Pétrole, charbon et gaz russe, « Ils peuvent le faire ! »

Éclairage du site partenaire Energies de la mer.

Les nouvelles sanctions et l’impact de l’embargo sur les importations d’énergie par la Russie pourraient prendre une nouvelle tournure, un peu plus d’un mois après le début de la guerre en Ukraine déclenchée fin février par Vladimir Poutine.

Ce mardi 5 avril, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a proposé de bannir les achats de charbon russe, de fermer les ports européens aux bateaux opérés par les Russes ou / et d’étendre l’interdiction d’exporter des semi-conducteurs. Elle a aussi indiqué que la Commission travaillait “sur des sanctions supplémentaires, notamment sur les importations de pétrole”.

Le Conseil d’analyse économique dirigé par Philippe Martin réalise des analyses économiques pour le gouvernement français et les rend publiques. Il a publié une estimation de l’effet d’un embargo sur les importations d’énergie par la Russie. Les principaux résultats :

Impact faible

Pour la France, l’impact serait faible, avec une baisse d’environ 0,15 à 0,3% du revenu national brut. Pour l’Allemagne, l’impact négatif sur le revenu national brut est réel (environ 0,3% et jusqu’à 3% dans les scénarios les plus pessimistes) mais globalement modéré et peut être absorbé.

Il en va de même pour l’ensemble de l’UE, bien qu’il existe une hétérogénéité importante dans l’ampleur du choc entre les pays. Pour certains pays de l’UE, les conséquences sont beaucoup plus importantes : La Lituanie, la Bulgarie, la Slovaquie, la Finlande ou la République tchèque peuvent connaître des baisses de revenu national comprises entre 1 et 5 %.

Focus

Ces estimations tiennent compte des effets de cascade le long des chaînes de valeur de production dans un modèle comportant 30 secteurs et 40 pays. Malgré l’imprécision de ce type d’exercice de simulation, les ordres de grandeur apparaissent très robustes : on peut écarter par exemple avec un haut degré de confiance un scénario d’effondrement du PIB de plus de 1 % pour la France. − L’impact relativement faible d’un embargo (sauf pour les pays précités) s’explique par le fait que même à court terme, les entreprises et l’économie dans son ensemble peuvent substituer (même très partiellement) des sources d’énergie à d’autres et des biens intermédiaires ou finaux à d’autres.

L’analyse des expériences historiques de chocs très forts (Fukushima au Japon ou Covid en Chine) ayant des effets potentiels tout au long des chaînes de valeur de production montre également que les entreprises individuellement et l’économie globalement sont capables de minimiser l’impact du choc. Cette substitution, même très partielle, permet d’atténuer très significativement l’impact du choc, par rapport à un scénario où toute la structure de production et de consommation est figée.

Ces estimations ne tiennent pas compte explicitement des effets d’amplification du cycle économique (« effets néo‐keynésiens ») qui peuvent contracter davantage la demande globale et entraîner des difficultés financières pour certaines entreprises. Mais il faut noter que cela est compensé par le recours à des hypothèses très conservatrices concernant par exemple les élasticités de substitution.

En outre, un scénario pessimiste avec des frictions « néo‐keynésiennes » conduirait à multiplier par deux au maximum l’impact négatif en l’absence de toute réponse de politique économique.

En pratique, les réponses de politique économique (telles que les politiques de chômage partiel, le renflouement des industries les plus exposées) peuvent atténuer une partie significative de cet effet d’amplification. Cela montre l’importance du dosage des politiques (monétaire et fiscale) qui doit accompagner un embargo.

Une alternative à un embargo total est une réduction très forte des importations d’énergie en provenance de Russie avec un tarif de 40 % sur les importations de combustibles fossiles russes.

Les résultats préliminaires suggèrent qu’un tel tarif réduirait d’environ 80 % les quantités importées (contre 100 % dans le cas d’un embargo). Dans ce cas, les pertes économiques, notamment pour les pays les plus dépendants des approvisionnements russes (Lituanie, Bulgarie…) seraient fortement réduites par rapport à un embargo : les pertes seraient divisées par environ 3 ou 4.

En revanche, la différence est très faible pour des pays comme la France. La raison de cette très forte réduction est que les 20 % d’importations restantes iraient aux pays et aux entreprises les plus dépendants de cette source d’approvisionnement. Est également discuté l’avantage potentiel d’un plafonnement des prix sur le marché européen qui permettrait de contrer la pression spéculative.

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