Nucléaire: le gouvernement belge envisage la prolongation temporaire de trois autres réacteurs

Le gouvernement belge envisage de prolonger pendant l’hiver 2025-26 trois réacteurs nucléaires qui sont censés fermer courant 2025, a indiqué à l’AFP une source proche du dossier.

« L’objectif n’est pas de redémarrer un autre réacteur pour dix ans mais il faut être pragmatique. On étudie la possibilité de prolonger des réacteurs pour l’hiver 2025-2026 », a déclaré cette source proche du dossier à l’AFP, évoquant notamment la contribution incertaine du parc nucléaire français à l’approvisionnement en électricité.

Le Premier ministre Alexander De Croo a été missionné pour interroger l’exploitant, le groupe français Engie, ainsi que l’autorité belge de sûreté nucléaire (AFCN) sur les modalités de cette prolongation temporaire, a précisé cette source.

L’an dernier, le gouvernement avait déjà décidé de prolonger de dix ans, à compter de novembre 2026, deux autres réacteurs du parc nucléaire, Doel 4, près du port d’Anvers (nord) et Tihange 3, dans la région de Liège (est).

Cette double prolongation a fait l’objet d’un accord conclu le 9 janvier entre le gouvernement et Engie, qui vont devenir partenaires à 50/50 dans une co-entreprise pour ces dix années d’exploitation supplémentaire.

Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en Belgique, le groupe Elia, a identifié un possible déficit d’alimentation estimé entre 0,9 et 1,2 GW, en cas de pics de consommation au cours de cet hiver 2025-2026 suivant la fermeture programmée de plusieurs réacteurs.

La courte prolongation envisagée pourrait concerner les réacteurs de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 –censés arrêter de produire en 2025–, mais aussi Doel 4 et Tihange 3, selon la même source.

Des travaux d’entretien et de maintenances sont théoriquement prévus pour Doel 4 et Tihange 3 au cours de l’hiver 2025-26, mais ce calendrier pourrait être adapté afin de maintenir leur production.

La Belgique, qui comptait sept réacteurs en activité jusqu’à l’été 2022, en a « débranché » deux le 23 septembre 2022 puis le 31 janvier 2023, respectivement Doel 3 et Tihange 2 après 40 ans de service.

La sortie du nucléaire, scellée par une loi de 2003 lors de la première participation des écologistes au gouvernement fédéral, a créé des remous au sein de l’exécutif belge depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine il y a un an.

L’envolée des prix du gaz – sur fond de limitation des achats d’hydrocarbures russes en Europe – et la crainte de pénuries d’électricité en Europe ont poussé le gouvernement à négocier in extremis avec Engie la prolongation pour dix ans de Tihange 3 et Doel 4, qui étaient censés s’arrêter eux aussi pour de bon en 2025.

Mais ce compromis a été jugé insuffisant par les libéraux francophones –partenaires des écologistes dans la majorité–.

Il a aussi été vivement critiqué par les nationalistes flamands de la N-VA, premier parti d’opposition.