nucléaire

Stockage géologique : immersion dans les entrailles de la Terre

L’Agence nationale des déchets radioactifs (Andra) développe depuis 1998 à Bure, dans la Meuse, un laboratoire unique de stockage géologique des déchets radioactifs produits en France. Reportage à 500 mètres sous terre.

Claustrophobe ? Le voyage au centre de la Terre à Bure n’est pas fait pour vous ! Aventuriers ? A vous la visite de Cigéo, le laboratoire industriel de stockage géologique des déchets radioactifs ! Après les consignes de sécurité nécessaires et les explications sur la conception de ce laboratoire unique, Eric Sutre, notre guide et géologue du jour, nous fournit casques, blouses, chaussures de sécurité et appareils respiratoires en cas de problème. Commence alors la descente en ascenseur dans l’un des deux puits construits en 2000. Sept minutes plus tard, nous voilà déjà dans les entrailles du laboratoire, à 500 mètres sous terre au cœur d’une épaisse couche d’argile (100 mètres d’épaisseur). L’aventure peut commencer. Les uns derrière les autres, nous arpentons la première galerie. Plusieurs ingénieurs, techniciens, et ouvriers posent des capteurs et testent les couches géologiques, et leur fiabilité. Une centaine de mètres plus loin, au fond d’un autre tunnel, nous tombons sur un brise-roche hydraulique, engin qui agit à la manière d’un marteau piqueur de grande taille. « Cet engin permet de vérifier, mètre après mètre, que les couches géologiques traversées sont bien régulières et n’ont pas été altérées par des phénomènes naturels, comme des séismes », nous explique notre guide. Et ce n’est pas par hasard si le laboratoire de l’Andra, validé par l’Etat et cofinancé par EDF, Areva et le CEA, se trouve dans cette région : aucun tremblement de terre n’a été recensé ici depuis des millions d’années. Une zone géographique idéale donc, couplée à une épaisse couche d’argile où devraient être stockées les matières radioactives que l’on extrait de nos centrales nucléaires. Nous apercevons, ici et là, l’argile marron entre les coulées de béton qui forment les tunnels.

L’argile, nécessaire au stockage

Cette couche géologique, choisie pour l’implantation de l’installation souterraine, est une couche sédimentaire argileuse âgée de 160 millions d’années. Son nom : les argilites du Callovo-Oxfordien. Épaisse de 145 mètres et située entre 400 et 600 mètres de profondeur, elle est stable depuis plus d’une centaine de millions d’années et très faiblement perméable. La question du stockage des déchets radioactifs est le fruit de plus de 25 ans de recherches, de trois lois votées respectivement en 1991, 2006 et 2016 et de deux débats publics organisés en 2005 et 2013. « L’objectif de ce projet industriel est de ne pas léguer la charge de la gestion de ces déchets à nos enfants », explique Eric Sutre en nous montrant les alvéoles qui devraient accueillir les fameux colis de déchets.

Mais de quels déchets parlons-nous ?

Avant d’être stockés dans ces galeries, les déchets ultimes de la production électronucléaire, une fois vitrifiés et noyés dans une matrice de verre, seront entreposés dans des colis en acier. « Le combustible qui sert à produire l’électricité dans les centrales nucléaires se présente sous la forme de grande barre de plusieurs mètres de haut. Après plusieurs années dans le réacteur, une fois usé, il est envoyé dans l’usine d’Areva à La Hague pour être recyclé. On y récupère l’uranium et le plutonium. Les cendres non recyclables, noyées dans le verre, vont ensuite constituer les fameux colis de déchets que Cigéo devrait recevoir, a priori, en 2030 », explique Eric Sutre. Les colis de haute activité devront d’abord refroidir une soixantaine d’années sur les sites de production de La Hague pour être ensuite descendus dans le futur centre de stockage en profondeur. Ils voyageront par train de la Manche jusqu’à Bure où une installation en surface permettra de les réceptionner et de les placer dans des surconteneurs. Une fois conditionnés, ils seront ensuite descendus à 500 mètres de profondeur par une galerie inclinée (pente de 10%) où ils seront repris par des véhicules qui les amèneront, de façon automatisée, sous une hotte de radio protection, jusqu’aux alvéoles de stockage, tunnels horizontaux de 70 cm de diamètre, longs pour la plupart de 40 mètres. Les colis, installés, un par un, devront y être stockés définitivement. En attendant, la visite se termine pour nous dans un endroit qui ressemble plus à un complexe minier qu’à un véritable labo. L’ascenseur revient à la surface de la terre. Le temps semble s’être arrêté.

10 000 m3 de déchets

Deux centres de stockage permettent déjà de gérer 90% du volume des déchets produits chaque année. Mais les 10% restants ne peuvent pas, pour des raisons de sûreté, être stockés dans les centres existants en surface. Soit pas moins de 10 000 m3 de déchets de haute activité (HA) et 70 000 m3 de déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) si les réacteurs actuels fonctionnent jusqu’à 50 ans. Ces déchets HA et MA-VL seront stockés au futur centre industriel de stockage réversible profond de déchets radioactifs Cigéo, sous réserve de la validation finale du projet. 30% de ces déchets HA et 60% des déchets de MA-VL sont déjà produits et entreposés à l’usine de retraitement de La Hague et à Marcoule.

 

 

 

 

 

 

 

 

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