseaux électriques sont un point de fragilité quand les énergies renouvelables intermittentes dépassent 30%, que les consommateurs et entreprises se transforment en producteurs décentralisés et que de nouvelles formes de consommation apparaissent avec les véhicules électriques.

Sans flexibilité intelligente (batteries et orchestration logicielle de l’offre et de la demande), les réseaux deviennent un goulot d’étranglement, générant délais, investissements mais aussi coûts récurrents (au-delà des 40% qu’ils représentent déjà dans la facture énergétique des ménages), sans oublier l’impact environnemental pour « enterrer plus de câbles ».

La relance verte ne peut se contenter de recettes classiques et ponctuelles mais nécessite de grands programmes systémiques pour dépasser les 30% de renouvelables dans le mix énergétique.

Ce défi commence à être relevé dans différentes parties du monde par les campus solaires sur lesquels universités, instituts de recherche et bâtiments tertiaires partagent de l’électricité solaire, des véhicules électriques et des solutions à bases de batteries orchestrées par des logiciels lissant les pics de demande et de production pour synchroniser consommation et génération.

Le prochain défi à relever, sur lequel nous avons réfléchi avec le World Economic Forum, est celui des industries énergivores.

Des initiatives émergent et nous en accompagnant certaines, combinant électrification des processus couplé à de la génération solaire et éolienne, orchestration de batteries, mesure en temps réel de la consommation électrique, permettant la compensation synchronisée par des certificats d’origine, mais aussi capture et séquestration du carbone, ou encore utilisation d’hydrogène « vert » produit par de l’électricité renouvelable, pour décarboner les processus chimiques eux-mêmes.

Des parcs industriels et tertiaires totalement décarbonés, reposent sur des investissements d’ampleurs, mais sont technologiquement à portée de main et créeront des emplois locaux et attireront les capitaux en devenant la destination de choix pour les data centers et les industries consommatrices d’hydrogène (chimie, engrais, cimenteries) qui souhaitent verdir des processus traditionnellement polluants.

Notre conviction est que la mobilisation systémique des parties prenantes autour de ce type d’ambitions peut aligner les étoiles pour créer une dynamique convergente de croissance et d’écologie au service du développement collectif durable.

 

commentaires

COMMENTAIRES

  • Sur la foi de quelle démonstration affirmez vous que
    « Les réseaux électriques sont un point de fragilité quand les énergies renouvelables intermittentes dépassent 30% » ?

    Question subsidiaire : Est-ce une limite universelle s’appliquant partout dans le monde et pour chaque pays, ou cela ne concerne t-il que l’Europe, ou même seulement la France, ou un quelconque autre pays ?

    Question de vocabulaire : pourquoi appelez vous intermittentes des énergies renouvelables alors qu’elles ne sont que de production variable en fonction des fluctuations météorologiques et saisonnières ? Vous utilisez là un langage d’anti-renouvelables. Les sources d’énergies intermittentes pas excellentes sont surtout les centrales nucléaires qui produisent soit beaucoup, soit pas du tout comme une bonne quinzaines de réacteurs en permanence à l’arrêt sur les 56 du parc nucléaire du pays.

    Répondre
  • On ne s’improvise pas  »expert en énergie »… surtout en persistant dans de vieilles habitudes dépassées, en essayant de maintenir en place un système électrique centralisé basé sur une dépendance toxique, coûteuse … le nucléaire!
    Vouloir parler d’énergie c’est déjà devoir la respecter, la comprendre, l’économiser… la maîtriser!
    S’imaginer que l’I.A. va nous sortir d’affaire c’est  »marcher à côté de ses pompes »!
    Avant tout et bien avant l’I.A. il faut apprendre l’énergie et non pas laisser ce monopole à quelques décideurs, politiciens, multinationales… juste intéressés par les profits!
    L’énergie électrique est littéralement gaspillée par tout le monde car trop bon marché (là, bonne introduction de l’article!).
    Donc si on veut commencer par le commencement et non pas par essayer de trouver des solutions de rafistolage… il serait salutaire de définir les besoins de base (avec tout le confort) en énergié électrique par individu, et par jour. Cette première quantité d’énergie devrait être  »bon marché » puis très vite monter en tarifs pour les Kwh  »non indispensables »!
    Avec une parfaite MdE, les besoins en énergie électrique (hors chauffage ou clim) sont inféreurs à 1kwh/jour /personne… mon cas depuis plus de quarante ans dans mon habitat biclimatique totalement autonome des réseaux EDF/Eau.
    Impossible de tout développer, c’est une science non pas de bricolages à la mode de la technologie actuelle, mais une discipline très vaste à comprendre qui inclue quasiment tous les savoirs actuels dans toutes les disciplines possibles, y compris la psychologie et la prise en compte des  »striatums inaccessibles » des individus!
    En forme de conclusion: nous devons déjà changer de paradigme!
    Bof, j’ai le droit de rêver car…  »A partir de maintenant ce sera comme d’habitude! ».

