Pétrole russe: la France aura assez d’ « approvisionnements alternatifs » si besoin, disent les professionnels

La France a les moyens de trouver si besoin des « approvisionnements alternatifs » au pétrole brut et au gazole en provenance de Russie, ont estimé mercredi les professionnels du secteur.

« On a une certaine dépendance, un peu en pétrole brut, plus en gazole, mais à ce stade nous pensons que nous avons les moyens de trouver des approvisionnements alternatifs, donc que nous ne sommes pas dans une situation de pénurie pétrolière », a déclaré Olivier Gantois, président de l’Ufip (ex-Union française des industries pétrolières).

Les Etats-Unis ont annoncé mardi un embargo sur le pétrole russe en rétorsion de l’invasion de l’Ukraine. L’Europe, beaucoup plus dépendante des importations d’hydrocarbures de Russie, n’a pas suivi pour l’instant.
« Toutes les routes pétrolières peuvent arriver en France » et « nous avons un positionnement idéal en France, ce n’est pas pour rien que la France est un peu moins dépendante des importations russes » que ses voisins européens, a souligné M. Gantois.

En 2021, les achats de pétrole brut russe ont représenté 9,5% des achats de pétrole brut de la France. Ce chiffre évoluait ces dernières années entre 10 et 15%, selon l’association professionnelle, qui vient de se rebaptiser Ufip Energies et mobilités pour mieux s’inscrire dans la transition énergétique.

« On estime que 10 à 15%, ça peut se trouver ailleurs, surtout si en cas d’embargo il y a des barils russes qui partent en Chine et libèrent du coup des barils du Moyen-Orient qui peuvent venir en France: il y aura peut-être un jeu de vases communicants si jamais vraiment l’embargo se généralise », a estimé Olivier Gantois.

Ces « vases communicants » seraient possibles parce que certains grands pays d’Asie comme la Chine ou l’Inde n’imposent pas de sanctions à la Russie, qui pourra y augmenter ses exportations de brut. L’Asie aura du coup moins besoin de pétrole venant d’ailleurs.

La Russie produit quelque 11 millions de barils par jours de pétrole brut, dont un peu plus de 5 millions sont exportés. Mais le pays exporte aussi 1,5 million de barils par jour de gazole, dont l’Europe et notamment la France sont très friandes.

« En 2020, la France a importé 25 millions de tonnes de gazole dont un quart était du gazole russe, à peu près 6 millions de tonnes », a relevé Olivier Gantois.

« Là encore, on a une dépendance potentielle et le marché est déjà en train de se réorganiser et notamment de délaisser le gazole russe, d’où les augmentations considérables que l’on a vues sur le gazole la semaine dernière », a-t-il expliqué.

Les prix du gazole avaient en effet bondi de 14 centimes en une semaine, selon les chiffres officiels publiés lundi.

Les prix à la pompe augmentent déjà régulièrement depuis la fin 2021, dans le sillage des cours du brut dont la hausse a été alimentée par la reprise économique mondiale et les restrictions de production des pays de l’Opep+ (une alliance entre l’Opep et d’autres pays, dont la Russie).

A cela s’ajoute désormais une « prime de risque » liée à guerre en Ukraine, selon l’Ufip Energies et mobilités.

« J’estime que s’il n’y avait pas la guerre en Ukraine, le prix du pétrole serait aux alentours de 90-95 dollars le baril », donc il y aurait « 35 dollars le baril qui viennent de cette guerre en Ukraine et du risque que ça fait peser sur les approvisionnements pétrolier, de la nervosité des marchés, bref du fait que les acteurs sur le marché sont prêts à payer plus cher pour s’assurer des achats de pétrole », calcule M. Gantois.

Concernant les moyens d’agir sur les prix à la pompe, le responsable a souligné qu’il était impossible d’influer sur les cours mondiaux et que les distributeurs n’engrangeaient qu’un centime de profit par litre.
« Le Parlement peut décider de toucher aux taxes », a-t-il rappelé, tout en assurant n’avoir « pas de demande à ce sujet ».