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Privatiser les barrages hydroélectriques : la fausse bonne idée du gouvernement Philippe ?

Si l’attention médiatique s’est principalement concentrée sur la privatisation d’Aéroports de Paris, un autre projet de concession dicté par la Commission Européenne fait également débat en France ces derniers jours : l’ouverture à la concurrence des barrages hydroélectriques français.

L’hydroélectricité présente des avantages écologiques et économiques importants : première source d’électricité renouvelable de France, elle permet d’avoir accès à une énergie propre et bon marché, produite localement.

À ce titre, la privatisation des barrages hydroélectriques apparait aux yeux de nombreuses personnalités politiques comme une erreur stratégique, allant à l’encontre de l’intérêt général. Explications.

Une électricité propre et facilement mobilisable

L’énergie hydraulique est une ressource qui permet d’exploiter la force de l’eau sous toutes ses formes (chutes et cours d’eau mais également courants marins, force des vagues…).

En France, il s’agit d’une ressource principalement utilisée pour la production d’électricité : le parc hydroélectrique français permet de générer une électricité totalement renouvelable grâce à l’énergie gravitaire des lacs (de l’eau stockée grâce à un barrage).

Les centrales hydroélectriques françaises affichent une puissance cumulée totale de plus de 25 GW.

Une puissance qui permet annuellement de produire près de 70 TWh d’électricité sans émission de gaz à effet de serre.

L’hydroélectricité est à ce titre la première source d’électricité renouvelable de France et la deuxième source de production électrique après l’énergie nucléaire.

De plus, l’énergie hydraulique présente l’avantage d’être facilement mobilisable. En quelques minutes, un exploitant peut relâcher l’eau contenue dans un barrage et ainsi produire de l’électricité propre et faire face à un pic de consommation.

Il s’agit d’un avantage qui permet d’assurer l’équilibre d’un réseau électrique plus facilement qu’avec les énergies renouvelables intermittentes et plus “proprement” qu’avec une centrale thermique.

Une électricité peu chère

L’hydroélectricité ne présente pas que des avantages énergétiques et écologiques. Ressource énergétique locale, elle permet à la France de renforcer son indépendance énergétique tout en ayant un impact largement positif sur l’économie : l’hydroélectricité permet aux Français d’avoir accès à une électricité locale et bon marché, qui favorise le développement économique des zones rurales et montagneuses.

Selon l’Ademe, les investissements nécessaires au développement d’un ouvrage hydroélectrique sont amortis en 30 ans. Une fois cette période passée, l’hydroélectricité est peu chère à produire : selon un rapport parlementaire de 2013, elle coûte entre 20 et 30 euros le MWh (moins que l’éolien et le gaz).

Filière industrielle d’excellence, qui permet à la France de rayonner mondialement, l’hydroélectricité est donc un des piliers de notre système électrique et un avantage indéniable pour notre transition énergétique.

Face à la pression de Bruxelles, le gouvernement d’Édouard Philippe cède

En France, 85% des centrales hydroélectriques sont exploitées par EDF, les 15% restants étant exploités par Engie et la Compagnie Nationale du Rhône.

Cette situation ne convient pas à la Commission Européenne. Voilà plus de 10 ans que cette dernière souhaite, au nom du principe de “concurrence libre et non faussée”, remettre en cause ce qu’elle considère comme un monopole public.

En octobre 2015, la France est mise en demeure par la Commission Européenne.

La position de Bruxelles est claire : le gouvernement d’Edouard Philippe doit ouvrir le marché de l’hydroélectricité à la concurrence sous peine de lourdes sanctions économiques. Deux ans plus tard, face à une situation restée inchangée, la mise en demeure est réitérée. Face à la pression, Matignon annonce son intention de donner satisfaction à la Commission.

Emmanuel Macron annonce en effet en février 2018 sa volonté d’ouvrir les concessions hydroélectriques françaises à la concurrence : au nom de cette mise en concurrence, 150 installations hydroélectriques d’EDF pourraient être vendues à des acteurs du secteur privé d’ici les trois prochaines années.

Pour beaucoup de personnalités politiques, privatiser c’est mettre en danger

En répondant favorablement à la demande de l’Europe, le chef de l’Etat accepte donc d’ouvrir une filière stratégique aux intérêts privés.

Lier l’indépendance énergétique de la France et la flexibilité de notre mix électrique à des impératifs de rentabilité est une situation qui est loin de ravir la classe politique française.

Une centaine de députés ont présenté une proposition de résolution afin de demander au gouvernement de s’opposer aux injonctions de la Commission Européenne.

“Les lobbys sont à la manœuvre pour faire main basse sur la rente hydraulique car c’est l’électricité la plus rentable et la moins chère de France”, estime Delphine Batho, députée écologiste non-inscrite.

