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“Les perspectives des énergies marines renouvelables en France sont bonnes”

A quelques semaines de la Conférence internationale sur l’énergie des océans (ICOE) qui se tient à Cherbourg du 12 au 14 juin, nous donnons la parole à Marc Lafosse, président d’Energie de la lune et organisateur de l’événement.

Eolien offshore, hydrolien, éolien flottant, houlomoteur, énergie thermique des mers, climatisation … Les technologies d’énergies marines se multiplient depuis quelques années… En France, toutefois, la filière a du mal à prendre réellement son envol. Comment l’expliquez-vous ?

De plusieurs façons. Il faut d’abord comprendre que dans les énergies marines renouvelables il y a une très grande différence de maturité entre chacune des technologies nécessitant un développement spécifique.

L’hydrolien et l’éolien flottant sont par exemple au stade des fermes pilotes quand l’éolien posé nécessite le développement des parcs commerciaux. Ensuite les aspects réglementaires et juridiques ont leur caractéristiques et leurs lourdeurs administratives.

Pour l’éolien offshore posé, le gouvernement, entre 2010 et 2012, a lancé des appels d’offre pour attribuer 3000 MW sur les côtes françaises métropolitaines par l’intermédiaire de six parcs d’éoliennes..

Une fois le lauréat désigné sur une zone, il devait alors se soumettre à de nombreux exercices de concertation avec les usagers de la mer et au mille-feuille administratif et juridique français, ralenti, notamment  par de nombreux recours parfois abusifs.

Pour les 6 parcs en cours de développement, les travaux vont enfin pouvoir débuter à partir de l’année prochaine du côté de Courseulles en Normandie, au large de Saint-Nazaire en Loire-Atlantique et Saint Brieuc en Bretagne.

Il faut par conséquent simplifier ce mille-feuille administratif, chose qu’a faite l’ex-ministre Ségolène Royal en lançant des missions de simplifications et que l’actuel gouvernement, sous la houlette de Nicolas Hulot, est en train de mettre en place.

Concrètement, que met-il en place ?

La première mise en place a été d’instaurer un dialogue compétitif, c’est à dire qu’aujourd’hui l’appel d’offres de Dunkerque et bientôt celui d’Oléron ont réuni des consortiums qui répondent à l’appel d’offres européen (consortium composés d’énergéticiens et  développeurs de projets), et qui sont présélectionnés sur la base de capacités techniques et financières.

A Dunkerque, par exemple, les 9 groupements sélectionnés travaillent de concert avec l’Etat pour élaborer conjointement le meilleur cahier des charges d’un point de vue technique et économique pour la création du parc éolien.

A l’issue de ce dialogue, les consortiums devront chacun produire une offre et la meilleure d’entre elles sera sélectionnées par l’Etat.

Pendant ce temps, une série d’études est conduites sur la zone, de sorte qu’à la fin du processus, le lauréat désigné emporte le droit de créer un parc éolien offshore sur une zone « prête à installer ».

La profession espère que ce process d’attribution, inspiré des pays de l’Europe du nord, portera ses fruits et raccourcira les délais. Toujours sur le chemin de la simplification, le gouvernement actuel s’est engagé à la mise en place d’un permis « enveloppe ».

L’objectif, c’est de donner la possibilité, à l’intérieur de cette enveloppe, de faire évoluer les caractéristiques techniques du parc entre le moment de l’autorisation et celui de sa construction.

C’est indispensable pour pouvoir intégrer l’innovation technologique de l’éolien offshore, car celle-ci est en croissance rapide.

Un seul exemple pour bien illustrer ces propos, le turbinier GE se positionnait en 2012 sur les appels d’offres français avec une technologie de 6MW, il a annoncé début mars qu’il lançait un programme de R&D pour une technologie de 12 MW.

Sans permis enveloppe, on ne peut pas changer de taille de turbine, quand bien même le changement peut avoir un impact environnemental positif.

Vous parliez de maturité des technologies. Derrière l’éolien offshore, il y a l’éolien flottant et l’hydrolien. Ces technologies ont-elles vraiment un avenir ?

Ces technologies sont au stade de fermes pilotes et viennent à peine de sortir des phases de laboratoire puis d’essais.

À l’horizon de 2020 le consortium EDF Energies Nouvelles et Naval énergies installera 7 turbines dans les eaux du Raz Blanchard.

Les autorisations requises pour mener à bien le projet n’ont fait l’objet d’aucun recours.

C’est le signal d’une bonne acceptabilité de cette filière. Certainement dû au fait que la technologie soit totalement immergée et invisible depuis la côte, mais aussi compte-tenu d’une concertation bien menée avec les professionnels de la pêche notamment.