    Répondre
  • réponse à Guy Favand.
    « Faites de votre vie un rêve et de vos rêves une réalité »
    Il n’y aura pas de solutions sans changer de paradigme.
    Le XXème siècle fut celui du pétrole et du nucléaire, il est fort probable, malgré les incantations alarmistes des techniciens du siècle dernier, que les renouvelables et en premier lieu le solaire et l’éolien couvrent l’essentiel de nos besoins électriques.
    Changement technologique, mais aussi changement social, à l’exemple du télétravail, des visios conférences!…
    Autre exemple, celui du véhicule électrique. J’aurai envie de dire que tous les constructeurs du XXème siècle n’y croyaient pas et aujourd’hui tous sont obligés de passer à l’électrique. Il a fallu un Elon Musk pour bousculer tout ce monde « encalaminé », voyez le résultat.
    Le frein des renouvelables n’est pas technologique, il est dans l’humain, et dans l’égo de certains.
    Car il faudra beaucoup d’humilité pour que les seigneurs du nucléaire admettent ce que le bon sens ou la règle de 3 nous dit si bien.
    Alors oui, il va falloir trouver les moyens de stabiliser le réseau, de stocker de l’énergie et dans mesurer son usage, … . Pour ma part je fais largement plus confiance aujourd’hui à tous les ingénieurs, les entrepreneurs de la trempe d’Elon Musk, de Bertrand Piccard , André Borschberg.
    Versus les chercheur d’Iter qui nous laissent entendre qu’à la fin du XXIème siècle, rien ne sera réglé, versus la débacle financière qui s’abat sur les EPR, qu’un certain directeur financier avait bien vu venir, mais qui a dû démissionner …. versus les centaines de milliards déversés au Japon pour Fukushima…
    Je fais aussi confiance au bon sens de tous les citoyens du monde lorsqu’ils réaliseront que l’énergie quasi gratuite, propre est à leur porte, avec la certitude d’être livrée chaque année de façon très prévisible…
    CQFD??

    Répondre
  • Ce week-end, j’ai relu ce document avec attention et traité chacun des points tels que :
    Géopolitique, finance, sociale et technologie
    Premier constat la quasi-totalité des intervenants ont survolé ce document et ont répondu à l’emporte-pièce via leur marotte habituelle.
    Au niveau géopolitique, il est important que l’indépendance énergétique d’un pays avec ses compétences technologiques soient gardées. Passer sous silence le nucléaire (et ses études d’évolutions telle qu’ASTRID) qui vont dans le sens de l’indépendance énergétique (comme disait De Gaule), c’est vouloir délibérément ne regarder qu’une face de la pièce… Toutes ces années d’expériences font partie aussi du background de la France.
    Au niveau finance et du système bancaire
    L’enjeu des 2°C maxi pour 2050, semble déjà bien compromis, mais un économiste reconnu pense aussi que la finance est en capacité de « créer » entre 50 000 et 90 000 milliards sans problème pour sauver la planète. La masse financière mondiale se situant à plus de 2 400 000 milliards.
    Actuellement la BCE, avec la garantie publique, fait de la titrisation « verte » pour les banques en sachant que c’est très porteur et qu’il est facile de lever beaucoup d’argent à l’aide de ces obligations dites vertes (qu’on aime tant à faire croire et croître)…
    C’est ainsi que la banque européenne d’investissements apporte son « label Vert » à tout projet auquel elle souscrit et apporte contribution après l’avoir « contrôlé et validé ». Chaque année, dotés de ce précieux sésame, des milliers de milliards peuvent financer les projets « bateaux » tels que les ENRI, batteries, hydrogène entre autres.
    Les mécanismes de fabrication de la monnaie employés par la BCE sont à la limite de la légalité et les risques d’implosion du système bancaire demeurent plus que jamais. De plus, il n’est pas sûr que cette profusion d’argent soit utilisée à bon escient pour financer des techniques efficaces pour sauver la planète.… Mais ceci est une autre histoire !
    Au niveau social
    Les mutations de compétences du véhicule thermique au VE sont légères, les liaisons au sol des véhicules (direction, suspension, freinage) sont identiques et les changements de batteries et / ou moteurs E sont à la portée de n’importe quel mécano. Les personnels des secteurs thermiques (qui devront assurer le back-up des ENRI) auront encore du travail pour des décennies et ils ont un niveau qui leur permet d’aller dans d’autres domaines moins techniques tels qu’indiqués !
    Au niveau technologie Production décentralisée des batteries et « foisonnement intelligent »
    Ce qui est sûr c’est que le besoin en électricité, pour la recharge des batteries et autres ira en croissant, Ils évoquent alors le principe des vases communicants (charge pour les uns, décharge dans le réseau pour les autres). Cela ferait croire à la génération spontanée et au rendement électrique global positif !
    Ce qui est sûr, c’est que la baisse de consommation en pétrole dans le domaine des véhicules thermiques sera compensée par une surconsommation d’énergie électrique vers les VE. Ce n’est pas l’extension des ENRi (énergies intermittentes renouvelables telles que l’éolien et solaire) et les batteries de secours même poussées à l’infini qui y pourvoiront d’une manière générale et particulièrement en période hivernale anticyclonique. C’est là où les besoins en élec ainsi que les risques pour le réseau élec sont les plus importants alors que leur puissance instantanée et rendement s’effondrent !
    Concernant les besoins énergétiques des industries lourdes et les problématiques telles que l’H² et la séquestration (par compression) du CO², il y a « à boire et à manger » au niveau de la faiblesse de leurs rendements globaux réciproques.
    La première solution, il est vrai, c’est de faire des économies d’énergies dans tous les domaines (transports, digital, procès indus, agriculture, etc) et ceci de façon drastique en sachant que cela entrainera de la récession ! La deuxième solution dans un premier temps pour la France est de se servir de l’existant en l’optimisant, avant de se lancer à corps perdu dans l’inconnue ou dans la profession de foi…

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