Stockage au service des EnR : RTE tente de réduire l’emprise du réseau (Tribune)

Stockage au service des EnR : RTE tente de réduire l’emprise du réseau (Tribune)

Le Président de RTE, Xavier Piechaczyk, vient de s’engager à trouver des solutions pour tenter d’écrêter les aléas de production d’électricité de plus en plus préoccupants avec l’augmentation des capacités de production renouvelable mais aléatoire (EnR intermittentes ou EnRi, éoliennes et panneaux photovoltaïques) au détriment des moyens de production conventionnels pilotables (nucléaire et hydraulique, gaz et charbon).

Anticipant, l’arrêt du charbon, la réduction volontariste du nucléaire et malgré la bienveillance obligée pour le gaz, il doit trouver de nouveaux moyens d’optimiser les flux d’électricité perturbés par les flux des productions erratiques des EnRi et de quantifier les milliards d’investissements à consentir pour ce changement de mix.

Sachant que les réseaux devront maintenant faire face à des surcharges, au gré du vent et du soleil, il s’agit selon lui de trouver une solution à un système jusque-là économe de moyens de transport. « L’autoroute du Sud n’est pas dimensionnée pour le trafic du 15 août. C’est pareil pour le réseau électrique, on ne peut pas tout dimensionner pour la pointe de production », résume-t-il.

RTE va donc mener une expérience originale : « Nous allons tester de façon synchronisée et à grande échelle la gestion automatisée du stockage des surplus de production d’électricité renouvelable ici et sur deux autres sites situés dans les Haute-Alpes et dans le Limousin ». Le responsable de la gestion des réseaux ajoute qu’il s’agit de « Faire la démonstration qu’on peut accueillir de nouveaux sites d’énergies renouvelables sur le réseau tout en limitant la construction de nouvelles infrastructures (lignes, pylônes) ».

Flexibilité et fiabilité

Stocker des surplus de production d’électricité EnR erratique pour la déstocker à « grande échelle » et à bon escient est une nécessité pour garantir « juste à temps » et de façon continue la fourniture électrique, en qualité et quantité ; pour réduire les surinvestissements (quelques dizaines de milliards d’euros) en renforcement de réseaux électriques nécessaires pour accueillir des dizaines de milliers de points de raccordement et pour autoriser les transits des surplus de production occasionnels des EnRi soumises aux aléas météorologiques vers les régions moins bien pourvus.

L’absence de flexibilité et de fiabilité de réponse de ces nouveaux moyens de production en relation avec la variabilité des besoins implique par ailleurs l’augmentation des capacités d’échanges inter-frontaliers afin de grappiller les occasionnels écarts de confort entre pays voisins.

Tous ces aménagements s’ajoutent aux motifs de refus croissants des éoliennes pour des raisons environnementales (nuisances sonores et écosystémiques, prédations de sols, gestion de déchets…) et patrimoniales diverses (esthétique et valeurs immobilières…). Il est donc mensonger d’affirmer que les coûts de production des éoliennes et des panneaux photovoltaïques (EnRii) seraient devenus plus compétitifs que ceux du nucléaire. On en est encore loin et pour longtemps.

Coûts de production

Rappelons que le coût de production du nucléaire ne dépasse pas 8 à 10 €/kWh si l’on ne considère que du coût de fonctionnement (coût marginal), qu’il atteint 33 €/kWh en considérant les coûts de maintenance y compris de rénovation ainsi que le provisionnement des charges de démantèlement des installations désaffectées et de celles de traitement des déchets.

Ce coût atteint 45 €/kWh si l’on veut reconstituer les marges de financières nécessaires à la prolongation et au renouvellement du parc nucléaire historique. Par comparaison, le coût de production des dernières EnRii mises en service est de l’ordre de 60 et 90 €/kWh respectivement pour le photovoltaïque et l’éolien.

Mais ces coûts ne rendent pas compte des externalités négatives que leur pénétration dans le mix électrique exige, car leur multiplication désoptimise le système électrique.

Au-delà du renforcement des réseaux et du développement de moyens de stockage-déstockage palliatifs pour tenter d’écrêter les pointes et creux de production ainsi que pour limiter les risques de black-out qui s’accroissent, les fournisseurs d’électricité sont aussi conduits à multiplier les contrats d’effacement de consommation dont les coûts peuvent atteindre quelques milliers d’euros/kWh (!!).

Un pari audacieux

Tester de façon synchronisée et à grande échelle la gestion automatisée du stockage et déstockage compensatoire des alternances de surplus et de creux de production d’électricité renouvelable est donc utile et même indispensable, mais les échelles considérées font qu’on est encore très loin des besoins à couvrir dans l’hypothèse fumeuse de «Tout EnR».

