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Traçabilité de l’énergie : la fin des garanties d’origine et l’arrivée de la blockchain !

Dans le contexte actuel et surtout avec la publication de l’étude Greenpeace sur les fournisseurs d’énergie « verts », le certificat « vert » est de plus en plus discuté. La question d’une alternative devient pressante !  

Appliquée au domaine de l’énergie, la blockchain permet de connaître la provenance de l’électricité et ouvre la voie à de nouveaux business model et à une nouvelle façon de consommer, ce qui rend les citoyens acteurs de la politique énergétique nationale.

Les garanties d’origine ont constitué jusqu’ici une étape essentielle à la valorisation de l’énergie renouvelable, en sensibilisant les consommateurs à la provenance de leur électricité. La technologie a aujourd’hui atteint un degré de maturité suffisant pour passer à un degré supérieur de traçabilité, grâce à la blockchain.

Les garanties d’origine, la première étape pour éclairer les consommateurs

Pour comprendre l’enjeu de la traçabilité de l’énergie, il faut envisager l’électricité comme un vaste réseau, dans lequel il n’est, pour le moment, pas encore possible de connaître l’origine et la nature de l’énergie qui alimente les prises : qu’elle vienne de France ou d’Allemagne, du vent ou de l’atome, l’électricité reste la même pour chacun d’entre nous.

Toutefois, pour favoriser l’énergie « verte », des garanties d’origine ont été instaurées depuis quelques années, en transposition d’une directive européenne de 2009*. 

Le fonctionnement de ces garanties est similaire à celui des labels biologiques : il s’agit d’apporter la preuve que l’on respecte un certain cahier des charges, certifié par le régulateur.

Dans le domaine de l’énergie, le régulateur national est Powernext ; lequel tient un registre des installations de production d’énergie renouvelable sur le territoire français, et de leur production mensuelle.

Énergie : une véritable business place

De ce registre découle un marché de transactions classique, où acheteurs et vendeurs mettent à prix des certificats émis par le registre, et liés à un portefeuille d’installations. Pour les fournisseurs d’énergie, acheter des garanties permet de se donner une image plus « green », plus écologique, y compris lorsqu’ils ne produisent pas eux-mêmes d’énergie renouvelable.

De nombreux fournisseurs se disant « 100 % verts » ne font donc techniquement que livrer à leurs clients de l’énergie déjà présente dans le réseau, mais disposent d’un certificat attestant que l’énergie qu’ils fournissent, ou l’équivalent, a été achetée à une installation d’énergie renouvelable. Parfois même à l’étranger.

Dans cette configuration, associer l’énergie à une installation dans un secteur géographique donné ou liée à un mode de production particulier (éolien, solaire) relève de l’impossible.

La garantie est diluée dans un portefeuille, rachetée par les fournisseurs d’électricité afin de verdir leur électricité. La conséquence est la création d’une  électricité verte à deux vitesses : illisibilité du message et opacité compromettent la confiance du consommateur.

Car la faiblesse du mécanisme des Garanties d’Origine tient avant tout à la décorrélation entre production instantanée et émission de certificats a posteriori ; la tolérance allant jusqu’à 5 mois.

Si le modèle des garanties d’origine a donc ses limites, il n’en représente pas moins la première étape dont avait besoin le secteur de l’énergie pour sensibiliser les consommateurs et soutenir la production d’énergies vertes, en attendant que la technologie soit suffisamment mûre pour affiner la traçabilité de l’énergie. 

La blockchain : la solution pour certifier la traçabilité de l’électricité ?

Une technologie récente et très médiatisée promet de révolutionner cette traçabilité : la blockchain.

Trop souvent réduite au bitcoin, qui n’en est qu’une application à la devise, la blockchain promet d’innombrables possibilités.

Pour rappel, c’est une technologie de stockage et de transmission de l’information en réseau : chaque transaction validée par la communauté est intégrée à la chaîne sous forme de « bloc », et donc impossible à corrompre, car partagée à tout instant par tous les membres.

Utilisée dans le secteur de l’énergie, la blockchain peut certifier la traçabilité de l’électricité dans un registre digital, en inscrivant dans la chaîne d’information toutes les caractéristiques propres à une quantité d’énergie produite.

Par exemple, à chaque fois qu’un champ éolien produit de l’énergie, celle-ci peut être inscrite sous la forme d’un smart contract — l’équivalent d’un acte notarié qui en garantit l’authenticité — en spécifiant que l’énergie a été produite le 15 septembre 2018, en Bretagne, par telle éolienne, pour être ensuite vendue avec la preuve de sa provenance.

La blockchain pourrait ainsi remplacer à terme le registre Powernext par un registre digital, dynamique, incorruptible et accessible à tous.

La synchronisation entre la production de l’électricité et la certification associée, attestée et stockée dans la chaîne partagée, réduit les risques de greenwashing, tout en offrant les possibilités de composer son propre mix énergétique conformément à ses convictions.

Devenir acteur de sa transition énergétique par l’autoconsommation

La blockchain peut également transformer le modèle de l’autoconsommation collective. Demain, n’importe quel producteur d’électricité, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un particulier — dont la maison est par exemple équipée de panneaux solaires — pourrait la vendre.

Cette transaction requiert l’existence d’une personne morale, chargée de garantir les intérêts des parties.

Ce rôle est pour le moment assumé dans les faits par le gestionnaire de réseau, mais l’usage de la blockchain permettrait de mesurer la distribution de l’énergie et de surveiller le respect des clés de répartition de manière très dynamique.

Dans cette configuration, chacun pourrait mettre à disposition le surplus d’électricité qu’il produit, sans passer par les distributeurs classiques, dans une configuration peer-to-peer***.

Chacun deviendrait ainsi acteur de la transition énergétique, en choisissant bien plus précisément l’énergie qu’il consomme. La technologie de la blockchain se présente donc comme l’évolution naturelle des garanties d’origines, en ce qu’elle permet de certifier la provenance et la nature d’une quantité d’énergie de façon plus dynamique et surtout moins binaire que l’actuel « vert ou pas vert ». 

Appliquer la blockchain à l’énergie permet de sortir de l’approche top-down** de l’énergie. Mais encore faut-il pouvoir inscrire ce nouveau modèle dans un circuit commercial, ce qui suppose la création de plateformes de blockchain.

Cette plateformisation de l’énergie marquerait aussi un pivotement du modèle des fournisseurs, vers une mise en relation des acheteurs et consommateurs. Personnalisable et flexible, ce modèle redéfinirait la façon de consommer et permettrait aux citoyens d’avoir un réel impact sur l’orientation énergétique du pays.

 ———–

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=LEGISSUM:en0009

 

** L’approche top-down, ou descendante, est un processus dans lequel la prise de décision vient uniquement du sommet de la pyramide.

*** Une transition peer-to-peer, ou de gré à gré, se fait directement entre l’acheteur et le vendeur en se passant d’intermédiaire. 

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COMMENTAIRES

  • Cela reste une utopie : les électrons ne peuvent être peints en vert !
    Et même une escroquerie : la technologie des blockchains est énergivore, et comme l’énergie électrique est majoritairement carbonée dans le monde, son utilisation génère des GES alors que dans ce cas elle herche à promouvoir des énergies dites Vertes !

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