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PPE : ne pas se tromper de débat !

Michel Simon, Philippe Charlez, Jean-Pierre Riou pour le Collectif Science-Technologies-Actions

Le débat public préalable à la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) se tient jusqu’au mois de juin 2018. Cette PPE est un élément déterminant pour la politique énergétique française, dont les effets se feront sentir pendant plusieurs décennies.

Il importe donc que ce débat puisse se tenir de façon sereine, raisonnée et constructive, accordant aux arguments techniques et scientifiques toute la place qu’ils méritent.

Une politique énergétique à long terme doit se construire sur une base rationnelle et non sur des objectifs passionnels, irréalistes ou contradictoires.

Selon les premières déclarations des Autorités, aucun sujet ne sera tabou dans ce débat, et c’est tant mieux.

Malgré tout, on peut craindre que le débat se focalise essentiellement sur la place du nucléaire dans le mix électrique.

Pourtant le problème n’est pas là : Il s’agit de débattre de l’ensemble du mix énergétique et pas seulement du mix électrique.

Tous les sujets liés à la consommation d’énergie –transports, industrie, habitat, pétrochimie – doivent y avoir leur place.

Même si on qualifie souvent la France de “tout nucléaire”, près de la moitié de son approvisionnement énergétique repose sur des combustibles fossiles importés (pétrole pour les transports et gaz pour l’habitat et l’industrie).

Etre clairs sur les objectifs à atteindre avant de débattre des outils disponibles

Le Collectif Science-Technologies-Actions entend apporter dans ce débat une vision pragmatique et rationnelle de la politique énergétique de la Nation. Cette politique doit viser des objectifs clairement établis et bien compris.

Pour aller à l’essentiel, 3 objectifs sont à retenir.

Tout d’abord, puisque l’engagement du Président de la République est de placer la problématique climatique au premier plan, un effort important reste à faire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre qui, grâce au nucléaire, sont déjà parmi les plus faibles de la planète  ; puis veiller à la sécurité d’approvisionnement des diverses formes d‘énergies utilisées, et préserver la sécurité énergétique de l’hexagone  ; enfin, chercher à renforcer la compétitivité des entreprises en améliorant la balance commerciale (80% du déficit du commerce extérieur viennent des importations pétrolières), et plus généralement, en retenant des scenarii favorables à l’emploi.

Le principal levier permettant de concilier ces trois objectifs qui peuvent apparaître contradictoires est de réduire l’intensité énergétique (rapport entre le PIB et la consommation d’énergie primaire).

Cet objectif passe par la maîtrise de la consommation d’énergie, notamment dans l’habitat et les transports, sans porter atteinte à la croissance économique du pays.

Bien que la France possède l’une des intensités énergétiques les plus faibles de la planète, les marges de réduction existent notamment dans l’habitat (isolation des passoires énergétiques), les transports (réduction de la consommation des voitures thermiques) et l’industrie (innovation technologique et optimisation des processus).

Le second levier est le déplacement des énergies fossiles fortement carbonée (charbon et pétrole) vers les énergies moins carbonées (gaz) ou dé-carbonées (nucléaire ou renouvelables). Mais, l’équation est complexe car elle fait intervenir de nombreux paramètres environnementaux, techniques, économiques et sociétaux.

Les expériences acquises en France mais aussi à l’étranger (en Allemagne notamment) permettent de dégager dès aujourd’hui des conclusions difficilement contestables notamment quant à la méthode consistant à mettre en œuvre sans discernement les énergies renouvelables intermittentes (solaire et éolien pour l’essentiel) dont la contribution au mix électrique reste modeste en dépit d’un effort financier exorbitant.

Les chiffres sont sans appel et on comprend aisément pourquoi l’objectif de réduire de près 20 GW le nucléaire français à l’objectif 2025 n’était pas techniquement possible, ce que le ministre de l’environnement a indiqué en octobre dernier.

Le Tableau de bord de suivi de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) présenté par le gouvernement montre que les résultats actuels sont loin d’être convaincants et le simple bon sens exige donc de réexaminer plusieurs orientations de la Loi sur la Transition Energétique de 2015

Des réformes de bon sens, pour plus de cohérence

Avant même tout débat, deux points de réforme s’imposent.

Les efforts d’amélioration de l’efficacité énergétique doivent être faits dans tous les domaines, mais une cible prioritaire est l’amélioration des performances thermiques des bâtiments.

Utilisant toujours beaucoup de gaz et de fuel, ils recèlent des gisements importants de réduction de consommation de combustibles fossiles. Les aides de l’état doivent donc en priorité s’appliquer à ces logements mal isolés et non à l’ensemble du parc. Pourtant, le nombre de rénovations annuelles est aujourd’hui inférieur d’un facteur 3 aux objectifs fixés et régulièrement confirmés depuis une dizaine d’année.

Deuxièmement, dans le domaine des transports, l’effort doit se concentrer sur la réduction de la consommation des voitures à moteur thermique, et sur le développement de la voiture électrique pour les parcours urbains, ce qui concourt en outre à la diminution de la pollution atmosphérique

La ressource financière étant limitée, il importe d’affecter les moyens disponibles aux actions les plus efficaces et non de la mettre au service d’une quelconque démarche idéologique.

Ainsi, il est clair que le développement volontariste et sans discernement des énergies renouvelables électriques intermittentes n’apporte rien aux objectifs fixés ci-dessus : aucun effet sur la réduction de la consommation de combustibles fossiles, pas de bénéfice environnemental, peu d’effet sur l’emploi, aggravation du déficit commercial, diminution du service rendu du fait de l’intermittence, et tout cela pour un coût annuel de 5,5 milliards d’€ en 2018, hors aide à l’investissement.

