« Le photovoltaïque flottant valorise des sites anthropisés »

« Le photovoltaïque flottant valorise des sites anthropisés »

Le Monde de l’Énergie ouvre ses colonnes à Benoît Roux, directeur Solaire chez BayWa r.e. France, leader européen du photovoltaïque flottant, pour revenir sur les études d’impact sur l’environnement de cette technologie émergente.

Le Monde de l’Énergie —Le photovoltaïque flottant est une technique de production électrique en plein essor. Pouvez-vous nous résumer son principe et quels sont ses principaux avantages ?

Benoît RouxIl s’agit d’installer des panneaux standards, similaires à ceux utilisés pour les centrales photovoltaïques au sol, sur un plan d’eau, à l’aide de structures flottantes spécialement conçues. L’impact environnemental est minime puisque la surface de contact entre les flotteurs et l’eau est seulement de 15% en moyenne. Pour la partie maintenance, notre solution solaire flottante est dotée de passerelles métalliques stables et robustes, composées aussi de flotteurs.

Le photovoltaïque flottant valorise des sites anthropisés, tels que des carrières et autres sites d’extraction minière, retenues d’eau potables, agricoles ou de barrages hydro-électriques : le territoire français dispose d’un énorme potentiel en la matière, estimé à au moins 10 GWc.

L’installation d’une centrale solaire flottante est très rapide : il suffit de quelques semaines pour la construire et la mettre en service. Elle mobilise un espace foncier écartant a priori tout conflit d’usage. Les panneaux photovoltaïques, naturellement refroidis par l’eau, bénéficient d’un rendement optimal.

Ces installations offrent l’avantage de réduire l’évaporation des plans d’eau. En période de fortes chaleurs où ce phénomène a pour effet de considérablement baisser le niveau des lacs, l’ombre partielle créée par les modules photovoltaïques permet de grandement limiter l’évaporation de l’eau. On a donc un double intérêt climatique, à savoir la préservation de la ressource en eau, et la production d’énergie renouvelable.

Le Monde de l’Énergie —Quelle est la part de flottant dans les nouvelles centrales photovoltaïques dans le monde ? Et en France ?

Benoît RouxEn 2022, le solaire flottant a atteint une puissance installée de 5,7 GWc selon le rapport de décembre 2023 de SolarEurope, en progression de 68 % par rapport à 2021. Les Pays-Bas sont le leader européen, avec 280 MWc installés, suivis de la France avec 100 MWc.

Selon la Banque mondiale, il existe un potentiel de 204 GWc rien qu’en Europe, si l’on considère 10 % des réservoirs artificiels d’eau douce intérieure. En France, le potentiel est estimé entre 10 et 22 GWc.

Le Monde de l’Énergie —Cette technologie a subi des critiques sur son impact environnemental, jugé négatif. Votre société a réalisé des études de suivi d’impact sur ses parcs flottants en exploitation. Les premiers résultats viennent de tomber. Quels en sont les principaux enseignements ?

Benoît RouxNous avons lancé depuis 2018 un ensemble d’études scientifiques, en partenariat avec des universités, sur huit de nos parcs solaires flottants en exploitation. Les premiers enseignements montrent qu’en termes de biodiversité ou de qualité de l’eau, les impacts sont très limités, voire positifs dans certains cas.

Sur le parc solaire flottant de Bomhofsplas aux Pays-Bas, on observe par exemple que la qualité de l’eau n’a pas varié, et que les niveaux d’oxygène restent constants. Lors d’épisodes de chaleur, les écarts de température sous les panneaux sont atténués par rapport à la zone en eau libre, au bénéfice de la biodiversité.

Grâce à la mise en place d’habitats artificiels sous les panneaux (20 biohuts sur le parc de Bomhofsplas), la faune aquatique se développe considérablement.

A Weperpolder aux Pays-Bas, les observations indiquent une présence élevée d’oiseaux sur le lac, comparable à l’état initial, sans la présence du parc solaire flottant. Les canards et les mouettes ont même en quelque sorte adopté les structures flottantes, qu’ils utilisent comme lieu de repos.

Le Monde de l’Énergie —Des études restent en cours, sur quels aspects portent-elles ?

Benoît RouxCinq études de suivi de la qualité de l’eau et de la biodiversité sont toujours en cours sur des projets essentiellement aux Pays-Bas et en Allemagne. Elles permettront de continuer à enrichir la connaissance scientifique et à définir et mettre en œuvre des mesures d’évitement, de réduction et de compensation efficaces.

Il s’agit également d’évaluer avec précision les bénéfices écologiques des parcs. Nous avons encore quelques lacunes à combler, notamment dans le domaine de la quantification de la réduction de l’évaporation, qui est un enjeu primordial dans un contexte de tension sur la ressource en eau.

Le Monde de l’Énergie —En quoi les résultats des études d’impact environnemental modifient-ils la stratégie d’implantation des futurs parcs flottants ? Sur quels autres éléments vous appuyez-vous pour choisir les lieux d’implantation et les techniques à privilégier ?

Benoît RouxLes résultats de ces études permettent d’abord et avant tout de mieux comprendre les impacts réels des parcs solaires flottants sur l’environnement et de mieux apprécier l’efficacité des mesures d’évitement, de réduction ou de compensation proposées par les porteurs de projets en fonction du type de plan d’eau. Nous pourrons être amenés à modifier le design de nos parcs par exemple.

Les sites d’implantation sont des espaces anthropisés délaissés ou peu valorisés. Nous menons une évaluation complète main dans la main avec les propriétaires des plans d’eau pour s’assurer de la bonne intégration environnementale des projets.

Un enjeu supplémentaire est celui de la préservation des usages humains. Nous installons par exemple les panneaux à plus de 15 mètres des berges, afin de maintenir les activités de loisir en toute sécurité, et de préserver la faune et la flore des berges.

Benoît Roux

Benoît Roux occupe depuis 2013 le poste de Directeur Solaire chez BayWa r.e. France, leader européen du photovoltaïque flottant avec 20 parcs aujourd’hui en exploitation. Ingénieur Civil des Mines et diplômé d’HEC, il exerce depuis 15 années dans le secteur des énergies renouvelables.