« C’est devenu particulièrement ringard d’être antinucléaire et pro-éoliennes ! »

« C’est devenu particulièrement ringard d’être antinucléaire et pro-éoliennes ! »

À l’heure de la présidentielle et à la veille d’annonces d’Emmanuel Macron concernant la filière nucléaire, nous avons interviewé Fabien Bouglé. Pour ce spécialiste des questions énergétiques, auteur de « Éoliennes, la face noire de la transition écologique » et « Nucléaire : les vérités cachées », la renaissance de l’atome en France devrait inciter les politiques à lancer une « Silicon Valley » du nucléaire.

Dans votre livre « Éoliennes, la face noire de la transition écologique », vous parlez de « mafia » pour décrire certains lobbyistes de l’éolien. Le terme n’est-il pas exagéré ?

Lorsque je parle de mafia, il ne s’agit pas des lobbystes mais bien de la vraie mafia sicilienne c’est-à-dire de la Cosa Nostra. J’en parle en détail et de manière documenté dans le chapitre 10.

C’est celle qui avait été au cœur des nombreux meurtres commandités par el Corleone. Après avoir été arrêté et emprisonné celui-ci a été remplacé par Matteo Messina Denaro, dernier chef suprême de l’organisation criminelle et introuvable depuis 25 ans. Ce dernier est représenté dans la filière éolienne en Italie par Vito Nicastri, appelé le Seigneur du Vent, qui a été arrêté à plusieurs reprises ces dernières années et fait l’objet d’une saisie de plus d’1,6 milliards d’euros d’actifs avec des centrales éoliennes.

La dernière fois il a essayé de corrompre un Ministre de Salvini pour qu’il soutienne un amendement visant à augmenter le tarif de rachat des éoliennes. Les enquêtes des juges antimafias ont montré la grande porosité entre les mafias italiennes et celles d’Europe de l’Est et le fait que les mafias d’Europe investissaient massivement via des holdings situées dans des paradis fiscaux dans les centrales éoliennes installées dans toute l’Europe pour blanchir l’argent sale et bénéficier des subventions associées à ce mode de production électrique. En Italie, la filière éolienne est bien sous domination de la Mafia.

Le meurtre de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, en 2017 est également lié à des réseaux mafieux qui avaient utilisé une centrale éolienne au Monténégro pour organiser un pacte de corruption avec des représentants de l’État maltais qui ont démissionné après une grande contestation populaire suite à cet assassinat. On est bien là dans la face sombre des éoliennes avec des réseaux qui ne sont pas toujours recommandables et loin du lobbying classique.

L’éolien en mer devrait prendre son envol sur les côtes françaises dans les années qui viennent. Le vent en mer semble a priori plus efficace que celui qui souffle sur l’éolien terrestre. Alors que vous pointez du doigt l’intermittence de cette énergie, reconnaissez-vous que le offshore peut quand même devenir une bonne solution pour notre futur mix énergétique ?

Les éoliennes en mer sont très loin de prendre leur envol. Les premiers appels d’offre ont 10 ans et seuls les monos pieux sont installés pour celle de La Baule. Cela étant ce lent cheminement montre que la France n’est pas du tout mûre pour des éoliennes au large des côtes françaises. Je rappellerais qu’il ne s’agit pas d’éoliennes « offshore » mais d’éoliennes littorales dont les plus proches – celle de Dunkerque – font 300 m de haut à 10 km de la côte.

Vous avez raison, les éoliennes en mer ont eu un facteur de charge supérieur à celui des éoliennes terrestres : 38% en 2019 en Europe à mettre en comparaison avec le facteur de charge de 25% pour les éoliennes terrestres en France. Si on les mettait à 50 kilomètres des côtes sur des flotteurs, il est probable que le facteur de charge serait plus élevé.

Mais il faut raison garder, l’artificialisation des sols avec les éoliennes en mer est au mégawatheure heure produit 500 fois supérieur à celle d’une centrale nucléaire.

Pour compenser la production de la seule centrale nucléaire de Fessenheim qui produisait 12 Térawattheures en 2018 avec 1800 MW de puissance installée sur 0,73 km2 de surface, il faut cumuler les 7 centrales éoliennes en projet au large des côtes françaises ce qui représentent 450 éoliennes de 250 m de haut minimum sur 550 km2 artificialisés produisant l’équivalent avec le facteur de charge de 38% mais le double de puissance installée.

On ne pourra jamais, jamais baser nos ressources électriques sur des éoliennes côtières intermittentes et non pilotables sauf à saccager totalement notre littoral français. Les éoliennes en mer comme sur terre n’ont en France absolument aucun avenir en raison de la préexistence sur son sol de l’électricité nucléaire qui a ceci d’extraordinaire d’être presque intégralement décarbonée. En quelque sorte la transition énergétique est déjà réalisée en France.