La simple logique demande que ces montants considérables soient réorientés vers des mesures d’économie d’énergie, voire à l’aide au développement dans les pays émergents (où les renouvelables trouvent toute leur place dans de la production d’électricité décentralisée et intermittente).

Pour une politique européenne de l’énergie

Le débat doit impérativement prendre en compte la dimension européenne et s’appuyer sur une réflexion stratégique globale. L’échec de la politique européenne de l’énergie est patent et la France a un rôle éminent à jouer pour tenter de concilier des points de vue a priori inconciliables.

Car c’est bien à l’échelle européenne que la problématique climatique, la réduction de la consommation des combustibles fossiles et l’indépendance énergétique doivent être réglées.

L’Europe dont 75% des échanges commerciaux sont intra européens a tous les atouts pour réussir une transition continentale

En conclusion : un appel !

Quelles que soient les convictions de chacun, les lois de la physique et de l’économie sont têtues et leurs résultats sont prévisibles. « On ne commande à la nature qu’en obéissant à ses lois » écrivait il y a 500 ans Francis Bacon avec tellement de lucidité.

Le Collectif Science-Technologies-Actions appelle tous les participants au débat public qui s’engage, puis, lorsque l’heure des décisions viendra, nos dirigeants à s’entendre sur des orientations pragmatiques et pertinentes permettant d’atteindre les objectifs retenus.

Sans renier ses convictions profondes, il nous faut débattre en conscience et sans passion sur des sujets complexes aux multiples facettes.

 

commentaires

COMMENTAIRES

  • Vous êtes en convergence totale avec le rapport de la Cour des Comptes sur les EnR de mars 2018, cela devrait conduire les décideurs gouvernementaux à réorienter la politique énergétique vers le secteur thermique plus que l’ électrique, en abandonnant les coûteuses chimères de l’ électricité “aléatoire”… Reste à savoir s’ il y a une volonté politique d’ aller enfin à l’ encontre d’ une “doxa” dictée par l’ ADEME et autres instituts européens du même genre, aveuglés par leur anti-nucléarisme ?

    Répondre
  • Quand on remet les choses dans le bon ordre, et c’est ce que fait cet article, c’est lumineux. En tous les cas, la lutte contre le réchauffement climatique peut passer pour des formes d’énergie renouvelable qui soient indépendantes des caprices de la météo, et dans le cadre de l’énergie décentralisée, de petite taille, pour permettre d’en tirer le maximum d’efficacité énergétique. Mais le nucléaire en base est incontournable si les objectifs à atteindre sont bien ceux qui sont identifiés.

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  • Encore un article sournoisement à charge contre les renouvelables que l’on relègue au rang d’accessoire de mode, dans l’air du temps. Oui les renouvelables sont l’avenir et le nucléaire basé sur le mensonge, les risques, les déchets et les forts soutiens financiers de l’Etat se révèle de plus en plus une aberration au regard des nouvelles technologies qui s’épanouissent. Cessez de prendre les Allemands pour des imbéciles, ils ne sont pas les seuls à sortir du nucléaire par le haut, sans se perdre sur le long terme avec un charbon polluant peu à peu substitué par des renouvelables, et sans les déchets millénaires pourrissent de plus en plus des espaces de notre territoire. L’intermittence que vous pointez à chaque fois n’est plus un argument, les pays qui arrivent à 30 ou 40% de renouvelables y investissent massivement car en dessous de ce seuil ce n’est pas rentable, et les perspectives sont immenses avec des coût en forte décroissance, l’inverse du nucléaire. Nous subissons avec cette technostructure nucléocrate une stratégie perdant-perdant qui va plomber notre efficacité économique et l’attractivité de notre territoire, et par dessus le marché je suis sûr que tous ces forcenés du nucléaire seront les premiers à prendre la fuite en cas d’accident majeur, laissant aux autres le soin de se sacrifier.

    Répondre
    • Monsieur,

      Il n’est pas question de prendre les allemands pour quoi que ce soit, ni de dresser un quelconque réquisitoire contre les énergies renouvelables, mais uniquement de constater les faits concernant celles d’entre elles qui sont intermittentes.
      Ces faits sont têtus et mettent en évidence que 100 000 MW intermittents n’ont pas permis à l’Allemagne de fermer le moindre MW pilotable depuis 2002.
      http://lemontchampot.blogspot.fr/2017/03/ubu-chez-les-allemands.html

      Et ce pour la bonne raison que les allemands, pas plus que les autres, ne savent toujours pas stocker massivement l’électricité pour faire face aux périodes durant lesquelles les conditions météorologiques paralysent leurs énergies intermittentes.
      Car ce n’est pas en termes de “renouvelables” ou non que le problème se pose, mais bien en termes de puissance garantie au moment où on en a besoin. Et si l’hydraulique, la géothermie, la biomasse, ou la puissance de la houle permettent de se substituer à une autre puissance pilotable installée, force est de constater que les puissances intermittentes ne remplacent rien. C’est tout.
      Cessons de nommer “rentables” les énergies qui exigent des subventions. La Cour des Comptes vient de chiffrer à 120 milliards d’euros le surcoût lié aux seules éoliennes et panneaux photovoltaïques déjà installés.
      Et les anathèmes n’y changeront rien.
      Bien cordialement, Jean Pierre Riou.

      Répondre
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