Transition énergétique : autour et au-delà de ce que nous dit B. Cassoret (Tribune)

Billet de Gérard Petit, ancien membre de l’Inspection générale.

La lecture de la réédition (revue et augmentée..) du livre de Bertrand Cassoret, préfacée par Brice Lalonde : « Transition énergétique, ces vérités qui dérangent » (1), est un bon catalyseur, pour élargir ou pousser plus avant une réflexion autour des questions énergétiques et climatiques ; suivent ici quelques bribes d’icelles.

L’ouvrage est très documenté, passionnant et édifiant, sa couverture représente un champ solaire PV au soleil couchant, tout un symbole …

Pragmatisme nucléaire

C’est tout à leur honneur de savoir évoluer, mais il est remarquable qu’auteur et préfacier, qui ont jadis milité contre l’électronucléaire (et ont l’honnêteté de le rappeler), en arrivent aujourd’hui à trouver des vertus à cette énergie.

Certes, la crise climatique à aidé à leur redécouverte, laquelle met le plus souvent en exergue cette capacité insigne qu’a le nucléaire de fabriquer, à la demande, ce qu’il nous faut d’électricité, sans produire concomitamment du CO2.

C’est l’exacte vérité, mais elle n’est visiblement pas partagée par la majorité de l’opinion publique française, (encore moins par la jeune génération…) qui fonde une partie de sa nucléophobie sur les rejets de CO2 des réacteurs, bien conditionnée par une campagne de dénigrement, souvent outrancière et mensongère.

Mais on voit mal notre Ministre de la Transition, anti-nucléaire active (3), faire ce rectificatif, lequel (if any) serait probablement assorti de l’argument massue, qu’on ne saurait combattre un péril par un autre péril !

Sans verser dans le dithyrambe, on pourrait pourtant inverser la pyramide et l’imaginer sous la forme d’un gâteau sur lequel on aurait perché la fameuse cerise, celle de savoir produire du courant « carbon-free ».

Alors, on se rendrait compte que le gâteau n’est pas seulement riche de sa cerise mais qu’il contient aussi, l’indépendance énergétique, l’efficacité économique au bénéfice de tous, une empreinte au sol minimale, des rejets de fonctionnement très faibles et bien suivis, et une technique de conditionnement et de stockage géologique des déchets à laquelle on ne sait pas opposer d’arguments techniques sérieux…..

Réminiscences

Restera, bien sûr, le spectre de l’accident qu’il est difficile de contourner par l’argument, puisque Tchernobyl et Fukushima ont bel et bien eu lieu, et même s’il convient de considérer différemment les deux événements, dans leur étiologie et dans leurs conséquences.

Comme le rappelle, chiffres à l’appui, Bertrand Cassoret, les statistiques prouvent que, ramené au kWh électrique produit, le nucléaire est, de très loin, le plus « économe «  en vies humaines.

Mais les accidents ont marqué les esprits, de part les graves conséquences sanitaires locales et régionales pour Tchernobyl, et l’écho planétaire donné à l’accident via le trop célèbre nuage. Pour Fukushima, c’est le fait que la catastrophe ait eu lieu au cœur de la modernité, qui a été retenu, et si les conséquences sanitaires directes ne sont en rien comparables à celles de Tchernobyl, reste le fort impact économique local, qui s’est ajouté aux destructions majeures du tsunami.

Pour les deux événements leurs conséquences durables restent matérialisées par des zones d’exclusion, en reconquête au Japon, mais en déshérence en Ukraine.

Vous qui lirez ceci, laissez toute espérance…

Sans développer spécifiquement cette thèse, la riche documentation pédagogiquement présentée dit en filigrane, mais aussi par quelques émergences, que nous ne sommes guère en mesure de remporter cette lutte contre le réchauffement du climat, ni même de faire des pas significatifs dans la bonne direction, les grands déterminants de la crise étant, en projection, largement contraires.

L’accroissement de la population, le rattrapage de niveau de vie des pays qui pèsent déjà le plus lourd en terme d’émissions, le fait que (comme très bien dit) on ira, par besoin, chercher tout le fossile que contient encore notre croute terrestre,…montrent trop bien que l’inéquation mérite largement le qualificatif.

