Mobilisation générale pour rendre possible la transition énergétique en France

Mobilisation générale pour rendre possible la transition énergétique en France

Tribune signée Martin Dubourg, directeur infrastructure Aquind France

Le rapport de RTE « futurs énergétiques 2050 » était attendu par la communauté de l’énergie avec impatience. Et il ne l’a pas déçue !

Ce travail intervient à un moment décisif du débat sur l’énergie et le climat, à la veille de l’élection présidentielle, et donne de la hauteur face aux guerres de position entre partisans d’énergies bas-carbone : la transformation profonde doit venir de la sortie de la dépendance aux énergies fossiles, qui représente à ce jour une part strictement insoutenable de l’énergie primaire en France.

En fonction des efforts de sobriété, de relocalisation industrielle, de capacité technique de déploiement des énergies renouvelables et nucléaires et de la volonté politique de mix électrique, RTE propose différents scénarii.

La transformation nécessaire doit être menée à bien en seulement 30 ans, autant dire dans un délai très court et nécessitant une mobilisation inégalée dans l’histoire de l’ère moderne.

Si différentes options sont sur la table, l’augmentation de la part de l’électricité dans la consommation d’énergie est reconnue comme centrale par RTE, et la production électrique à base d’énergies renouvelables comme incontournable.

Clarifier

Il reviendra ensuite au politique, sans doute une fois que l’élection présidentielle aura pu clarifier le souhait des Français, de trancher : plus ou moins de nucléaire, quel rythme d’évolution de la consommation, quel développement de l’industrie, quel rôle pour l’hydrogène, etc. et de l’inscrire dans la nouvelle PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie).

Quel que soit les scénarii, RTE souligne le rôle indispensable des interconnexions électriques transfrontalières comme vecteur de flexibilité et de sécurisation dans un monde où la part de la production renouvelable intermittente augmente.

Quels que soient les scénarii, les objectifs à l’horizon 2050 impliquent une accélération inédite du développement de ces interconnexions : en effet, RTE estime que 39 GW d’interconnexion à l’horizon 2050 serait un « bon compromis » entre les enjeux économiques, politiques et techniques par rapport à 13 GW aujourd’hui, soit la mise en service de 1 GW d’interconnexion, chaque année pendant 26 ans !

Les interconnexions, outil technique et diplomatique

Quels que soient les scénarii, l’avantage des interconnexions par rapport à d’autres options (stockage, hydrogène…) réside dans le fait qu’elles sont techniquement fiables, économiquement viables et immédiatement opérationnelles, sans aucun besoin de rupture technologique.

Ainsi, les interconnexions sont à la fois un outil technique pour connecter et sécuriser les réseaux nationaux, mais aussi un outil diplomatique et un lien entre pays et peuples pour renforcer leur solidarité et la réalité de leur entraide au quotidien.

De plus, alors que les guerres de position sur le nucléaire et les énergies renouvelables sont abondamment couvertes par la presse et interrogées par les élus, le chaînon de la transition énergétique que sont les interconnexions peut apparaitre comme un enjeu périphérique, par manque de visibilité.

Si ces constats peuvent être un marqueur de sujet non clivant et faire donc consensus, il est important que nos élus, décideurs et les médias et intègrent le développement des interconnexions dans la mobilisation générale pour la transition énergétique, afin de permettre de prendre les décisions nécessaires et éviter de perdre le précieux temps qu’il nous reste.