Pour réaliser des économies d’énergie, il faudrait 30 000 salariés supplémentaires d’ici 2030

Pour réaliser des économies d’énergie, il faudrait 30 000 salariés supplémentaires d’ici 2030

Le Monde de l’Énergie ouvre ses colonnes à Pierre de Montlivault, président de la FEDENE (Fédération des Services Énergie Environnement), qui regroupe plus de 5 000 entreprises spécialisés dans l’efficacité énergétique, pour évoquer le nouveau plan de sobriété du gouvernement et les économies d’énergie potentielles que pourrait atteindre le pays.

Le Monde de l’Énergie —Pour tenir ses engagements climatiques, quelle est l’ampleur des réductions d’émissions de GES que doit tenir la France ?

Pierre de Montlivault —Une baisse des émission de 55% d’ici 2030, c’est l’objectif européen qui s’impose à la France. C’est très ambitieux, et impossible à tenir sans réelle accélération sur les économies d’énergie et de chaleur. L’avantage de la chaleur réside dans le fait que l’on peut aller beaucoup plus vite que dans l’électrique (les EPR et l’éolien en mer arriveront après 2030, voire 2035…), en la décarbonant et/ou en la récupérant.

Le Monde de l’Énergie —Pourquoi le nouveau plan de sobriété annoncé par le gouvernement vous semble insuffisant pour répondre à cette urgence climatique ?

Pierre de Montlivault —Il va dans le bon sens car une politique de sobriété manquait dans la politique énergétique. Mais, pour autant, il ne propose qu’un levier limité de 10 à 15 % d’économie d’énergie, alors qu’il faudrait atteindre au global 40 % d’efficacité énergétique dans les bâtiments pour tenir nos objectifs climatiques.

Il présente aussi un risque réel d’effet rebond : quand l’énergie coûte moins cher, on fait moins d’efforts. De même, se contenter des « petits gestes » ne peut suffire face à l’ampleur du défi.

Il faut donc des mesures plus structurelles d’efficacité énergétique dans les bâtiments, notamment des changements d’équipements de production et de distribution énergétiques, ainsi qu’une généralisation des outils de pilotage énergétique des bâtiments.

Le Monde de l’Énergie —La FEDENE a fait une série de propositions pour réaliser rapidement des économies d’énergie, en créant des emplois. Pouvez-vous nous les résumer ?

Pierre de Montlivault —Pour réaliser des économies d’énergie, il faudrait 30 000 salariés supplémentaires d’ici 2030. Idem pour la chaleur renouvelable et de récupération où 30.000 personnes seraient nécessaires.

Dans les villes tout d’abord, il faudrait raccorder un maximum de bâtiments à des réseaux de chaleur renouvelable et de récupération. Ensuite, il faudrait effectuer des travaux de rénovation énergétique plus globaux et plus ambitieux : viser 30-40% économies d’énergie pour les logements collectifs (copropriétés et HLM), en couplant isolation, production et pilotage. Dans ces logements collectifs, il serait nécessaire de s’obliger à une performance énergétique mesurée chaque année, par exemple via des contrats de performance énergétique.

Dans l’industrie, pour décarboner, il faudrait remplacer le gaz par de la chaleur issue de déchets, du bois énergie ou de la géothermie, mais aussi économiser de l’énergie, notamment en utilisant l’IA pour identifier les endroits où ces économies sont possibles.

Le numérique peut également devenir une source d’énergie, par exemple en récupérant la chaleur émise par les data centers, pour chauffer les habitations.

Le Monde de l’Énergie —Préconisez-vous plutôt d’imposer ces mesures par des réglementations ou des lois (par exemple la loi climat prévue à l’automne), ou sous forme d’incitations comme les deux plans de sobriété ?

Pierre de Montlivault —La loi idéalement mais il faudrait avant tout publier le décret qui acte la trajectoire à 2030 sur les économies d’énergies, de chaleur et d’électricité. Sur la chaleur il faudrait doubler le volume de subventions de l’Ademe : le fonds chaleur doit passer à 1 milliard d’euros par an.

Pierre de Montlivault

Diplômé d'AgroParisTech et ingénieur des ponts, des eaux et des forêts, Pierre de Montlivault est devenu Président de la FEDENE (Fédération des Services Énergie Environnement ) en 2022. Après avoir été conseiller sur les questions environnementales et de développement durable après du Ministère de l’Ecologie, il a oeuvré pour les cabinets de Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin. Il a ensuite intégré Bois Énergie France, filiale de Dalkia, en tant que directeur général, avant d’être nommé président-directeur général de Dalkia Biogaz en 2015. Enfin, il a occupé le poste de directeur général de Tiru, autre filiale de Dalkia en 2017 avant de rejoindre la FEDENE.