Donner un second souffle à l’éolien, une question de volonté

Donner un second souffle à l’éolien, une question de volonté

Tribune de Can Nalbantoglu, président de BayWa r.e. France

L’État peut, sans investissement financier supplémentaire, stimuler le développement de l’éolien. Les énergéticiens disposent des outils pour le rendre plus inclusif et en améliorer l’acceptabilité locale.

En retard sur le déploiement des énergies renouvelables, la France a besoin de 6 GW de capacité éolienne supplémentaire d’ici 2023 pour atteindre ses objectifs. Différents leviers peuvent être actionnés pour débloquer à court terme ces volumes de projets.

Lever les freins institutionnels

Réformer les servitudes aériennes de l’aviation civile et militaire, en s’inspirant des pays voisins, débloquerait un potentiel de développement considérable. Relever de quelques dizaines de mètres seulement les plafonds du réseau de vol très basse altitude (RTBA) de l’armée de l’air libérerait un potentiel de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Il serait possible d’installer des éoliennes de nouvelle génération, bien plus productives, permettant d’atteindre les objectifs avec moins de turbines.

Réduire les délais de raccordement des parcs éoliens, qui atteignent parfois sept ans, est possible par de simples modifications réglementaires. La mutualisation des raccordements entre parcs éoliens et solaires, à l’instar de ce que font nos voisins allemands, libérerait de la capacité sur le réseau. Elle réduirait les délais des projets en file d’attente, mais aussi les investissements sur les infrastructures.

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Renforcer les moyens humains au sein des administrations

Quelques dizaines de fonctionnaires au sein des services instructeurs du Ministère de la Transition écologique accéléreraient les instructions de projets, en moyenne deux fois plus longues que le délai promis. L’initiative serait positive pour les finances publiques, du fait de la fiscalité à laquelle sont soumises les éoliennes.

Allouer plus de moyens à la Justice atténuerait l’obstruction systématique menée par des associations d’opposants structurées au niveau national. Dans un contexte d’accroissement des projets, la situation est intenable pour les magistrats en sous-effectifs. Une centaine de greffiers et magistrats supplémentaires désengorgeraient les tribunaux administratifs.

Permettre au vent de bénéficier à tous

L’acceptabilité est meilleure quand les projets renouvelables sont participatifs et que les riverains se les approprient. La Banque des Territoires, en partenariat avec de nombreux acteurs de la filière éolienne, a notamment démontré sa capacité à aider collectivités et habitants à accéder à la gouvernance des projets renouvelables, et à bénéficier des retombées financières en y plaçant leur épargne.

Alimenter les riverains avec l’électricité verte et bon marché générée par les installations locales est techniquement possible. Les parcs éoliens peuvent également accompagner la rénovation des habitants riverains pour réduire la précarité énergétique, tout en faisant travailler des artisans locaux.

La création d’emplois est déjà une réalité. La filière éolienne est forte de 22 000 emplois, soit 2,75 par éolienne. En mer, l’éolien a démontré sa capacité à créer un outil industriel exportateur. Les usines au Havre, à Saint-Nazaire et Cherbourg pèsent 30% de la capacité de production européenne. L’éolien flottant s’annonce prometteur : la France y fait cette fois la course en tête, avec le premier appel d’offres commercial au monde au sud de la Bretagne et de nombreuses entreprises mobilisées.

Une énergie qui a tenu ses promesses

Devant le gaz, l’éolien est la troisième source de production d’électricité, derrière le nucléaire et l’hydroélectricité. 8 000 éoliennes fournissent aujourd’hui 8 % de notre consommation d’électricité. En 2030, le parc éolien doit fournir 25 % de notre production sans que le nombre d’éoliennes n’ait besoin de tripler tant leur évolution technologique est forte.

Toujours plus performant, l’éolien est une énergie variable, mais au profil de production en constant progrès. Le facteur de charge moyen du parc français, actuellement de 26 %, progresse avec l’arrivée des nouvelles turbines qui peuvent atteindre 40 %.

L’hiver, lorsque notre consommation est plus élevée, l’éolien produit aussi davantage. Une seule éolienne de 3 MW produit 15 fois l’équivalent des 9 éoliennes de 300 kW du parc de Dunkerque, installées il y a 25 ans.

Compétitif, son coût ne cesse de diminuer, au contraire de celui des marchés de l’électricité. En 5 ans, le prix de l’électricité éolienne est passé de 85 € par MWh à 60 € pour l’éolien terrestre. L’électricité produite par le futur parc éolien en mer de Dunkerque ne coûtera que 44 € par MWh.

L’éolien a supplanté les fossiles en France. Dans un contexte d’électrification des usages, le gestionnaire de Réseau de transport d’électricité RTE, comme l’Ademe, ont démontré son caractère indispensable. Il serait temps de donner un second souffle à une énergie qui a su s’intégrer dans le paysage énergétique.