« Le parc éolien en Baie de Saint-Brieuc est une réponse pertinente à la problématique énergétique bretonne »

« Le parc éolien en Baie de Saint-Brieuc est une réponse pertinente à la problématique énergétique bretonne »

Parc éolien de East Anglia One. Un parc éolien en mer développé par Iberdrola qui a une apparence similaire à celui du parc éolien en mer de la baie de Saint-Brieuc, notamment dans la structure de ses fondations.

Alors que la France a pris beaucoup de retard dans le développement des énergies renouvelables et notamment de l’éolien en mer, le parc éolien offshore en cours de construction en baie de Saint-Brieuc est le premier projet d’énergies marines renouvelables d’envergure en Bretagne, une région très dépendante des énergies à la fois fossiles et non locales.

Ce projet mis en service fin 2023 assurera l’alimentation en électricité de 835 000 habitants et permettra le démarrage d’une nouvelle filière industrielle pérenne de l’éolien en mer.

Interview de Stéphane Alain Riou, directeur du développement et Marie Thabard, responsable autorisations et environnement d’Ailes Marines, société de projet d’Iberdrola.

 

Le parc éolien offshore en baie de Saint-Brieuc prend son envol. Face à la colère de certains pêcheurs, avez-vous douté de son réel lancement ?

Stéphane Alain Riou : Nous n’avons pas douté car malgré les inquiétudes compréhensibles générées par ce projet, nous sommes liés par un contrat avec l’Etat français auprès duquel nous nous sommes engagés à livrer ce parc à la fin 2023.

Par ailleurs, nous avons toujours été à l’écoute de ces questionnements puisque nous avons tenu plus de 1 400 réunions de concertation avec les acteurs locaux afin de trouver un terrain d’entente. C’est d’ailleurs grâce à cette concertation que ce projet a évolué pour devenir exemplaire à plus d’un titre, ce dont nous sommes très fiers.

Comprenez-vous les réticences de certains opposants au parc ?

Stéphane Alain Riou : Nous comprenons bien sûr les inquiétudes liées à l’émergence dans la région d’un projet d’envergure qui bouleverse les habitudes. Selon un sondage IFOP de décembre 2020, 71 % des Costarmoricains soutiennent le projet, et 82 % des Bretons et Ligériens.

Pour ce qui concerne les pêcheurs, nous avons adapté le projet à leurs demandes et pris en compte toutes leurs observations (déplacement du parc pour éviter le gisement principal de coquilles Saint-Jacques, élargissement des couloirs entre les éoliennes pour permettre le passage des bateaux, ensouillage de tous les câbles inter-éoliennes pour plus de sécurité…).

Nous avons aussi mis en place un système pour compenser leurs pertes financières éventuelles pendant les travaux : nous avons d’ailleurs signé tout récemment un premier accord avec l’armement le plus impacté.

Vous affirmez que ce parc est exemplaire en tous points ? C’est-à-dire ?

Stéphane Alain Riou : Nous parlons en effet d’exemplarité du parc car nous avons poussé les curseurs au maximum dans tous les domaines, qu’il s’agisse de la concertation (notamment avec les pêcheurs pour maintenir les activités au sein du parc), des opportunités d’affaires et d’emplois pour la région (1500 emplois mobilisés en France, de nombreuses entreprises locales impliquées), de la technicité du projet (les experts mondiaux sont mobilisés pour forer les sols) …

Marie Thabard : Sur l’environnement, nous avons dépassé les engagements initiaux de l’appel d’offres ainsi que les prescriptions réglementaires en réalisant notamment des études inédites sur le bruit. Ces études et les états de référence contribuent à l’amélioration des connaissances sur certaines espèces, notamment les coquilles Saint-Jacques dont on mesure le stress et sur lesquelles les résultats sont tout à fait rassurants. Nous avons aussi systématiquement fait le choix technique le moins impactant pour la biodiversité, comme celui du forage au lieu du battage.

Le navire jack up AEOLUS, opéré par la société Van Oord, est en charge de la réalisation des forages et de l’installation des pieux des fondations du parc éolien en mer de la baie de Saint-Brieuc.

En quoi un parc éolien de cette envergure apporte-t-il concrètement une réponse dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Stéphane Alain Riou : Ce parc est le premier projet ENR d’envergure en Bretagne. Dans la mesure où il s’agit d’un des premiers projets éoliens en mer en France, cela positionne bien sûr la Bretagne comme un territoire moteur de la décarbonation de la France/du rééquilibrage du mix énergétique français. Pour financer le projet de Saint-Brieuc, nous avions d’ailleurs émis des obligations vertes en 2016 et en 2021.

Il y a une problématique énergétique sérieuse en Bretagne (forte dépendance aux énergies fossiles) et le projet en constitue donc une réponse pertinente, d’autant plus que la baie de Saint-Brieuc est très venteuse donc adaptée aux éoliennes. Le parc alimentera à terme 835 000 habitants de la région, soit plus que la population entière des Côtes d’Armor ou toute la Bretagne Nord, de Saint-Malo à Morlaix.

Quelles sont les conséquences industrielles qui découlent de ce parc offshore ?

Stéphane Alain Riou : La construction du parc contribue en effet déjà à la constitution d’une filière industrielle pérenne en Bretagne. C’est l’occasion d’une mutation économique et d’une valorisation de l’attractivité de la région, en la positionnant sur un marché européen en pleine expansion.

Pour la Bretagne, 500 emplois directs et indirects sont prévus. Nous avons prêté une attention particulière à ce qu’un maximum de composants soient fabriqués localement afin de contribuer à la création d’un savoir-faire local.

Depuis 2012, nous avons fait appel à l’expertise de 150 entreprises du territoire pour nous accompagner. C’est le cas par exemple de Somme qui est intervenue pour la réalisation des études environnementales, ou de Manuport pour la manutention, Sobec, Brest Béton, Marc SA Génie Civil, Navtis pour la fabrication de composants des fondations jack des éoliennes NKE et GISMAN pour les bouées de mesures environnementales, PortaCabin Brest et SODIMAC pour la construction de notre centre de coordination maritime à Pleudaniel…

Après la baie de Saint-Brieuc, où poserez-vous les prochaines éoliennes sur les côtes françaises ?

Stéphane Alain Riou  : C’est une question à laquelle nous ne pouvons répondre à ce stade ! Nous sommes en effet candidat pour l’AO5 en Bretagne Sud, mais aussi sur l’AO4 en Normandie.

Nous sommes présents en France depuis 2003, avec 150 employés à ce jour, et nous concevons notre implantation en France dans la durée. Nous allons investir jusqu’à 4 milliards d’euros d’ici 2024 pour y développer les énergies renouvelables.