Notre voisin allemand, a là un exemple à suivre au lieu d’augmenter sa production d’électricité au charbon.

La demande croissante en électricité est-elle compatible avec le développement des renouvelables ?

Comme nous venons de le voir, la productivité des renouvelables intermittents et non pilotables est beaucoup trop faible et nécessite une mobilisation trop importante de parcelles au mégawatheure produit.

En outre, leur caractère intermittent et aléatoire oblige à utiliser des centrales au gaz ou au charbon en support à défaut de vent ou de soleil. L’Allemagne a vu en 2021 son électricité éolienne chuter de 15% et celle produite avec des centrales au charbon progresser de 21%. Les éoliennes doivent être nécessairement couplées à des usines électriques fossiles au gaz, pétrole ou charbon.

C’est le paradoxe des renouvelables intermittents qui sont censés sauver la planète mais qui conduisent à l’effet inverse recherché. Avec son mix éoliennes, solaire, gaz, charbon lignite, l’Allemagne produit 10 fois plus de gaz à effet de serre (400 à 500 g co2/kWh) que la France qui avec ses centrales nucléaire et ses barrages n’émet que 44 g co2/kWh.

L’Energiwende allemand est un échec retentissant et les Français ne s’y trompent pas : les candidats comme Yannick Jadot ou Jean-Luc Mélenchon qui promeuvent le modèle de notre voisin ont de très mauvais scores dans les sondages.

Les Français font partie des premiers de la classe pour leur électricité décarbonée, il est hors de question qu’ils suivent le mauvais élève germain qui a le bonnet d’âne de l’Europe. Le nucléaire est parfaitement dans le sens de l’Histoire d’une transition énergétique décarbonée.

Vous évoquez les problèmes environnementaux liés à la production d’éoliennes. N’est-ce pas démesuré quand on sait que le nucléaire produit également des déchets radioactifs ?

Les 40 ans de productions d’électricité nucléaire ont produit en tout 4.000 m3 de déchet haute activité qui représentent 95% de la radioactivité totale des déchets. C’est l’équivalent d’un immeuble de 20 m x 20 x 10 m ou le volume occupé par 7 socles d’éoliennes. Les ONG comme Greenpeace ou WWF viennent nous faire la guerre sur la gestion de ces déchets mais semblent particulièrement conciliant sur les déchets particulièrement polluants des centrales allemandes à la lignite et au charbon qui viennent en complément des éoliennes lorsqu’elles ne tournent pas.

Nos voisins ont trouvé une solution particulièrement « efficace » pour la gestion de ces déchets contenant uranium et mercure et autres matières dangereuses pour l’homme : ils les projettent dans l’atmosphère sous forme de particules fines qui sont dans leur globalité responsables selon Harvard de 10 millions de morts par an dans le monde.

Sans compter que les déchets d’éoliennes sont difficilement recyclables : socle en béton enterré à vie, pales d’éoliennes en fibre de carbone enterrées, terres rares des nacelles non recyclées. Et tous les 20 ans – durée de vie d’une éolienne- on doit procéder au remplacement accentuant d’autant la pollution des matériaux.

Vous avez également publié en 2021 « Nucléaire, les vérités cachées ». Vous soulignez notamment que certains écologistes se convertissent à l’énergie nucléaire. Comment l’expliquez-vous ?

En fait après la Cop21, le GIEC a émis un rapport en 2018 précisant que pour lutter contre les émissions de CO2, il fallait multiplier par deux au minimum et par six au maximum le nombre de centrales nucléaires dans le monde.

Pourquoi ? Simplement parce que les énergies fossiles sont responsables de 70% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et que le nucléaire n’émet aucun rejet carboné lors de la production d’électricité.

Le développement du nucléaire est donc apparu comme le mode de production d’électricité le plus vertueux en termes de faible émission de CO2. C’est d’ailleurs vérifié en France, qui avec son électricité nucléaire est un des pays dans le monde qui émet le moins de gaz à effet de serre pour son électricité. Le site electrcitymap.org montre bien que la France est championne en la matière.

Centrale nucléaire du Tricastin

Face à cette réalité scientifique, de nombreux écologistes se sont mis à changer de position sur le sujet, voyant les énergies renouvelables intermittentes comme un prétexte de conforter le business des gaziers ou pétroliers.

D’ailleurs, on voit bien que ce sont les gaziers qui investissent fortement dans les renouvelables pour développer les affaires dans le domaine des centrales au gaz qui viennent en complément.