Cette bonne nouvelle a été complétée par des annonces positives du gouvernement dont le secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu a annoncé en février le lancement d’études techniques et environnementales en vue du développement de fermes pré-commerciales.

Pour l’éolien flottant, solution permettant d’aller un peu plus loin des côtes dans une colonne d’eau plus importante que pour l’éolien posé, les 4 fermes pilotes des façades atlantique et méditerranéenne sont au stade de dépôt des dossiers d’autorisations administratives.

Elles poursuivent leur développement sur un bon rythme.

Les perspectives sont plutôt bonnes par conséquent ?

Oui. Nous sommes le seul pays du monde à avoir quatre projets de fermes pilotes d’éoliennes flottantes, l’un des seuls pays également, avec l’Angleterre, à avoir une ambition commerciale et pré-commerciale de fermes d’hydroliennes.

Mais nous sommes en retard sur l’éolien avec 0 MW installé quand, aujourd’hui, en Europe, plus 12,4 GW d’éolien en mer sont en fonctionnement soit 90% du marché mondial !

Un paradoxe quand on connaît potentiel en France en matière d’EMR…

En effet. Nous avons la chance d’avoir une France métropolitaine et une France ultra-marine.

Pour la métropole, nous avons trois façades – Manche/Mer du Nord, océan Atlantique et mer Méditerranée – dotées de ressources très différentes.

Si je prends l’exemple de la Méditerranée, les vents thermiques constants que sont le mistral et la tramontane offrent un potentiel important pour l’éolien flottant.

Le temps de turbinage donne par conséquent d’excellentes statistiques de production d’énergie par rapport à d’autres endroits.

Au Nord, la ressource en vent de zone de Dunkerque et la nature de ses fonds devraient révéler un des coûts de production les plus économiques d’Europe.

Du côté des courants, 80% du potentiel européen est concentré au Raz Blanchard.

Sans oublier l’énergie de la houle, l’énergie houlomotrice, qui est intéressante notamment au sud de la Nouvelle-Aquitaine.

Enfin, grâce à ses zones ultra-marines, la France possède la deuxième surface maritime au monde derrière les Etats-Unis.

Ici, l’usage est différent car il n’y a pas toujours un réseau de distribution d’électricité robuste tel qu’on le connaît en France, on est donc sur des sites isolés ou des micro-réseaux avec des solutions d’énergies localisées apportant une décarbonation de ces territoires d’Outre-mer qui utilisent encore beaucoup le fioul pour produire l’énergie dont ils ont besoin.

Vous avez lancé la plateforme d’emploi « work in blue ». Un signe qui ne trompe pas. L’emploi dans les EMR va grossir…

Tout à fait. Avec l’objectif de 3000 MW de projets éoliens en France, 10 000 emplois sont à la clé d’ici 2022.

L’observatoire des Energies de la mer s’efforce de comptabiliser annuellement les emplois sur notre territoire.

L’an passé, ce rapport a démontré que la région des Pays de la Loire était la plus créatrice d’emplois de France, avec notamment la présence de deux usines de la chaîne de valeur de l’éolien offshore à Saint-Nazaire.

En 2016, cette région confirmait être au rendez-vous de la création d’emplois en comptabilisant 874 emplois (sources : observatoire des Energies de la Mer).

Qu’attendez-vous de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie ? Y participez-vous ?

En amont de cette PPE discutée avec les citoyens jusqu’à fin juin, nous avons formulé des propositions concrètes au gouvernement.

La profession, portée par la voix du Syndicat des Energies Renouvelables (SER) propose que les EMR contribuent à 9% du mix électrique française. Nous attendons du gouvernement qu’il inscrive un objectif 14 000 MW de puissance installée à l’horizon 2028.

Pour finir, pouvez-vous nous présenter ICOE qui se tient à Cherbourg les 12,13 et 14 juin…

C’est une conférence scientifique internationale qui a lieu tous les deux ans depuis 2006. Elle réunit, 600 à 800 experts des énergies marines renouvelables. Le salon Seanergy rassemble tous les ans plus de 3000 participants et accueillera cette édition d’ICOE

Il est organisé par Bluesign. Seanergy et ICOE sont ainsi complémentaires, et associent contenus scientifiques et opportunités d’affaires.

On y parlera de recherche et de nouvelles applications tout autant que de la dimension économique et sociétale des EMR et de la nécessité d’inciter les jeunes à s’orienter vers ce secteur.

Plus de 250 exposants, 200 conférenciers, et 3500 participants de 25 pays différents sont attendus sur les trois jours. Et parallèlement, nous accueillerons, via les assises des EMR du Syndicat des énergies renouvelables, la sphère politique.

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