Par ailleurs, la fuite en avant vers les fausses solutions que choisissent les pays les plus riches (comprendre le développement inconsidéré des renouvelables électriques), et qui au-delà des impacts locaux ont des conséquences néfastes sur l’état de pollution de la planète (2), n’apporte, au final, aucun gain significatif en matière de réduction des émissions de CO2.

Les opinions « citoyennes et concernées » se rassurent en voyant partout s’ériger des mats éoliens et s’étendre des champs solaire, sans s’interroger plus avant sur les cardinaux, bien peu altruistes et totalement affairistes, de leurs promoteurs, grands bénéficiaire, au long cours, de soutiens publics conséquents. La pression sur l’opinion est constante puisqu’une étude RTE-AIE (4) qui affirme (conditionnellement…mais on oubliera vite des conditions), qu’un mix électrique 100% renouvelable est possible, une piste que l’ADEME (5) avait déjà frayée.

La voie qu’on ne prendra pas

C’est là que le nucléaire a tout son rôle et toute sa place et qu’on doit le développer autant qu’on le pourra et d’abord, dans les pays capables d’en maîtriser la technologie. C’est l’Afrique qui a surtout besoin du photovoltaïque et de l’éolien, pas (entre autres) notre région Grand-Est !!

Les contempteurs crient à la folie, mais se rassurent en même temps, convaincus que les réserves en uranium 235 sont limitées et que la filière s’éteindra d’elle-même, faute de carburant. Mais c’est sans compter sur le développement de technologies qui savent valoriser l’uranium 238, repoussant, hors champ de vision, le risque de pénurie.

Hélas, ce sont des stratégies de cycles et elles sont longues à mettre en œuvre, la France avait pris une avance notable en la matière, mais l’élan a été brisé net en 1997 quand Super-Phénix a été arrêté et sans support politique, la filière n’a pu survivre. Pour s’assurer qu’elle est bien morte, on vient, tout récemment, de tuer ASTRID, son dernier avatar papier.

Au passage, cette décision montre combien l’influente phalange anti-nucléaire a pénétré les sphères décisionnelles du pays, l’objectif étant de rendre impossible toute marche arrière.

En imaginant même une volonté farouche de Pouvoirs Publics, soudain convertis à la cause, il faudrait tout rebâtir ex nihilo et partir, avec 20 ans de retard, dans la compétition mondiale, augure mal d’une réussite in fine.

Conviés à la parade !

Les sommes vertigineuses déjà engloutie dans la lutte contre les causes du réchauffement vont cruellement manquer quand il faudra passer à l’inéluctable, c’est-à-dire se mettre sérieusement à se protéger contre les effets du même réchauffement, et nous sommes déjà très en retard, plutôt que de poursuivre cette quête, largement vaine, de vouloir le réduire à la source.

Certes, il faudra veiller, autant qu’on le pourra, à ne pas trop charger une barque CO2 qui gîte déjà au dessus de nos têtes, mais la priorité deviendra vite de donner, à une population en croissance, les moyens de survivre le mieux possible à la nouvelle donne, et les efforts comme les enjeux sont colossaux.

A cet égard, les actions qui visent à mieux isoler l’habitat, contre le froid, mais aussi contre le chaud, possèdent la double vertu, mais la tâche est immense et comme dit, les moyens dévoyés.

Remerciements

Même si on ne souhaite pas aller au-delà de son propos, le livre de Bertrand Cassoret est, en soi, un puits d’informations et d’analyses pertinentes et on doit vivement remercier son auteur, qui met à la disposition de chaque citoyen curieux, beaucoup d’éléments pour étayer un point de vue dans le domaine climato-énergétique, où règne souvent la désinformation , et dans lequel il pourra ainsi, mieux se situer.

 

(1) : Bertrand Cassoret « Transition énergétique, ces vérités qui dérangent » de boeck 2020.

 

(2) : Guillaume Pitron ; « La guerre des métaux rares » Les liens qui libèrent 2018

 

(3) : Commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires présidée par Madame Pompili 2018

 

(4) : RTE : Réseau de Transport de l’Electricité (THT) responsable en France de réaliser l’adéquation offre-demande, en temps réel et en perspective.

 

(5) : AIE : Agence Internationale de l’Energie (agence intergouvernementale autonome, rattachée à l’OCDE).

 

(6) ADEME : Agence de la Transition Ecologique (historiquement chargée de la maîtrise de l’énergie…).

 

 

 

 

 

 

 

 

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