“Le gouvernement doit protéger l’hydroélectricité et la mettre à l’abri des appétits marchands, c’est une question de souveraineté énergétique. Le gouvernement doit se saisir de sujet, c’est une affaire de volonté politique nationale. Les autorités allemandes ont décidé de considérer la gestion de l’eau comme un service d’intérêt général, obéissant à des règles spécifiques”, affirme Marie-Noëlle Battistel, députée de l’Isère.

Beaucoup espèrent que les pouvoirs publics comprendront que la mise en concurrence des barrages hydroélectriques risque de rendre moins efficace notre système électrique et compliquer l’atteinte des objectifs de notre transition énergétique.

commentaires

COMMENTAIRES

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    Songe-t-on à privatiser les sites de bombes nucléaires ? C’est inconcevable !
    Idem pour les barrages hydroélectriques: c’est un bien national stratégique, inaliénable !!!

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    L’hydroélectricité ” permet d’assurer l’équilibre d’un réseau électrique plus facilement qu’avec les énergies renouvelables intermittentes” dit le texte. Litote !!
    Les énergies intermittentes (éolien et solaire) sont la principale source de déséquilibre de ce réseau, vu que leur production, aléatoire, ne peut aucunement correspondre aux besoins de la consommation. Au point qu’au delà de 30 % d’énergies intermittentes dans un mix, le réseau est proche du “blackout” (effondrement total).
    En revanche, la capacité des barrages hydroélectriques à moduler leur puissance, est un atout précieux pour assurer l’équilibre du réseau à chaque instant. Comme cet équilibre est vital (un blackout pourrait conduire à des victimes – notamment celles qui vivent chez eux avec un poumon ou un rein artificiel), on doit conserver ces barrages dans le giron du service public. Un opérateur privé utiliserait leur production exclusivement en maximisant les gains financiers, et pourrait négliger la fonction essentielle de régulation de ces barrages.

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    Bruxelles est un nid de technocrates nourris au dogme de la concurrence. Cependant, de nombreux pays européens ne sont pas soumis à la même demande, car leur parc hydraulique est sous contrôle de L’État. Ce n’est plus le cas d’EDF depuis 2004 où cette entreprise est passé du statut d’Établissement Public à celui de SA.
    Il suffit donc à nos députés de voter une loi qui renationalise l’hydraulique.
    Comme la réflexion est en cours pour renationaliser le nucléaire, autant faire les deux en même temps.
    Cela permettra de tirer un bras d’honneur à nos chers technocrates de Bruxelles. Il n’est pas acceptable de céder des intérêts stratégiques à des idéologues, et le moyen législatif est le plus sûr des moyens pour leur clore le bec.

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    Ne pas oublier que les barrages contribuent à la régularisation du régime des eaux = écrêtent les crues, donc participent à la lutte contre les inondations. De plus, ils constituent des réserves qui sont utilisées non seulement pour produire de l’électricité mais aussi de l’eau potable et de l’eau d’irrigation, indispensable à des régions entières comme PACA qui sans Serre-Ponçons ou Ste-Croix serait un quasi-désert. Les barrages permettent également le soutien des étiages, c’est à dire le maintien d’un débit minimum dans des fleuves tels que le Rhône, débit minimum indispensable à la vie aquatique et au refroidissement des centrales nucléaires ! En ces temps de réchauffement climatique, où les glaciers, autres grandes réserves, disparaissent à vue d’œil, les barrages sont donc d’intérêt non pas économique mais vital. Ils ont été conquis avec force combat, dans l’intérêt général, en déplaçant des paysans, des villages entiers (Tignes, Savines…). Ce sont des biens publics construits dans les années 50 pour le bien commun. Depuis, ils sont gérés sans faute. Ils appartiennent à la Nation. Ils doivent rester sous son contrôle total que ce soit au plan économique, sécuritaire ou environnemental. Pas question de les abandonner au Privé.

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      Merci de votre analyse ,très complète.En effet on ne prend en compte que la production électrique .mais les barrages ont une utilité complémentaire très importante ,l’irrigation: vallée de la Durance ,réserve d’eau potable ,alimentation des Canadairs en cas de besoin ……

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    Cette obligation de mise en concurrence et de saucissonnage est effectivement surréaliste: l’optimum de Pareto etc est parfait pour la microéconomie mais ici…
    Comme le fait notamment remarquer Périnet, les barrages remplissent plusieurs fonctions, soutien d’étiage, prévention des crues etc…: comme en plus les “règlements d’eau” sont souvent largement obsolètes, la fixation du cahier des charges pour une mise en concurrence a toutes chances de se traduire par des surenchères et des blocages… donc à une augmentation des prix de revient !!! Alors, si la renationalisation est possible fût-ce en tordant le bras de la Commission, ce pourrait être une sortie raisonnable … Après tout, VATTENFALL n’est-il pas 100% Etat suédois?

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