Des premiers vols commerciaux d’avions à hydrogène « dès 2026 » ?

Des premiers vols commerciaux d’avions à hydrogène « dès 2026 » ?

Dans un entretien au Monde de l’Energie, Adrien Chabot, directeur de l’innovation pour la compagnie aérienne Amelia et responsable du projet « Amelia Green », évoque les voies pour décarboner le transport aérien, en particulier avec l’hydrogène.

Le Monde de l’Énergie —Quels sont les technologies envisagées aujourd’hui pour décarboner le transport aérien ?

Adrien Chabot —Les principales technologies envisagées pour décarboner le transport aérien reposent notamment sur l’utilisation de nouveaux carburants : carburants aéronautiques durables (en particulier les biocarburants), hydrogène ou encore électricité, même si la puissance délivrée par cette dernière la limite aux avions de petits gabarits.

L’amélioration de l’efficacité des avions et des moteurs ainsi que l’optimisation des opérations et de la gestion du trafic aérien sont autant d’opportunités qui viennent compléter le tableau.

Le Monde de l’Énergie —L’hydrogène est régulièrement évoqué comme un vecteur énergétique prometteur en la matière. Où en sont les expérimentations en la matière ?

L’utilisation de l’hydrogène – s’il est produit à partir d’énergie renouvelable – permet de supprimer les émissions de CO2. Il est déjà utilisé dans de nombreux domaines comme le secteur de l’industrie ou du transport automobile par exemple. Depuis quelques mois, il fait ses premiers pas dans le secteur aérien avec notamment les premiers essais en vol, dont celui de la firme américaine Universal Hydrogen le 2 mars 2023.

Ce jour-là, en effet, Universal Hydrogen a fait voler un avion de ligne régional de 40 passagers utilisant une propulsion par pile à hydrogène. L’avion, baptisé Lightning McClean, a décollé de l’aéroport international de Grant County et a volé pendant 15 minutes.

Le vol était le premier d’une campagne d’essais en vol de deux ans qui devrait culminer en 2025 avec l’entrée en service d’avions régionaux ATR 72 convertis pour fonctionner à l’hydrogène, et qui devraient être opérés, en Europe, par Amelia. Des représentants de la compagnie étaient d’ailleurs présents pour assister à ce vol historique.

Le Monde de l’Énergie —Quels sont les principaux freins au développement d’un avion à hydrogène ?

La gravité a toujours été l’ennemi n°1 du transport aérien. Aussi le développement d’un avion à hydrogène nécessite l’introduction de nombreuses technologies afin de compacifier les systèmes et d’alléger l’avion, impliquant par exemple l’utilisation d’hydrogène liquide. Les aéronefs sont certifiés par les autorités compétentes selon une réglementation très stricte qui doit encore évoluer pour prendre en compte les spécificités de ces nouveaux avions à venir.

Le Monde de l’Énergie —Quels soutiens publics reçoivent ces différentes expérimentations ?

Plusieurs initiatives nationales ou européennes proposent des aides dans le cadre de la recherche et du développement des différentes technologies ainsi que du développement des infrastructures qui permettront d’accueillir ces nouveaux appareils. A ce jour, aucun soutien n’est en revanche orienté vers les opérateurs qui veulent franchir le pas.

Le Monde de l’Énergie —Quand envisagez-vous un déploiement commercial de l’hydrogène dans l’aviation ?

Amelia devrait opérer commercialement ses premiers avions à hydrogène à partir de 2026 avec le concours de la solution d’Universal Hydrogen. Cette solution implique la modification d’un avion existant et non le développement d’un avion à partir de la feuille blanche, qui pourrait de son coté voir le jour à partir de 2035.

Adrien Chabot

Après une expérience inoubliable au sein de l’AAE et mon diplôme d’ingénieur ISAE-ENSMA en poche, j’entre chez Safran Aircraft Engines. J’y occupe successivement des fonctions dans les directions techniques, commerciales et enfin stratégiques. Au fil des années, j’ai pu voir comment le volet environnemental est devenu une composante incontournable dans la stratégie de développement du secteur aérien. Après avoir contribué au lancement et à la mise en place de plusieurs grandes initiatives au sein de ce grand groupe industriel, j’ai donc décidé de mettre à profit mes compétences et mon expérience au service des compagnies aériennes, et j'ai intégré le groupe Amelia, agile par la diversité de ses métiers et innovant par sa capacité d’anticipation avec le lancement d’Amelia Green par exemple.