« La pédagogie est centrale pour favoriser l’acceptabilité des méthaniseurs »

« La pédagogie est centrale pour favoriser l’acceptabilité des méthaniseurs »

Le Monde de l’énergie ouvre ses colonnes à Sébastien Bourdin, enseignant-chercheur à l’EM Normandie, spécialiste de la filière de la méthanisation et de son acceptabilité sociale.

Le Monde de l’Énergie —Les méthaniseurs souffrent-ils d’une acceptabilité aussi problématique que les éoliennes ? Quels sont les principaux griefs des riverains ?

Sébastien Bourdin Malgré le rôle que peut jouer la méthanisation dans les stratégies d’atténuation du changement climatique, elle peut susciter des protestations en raison d’externalités négatives (réelles ou perçues). De ce point de vue, à l’instar des éoliennes, les unités de méthanisation peuvent poser des difficultés, mais pas pour les mêmes raisons. Parmi les coûts évoqués, on recense les émissions d’odeurs, la hausse du trafic de camions (liée à l’approvisionnement régulier en biomasse du méthaniseur) et dans une moindre mesure la pollution visuelle, la pollution sonore et le risque industriel.

Le Monde de l’Énergie —Les principes et les intérêts de cette technologie vous semble-t-il mal compris ? Des efforts de pédagogie sont-ils nécessaires pour améliorer son acceptabilité ?

Sébastien Bourdin Même si la filière est en train de faire de réels efforts pour expliquer les principes et intérêts de cette technologie, elle reste encore mal connue. Or, les chercheurs en sciences humaines ont déjà démontré que le niveau de connaissance d’une technologie déterminait sa plus ou moins grande adoption. C’est la même chose pour la méthanisation.

Quand un projet émerge sur un territoire, le réflexe d’un citoyen va être d’aller se renseigner – le plus souvent sur internet – pour comprendre ce qu’est la méthanisation et surtout pour voir ce que cela implique. Or, sur internet, on retrouve de tout en termes d’informations, y compris de la désinformation ! De fait, la pédagogie est centrale pour favoriser l’acceptabilité des méthaniseurs. Par ailleurs, nos travaux montrent que la transparence et la qualité de l’information reçue lors des réunions publiques ainsi que l’organisation même du processus de concertation étaient centrales dans la réussite d’un projet.

Le Monde de l’Énergie —Quels enjeux de gouvernance territoriale pose le développement à grande échelle de la méthanisation ? Quels aspects les autorités et les porteurs de projet devraient particulièrement mettre en avant pour la faciliter ?

Sébastien Bourdin Il est fondamental que toutes les parties prenantes d’un projet de méthanisation soient mis au tour de la table, et ce dès le début du projet. Parfois, les porteurs de projets attendent trop longtemps pour informer – notamment le grand public – de l’émergence d’une unité de méthanisation sur leur territoire. Mais cette situation peut avoir un effet délétère, avec l’idée que les citoyens sont consultés certes, mais trop tard. Ils ont alors l’impression que « tout est déjà joué d’avance » et que leur participation aux réunions de concertation ne changera rien à la conception du projet, son dimensionnement, son emplacement. De fait, de telles situations peuvent engendrer des réticences au niveau local et amener les habitants à constituer une association locale contre la méthanisation.

Un autre aspect important concerne la répartition des avantages (externalités positives) et des coûts (externalités négatives) qui doivent être justes/équitables. Si les riverains subissent les inconvénients sans bénéficier qu’un quelconque avantage, il est probable que cela mène à une opposition au projet. Enfin, nos études montrent aussi le rôle clé que joue la collectivité locale (les élus et les services) pour jouer le rôle d’acteur intermédiaire, autrement dit de facilitateur et d’entremetteur.

Sébastien Bourdin

Enseignant chercheur à l'EM Normandie, spécialiste de la méthanisation, de ses acteurs et de son acceptabilité sociale.