Justifier ces solutions par une condition de limitation des besoins en nouveaux pylônes et de lignes électriques est un euphémisme. C’est en réalité une des mesures imposées pour crédibiliser la croissance des énergies renouvelables en France et pour justifier la LTECV, la PPE et le «Tout EnR» en 2050.

Considérant l’impasse dans laquelle sont englués nos voisins allemands, c’est un pari technique audacieux ; une véritable anomalie pour les antinucléaires habituellement défiants vis à vis des promesses de progrès technique qui ont promus ces lois et ces programmes irréalistes.

La comparaison des réseaux avec des autoroutes est proche de la réalité. Mais il ne s’agit pas seulement des niveaux de consommation (du simple au triple entre les we estivaux et les soirées d’hiver très froids) car les EnRi introduisent une variabilité jamais connue jusque-là : de 0 à 70 % du productible, chaque 24 heures pour le solaire, occasionnellement en 24 heures et de façon saisonnière pour l’éolien.

Un futur incertain ?

A noter que la France dispose déjà de 5000 MW de stations hydrauliques de transfert d’énergie par pompage et turbinage (STEP) capables de stocker ou déstocker en 24 heures 0,5 TWh au mieux (soit 25 à 50% de la consommation d’électricité journalière en France), avec un rendement de 75%.

Ce qui est très insuffisant pour satisfaire les besoins pluri-journaliers et moins encore les besoins saisonniers et que par ailleurs, les sites de développement résiduels sont insignifiants.

Quant aux batteries électrochimiques à rendement élevé (90%) et dont nous sommes familiers, mais dont les besoins massifs sont incompatibles avec les besoins requis, c’est effectivement un autre moyen parmi d’autres encore très peu industrialisés, telle la fabrication d’H2… mais, comme les autres moyens, c’est très cher en « terres rares » (non rares au sens de leur géolocalisation mais au sens de leur très faible teneur dans la croûte terrestre, donc difficiles à extraire et raffiner et aux conséquences écologiques importantes ou métaux précieux) et de très faible rendement (25-30 %).

En attendant les promesses d’un futur incertain, lors des pics de production éolienne ou solaire, RTE demande aux producteurs CONVENTIONNELS (hydraulique, nucléaire, gaz et charbon) de réduire, dans les limites des besoins d’une marge indispensable de régulation de la fréquence et de la tension, voire pour certains d’arrêter leurs machines mais en se tenant prêt à reprendre leur activité pour pallier le passage quotidien à zéro de la production solaire et l’éventuelle réduction à quelque pour cents de production en moins de 24 heures pour les éoliennes.

Comme déjà évoqué, compte tenu de la réduction attendue de la flexibilité des moyens de production électrique, dans le respect de la PPE, l’asservissement de la consommation à la production s’impose. Le déploiement des compteurs numériques Linky (6 mds €) qui seront un des maillons indispensables pour anticiper cette évolution. Un progrès bien sûr de la part des écolos politiques qui confondent sobriété heureuse et gestion de pénurie !

Autre point très important non évoqué, la stabilité des systèmes électriques repose sur l’inertie électromécanique des gros turboalternateurs conventionnels. Avec un mix « tout EnR », il faudra disposer de moyens additifs du type groupe synchrones synchronisés (les anciens turboalternateurs « couplés au réseau sans fluide moteur) ou de moyens électroniques encore à l’étude.

Le « en même temps »

Comme le dit le nouveau président de RTE, le modèle économique est incertain ! Peu importe, la boussole de tous ces gens c’est « abattre le nucléaire », coûte que coûte pour le pays et pour le climat.

Si les investisseurs privés sont à l’affût sur tous ces projets, c’est que les aides d’Etat de tous types sont considérables (7 mds d’euros/ an sont consacrés à subventionner les EnR à la mode ; 25 mds/an en Allemagne).

Le dirigeant de RTE reconnaît que  » les centrales nucléaires d’EDF assurent une électricité abondante aux prix assez stables« . Il aurait pu ajouter : une énergie économique, fiable et adaptable aux fluctuations de nos consommations et indifférentes aux aléas de la météo.

Sachant que 80 % de l’énergie consommée dans le monde provient encore des hydrocarbures, les pays développés, l’Europe et singulièrement la France, doivent garder et développer le nucléaire et « en même temps » aider les pays en voie de développement à multiplier les EnRi en attendant la mise au point des SMR (small modular reactor) qui sont au moins aussi fiables que les réacteurs de 3ème génération (EPR par exemple), dont les puissances modulaires peuvent s’adapter aux réseaux de tailles faible ou moyenne et dont la construction, la préparation et le retraitement des « combustibles » se feraient en usine.