Parmi ces écologistes, on trouve l’Américain Michael Schelleberger ancien conseiller de Barack Obama, en Allemagne Anna Wendland et Rainer Moormann qui plaident pour une sortie du charbon avant le nucléaire, et en France Yann-Artus Bertrand qui a fait un « coming out » pronucléaire historique sur la chaîne parlementaire en juin 2021.

Aujourd’hui, c’est incroyable mais en quelques mois seulement, c’est devenu particulièrement ringard d’être antinucléaire et pro-éoliennes !

La filière nucléaire nourrit des espoirs après les annonces récentes d’Emmanuel Macron. Pensez-vous qu’elle saura répondre aux défis de demain dans la mesure où les jeunes ingénieurs se détournent de l’atome ?

Le Général De Gaulle disait : « l’intendance suivra ». Il est incontestable qu’un chef d’état doit impulser une décision politique en l’occurrence le lancement d’un grand plan nucléaire, et qu’ensuite la chaine hiérarchique doit se donner les moyens d’actions opérationnelles pour parvenir à l’objectif fixé.

Ce ne sont sûrement pas les services administratifs actuels infiltrés par la filière éolienne qui vont appuyer une politique nucléaire disruptive. On comprend d’ailleurs pourquoi certains lobbys en place n’ont de cesse que de freiner la volonté de l’exécutif dans le domaine nucléaire.

Il va donc falloir remettre en place un Ministère de l’Énergie et de l’Industrie, renouveler les compétences dans les administrations d’État afin de mettre en avant les ingénieurs et techniciens volontaires tout en utilisant l’expérience des vétérans du plan Messmer qui ne demandent qu’une chose : former les jeunes, aider les ingénieurs et transmettre leur savoir faire.

C’est absolument extraordinaire, dans les cadres des conférences que je donne en France, je rencontre régulièrement d’anciens directeurs de centrales, des ingénieurs qui en ont construit et à chaque fois, je constate avec bonheur qu’ils sont prêts à relever les manches de cette nouvelle dynamique.

Il va falloir également informer sur la vérité du nucléaire dans les écoles car des années de propagandes et de mensonges ont contaminé nos enfants dans un logique de reniement de ce qui a fait la gloire de notre pays.

Qu’attendez-vous des candidats à la présidentielle en matière de politique énergétique ?

Je plaide pour une suite puissante et déterminée du plan Mesmer.

Et je me réjouis que les 4 premiers candidats en lice soient ambitieux sur ce sujet. Nous avons trop attendu, c’est maintenant urgent. Il nous faut construire au moins 25 nouveaux réacteurs nucléaires standards avec des puissances raisonnables pour ne pas compliquer leurs constructions, nous devons sans tarder continuer la prolongation de nos centrales pour 20 à 30 ans minimum.

Il nous faut relancer Fessenheim. J’ai visité la centrale récemment et j’ai été atterré de visiter une centrale quasi-neuve d’une propreté incroyable et qui à mon avis peut être parfaitement relancée même si une propagande essaie de faire croire le contraire.

Nous avons stoppé une centrale qui au prix spot actuel pouvait rapporter 2 milliards d’euros à la France permettant justement de financer le nouveau nucléaire. J’ai compris que ni Macron, ni Hollande, ni Pompilli, ni Hulot ne sont allés visiter cette usine incroyable entretenue par des collaborateurs et une direction attachée à celle-ci comme à la prunelle de leurs yeux. Comment est-ce possible de prendre une telle décision sans voir sur place les conséquences d’une telle décision ? Cette fermeture est – et je pèse mes mots – une véritable trahison.

Il nous faut continuer la recherche sur les réacteurs à neutron rapides enclenchée dans le cadre de la d’Astrid en ayant pour soucis d’accélérer la recherche sur les fluides caloporteurs.

Cette solution pourrait nous permettre de traiter les déchets haute activité. Il faut enfin lancer une filière des petits réacteurs modulaires pour exporter notre savoir-faire et envisager la construction de petites unités de production d’hydrogène autonome. Il nous faut bien sur continuer la recherche sur la fusion avec Iter.

Enfin je pense qu’il faut créer en France une « Silicon Valley » du nucléaire, qui intègre centre de formation d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers soudeurs couplé à des incubateurs de sociétés innovantes dans le domaine du nucléaire décarboné.

Tout un écosystème international dynamique de recherche, de formation et de développement est à créer en France. Nous avons là une occasion unique non seulement de relancer une filière industrielle mais également de relancer l’industrie française dans sa globalité.

C’est un défi incroyable, mais je suis persuadé que nous allons y arriver et c’est là un enjeu majeur de rayonnement industriel de notre pays !